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Brunelleschi (Filippo)

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Brunelleschi (Filippo)
Publié le:23/06/2009

Florence 1377 - Rome 1446.


Il n'est pas excessif de penser que Brunelleschi a été  un des plus importants architectes de la Renaissance tant il est vrai qu'à bien des égards, on a assisté avec lui à la mutation du maître d'oeuvre médiéval en l'architecte dans sa conception moderne.

Premières longues années

 

Le jeune Florentin se consacre tout d'abord à des études médicales, puis à un apprentissage du métier d'orfèvre. Il exercera d'ailleurs cette profession et celle de sculpteur jusqu'à près de quarante ans, âge auquel il se consacre complètement à l'architecture.

C'est  ainsi en tant qu'orfèvre qu'il connaît ses  premiers titres de gloire, comme en témoignent quatre figures d'argent réalisées pour la ville de Pistoia (1399-1400) et  la première place, remportée ex aequo avec Ghiberti, au concours pour les reliefs en bronze de la seconde porte du baptistère de Florence (1401 - 1403). Il préférera finalement ne pas collaborer avec son rival dans le cadre de l'exécution du projet. 

Il passe quelques temps à Rome ; le séjour lui permet de se familiariser avec les vestiges de l'Antiquité  ; il y puisera des sources d'inspiration et des solutions techniques présentes dans ses réalisations futures. Il revient ensuite à Florence, où il réalisera la quasi-totalité de son oeuvre architecturale. Sa première réalisation notable est le palais du Parti Guelfe (1417)

À Sainte-Marie-de-la-FLEUR 

 

C'est dans le contexte des mutations sociales, économiques et politiques qui caractérisent le quattrocento naissant, dans une Florence, qui en est la ville phare, que Brunelleschi va accomplir une de ses oeuvres majeures.  En 1418, la municipalité de la ville toscane organise un concours pour l'achèvement de la cathédrale : Sainte- Marie-de-la -Fleur : la question posée est celle de la couverture de l'immense choeur du projet initié par Arnolfo di Cambio en 1294 et placé sous la direction de  Francesco Talenti en 1357 (lequel achèvera le campanile commencé par Giotto et Andrea Pisano). Brunelleschi sort finalement vainqueur du concours (auquel a d'ailleurs pris part Ghiberti). Le dôme est prévu pour être constitué de deux coques reliées l'une à l'autre par des nervures, dont certaines, visibles de l'extérieur, dynamisent  les lignes de la couverture en semblant  converger  vers la boule d'or du sommet de la lanterne. 

Du point de vue du style sa proposition peut paraître traditionnelle ; en tout cas, elle est en harmonie avec le reste d'une cathédrale commencée un siècle auparavant. En revanche, sur le plan technique, les solutions proposées constituent autant de nouveautés. Il écarte notamment l'idée d'une réalisation de la coupole au moyen d'une armature et de cintres en bois aux dimensions de la coupole (41 m de portée) et préconise un système constructif reprenant les techniques de maçonnerie des Anciens (Romains notamment ) tout en y mêlant des choix  lui permettant d'atteindre une finesse décorative, que ces techniques antiques n'autorisaient pas toujours. Par cette approche  affranchie de l'usage de cintres surdimensionnés, il doit s'assurer que la coupole s'autosoutienne  au fur et à mesure de sa construction. Il y parvient  par l'usage d'une maçonnerie en anneaux appareillés de briques disposées en arêtes de poisson. La coupole est élaborée ainsi progressivement par secteurs successifs. Le caractère novateur de la solution qu'il propose et soutient  lui impose d'en fournir une maquette en briques, en 1419,  et, en 1423,  un document le désigne finalement comme "l'inventeur et le directeur des travaux de la Coupole". Il sera en outre amené  à  mettre au point des instruments nouveaux de levage et de maçonnerie (pour lesquels il reçoit d'ailleurs paiement). En 1436, son projet de lanterne est adoptée.  Elle sera réalisée avec quelques modifications entre 1445 et 1467. En 1439, il avait aussi entrepris la réalisation, à la base du tambour de la coupole, de quatre tribunes demi-circulaires dans lesquelles étaient amenagées des niches profondes.

AUX  SOURCES ANTIQUES

 

Cette prouesse technologique accomplie pour la cathédrale de Florence ne doit pas faire oublier l'autre mérite de l'architecte florentin : la réhabilitation des styles antiques. En effet , l'influence de son séjour romain est perceptible dans les choix d'ordonnancement qu'on trouve dans ses oeuvres suivantes.

Son nouveau style apparaît notamment à l'hospice des Enfants abandonnés (Ospedale degli Innocenti, 1421-1424). L'édifice présente une rupture nette avec les styles architecturaux précédents. Même si certains détails y échappent, la référence est présente, par de nets réinvestisssements, à la syntaxe formelle de l'Antiquité gréco-romaine : entablement sur pilastres, arcs sur colonnes corinthiennes se conjuguent pour donner naissance à un premier exemple de portique Renaissance, où la composition médiévale cède la place à un tracé modulaire.

D'autres oeuvres, qui suivront, présentent des caractères identiques. C'est le cas de la chapelle des Pazzi (probablement dessinée en 1429)  réalisée, entre  1430 et 1344, sur l'un des côtés de l'église Santa Croce (édifice achevé par Arnolfo di Cambio en 1294). Cette construction lui offre l'occasion d'maginer une façade en arc triomphal toute en équilibre des volumes. Son plan reprend les options de la vieille sacristie de San Lorenzo, dont on parlera plus loin, en les adaptant à un plan rectangulaire et non plus carré.    

De même les églises San Spirito (1436-1446) et Santa Maria degli Angeli (1434-1437) illustrent les préoccupations de Brunelleschi pour  la symétrie, l'équilibre des surfaces et des volumes, la composition selon des axes organisant les éléments de la construction : à Santo Spirito, il privilégie le plan basilical, déjà prèsent à San Lorenzo (dont on parle plus loin), tandis qu' à Santa Maria degli Angeli, il conçoit un plan central en rupture avec les choix architecturaux antérieurs

À San Lorenzo

 

L'église San Lorenzo est souvent considérée comme l'édifice le plus représentatif de l'oeuvre de Brunelleschi. On y trouve mêlées les références à l'Antiquité avec une syntaxe formelle puisee aux sources du roman toscan. En revanche, le système méthodique et savant  des proportions qu'il impose à l'édifice, tout en lui conférant une unité, le distingue très nettement des systèmes de composition de l'architecture gothique.

En 1418, le prieur de l'abbaye de  San Lorenzo décide d'aggrandir sa vieille église, prevoyant notamment la construction d'un nouveau transept.  Dans ce cadre, Brunelleschi, reçoit la commande d'une sacristie prévue pour recevoir les tombeaux de la famille Médicis. L'édifice, appelée ensuite "vieille  sacristie"  pour  la distinguer de celle que construira Michel-Ange par aillleurs, revèle là encore tous les talents de Brunelleschi : il inscrit dans cet espace carré, le cercle de la coupole ; les murs sont rythmés de pilastres qui supportent une frise. Les pendentifs de la coupole sont ornés de médaillons.

La construction de l'église proprement dite sera lente et Brunelleschi mourra bien avant son  achèvement. Néanmoins, ses directives ont manisfestement été suivies de manière scrupuleuse. L'église, qui développe un plan en forme de croix latine, aligne une nef centrale bordée de part et d'autre de nefs latérales, rythmées en travées régulières, couvertes par des voûtes sur pendentifs et prolongées de petites chapelles. Des effets de perspective sont ménagés de façon  très net,  repris par les lignes de fuite du plafond à caissons de la nef central, des corniches et entablements, et le rythme de l'alignement des  colonnes de la nef et la succession des pilastres bordant les chapelles. Les diagonales des carrés des pavements en rapport avec les dimensions des éléments de l'espace central participent à cette "organisation perspective globale de l'espace". Comme à la vieille sacristie, un module carré est à la base de la composition et des proportions des élements de plan et d'élévation. Si certains d'entre eux sont irréguliers, il faut le mettre sur le compte des contraintes d'adaption aux dispositions et proportions de l'édifice antérieur.  L'unité de l'édifice est ainsi globalement assurée par ses proportions, mais aussi par l'emploi et le choix des ordres. Leur dessin s'apparente très nettement à celui des ordres antiques, même si, comme presque toujours chez Brunelleschi cette redécouverte de l'Antiquité s'opère dans un passage par les modèles romans toscans. 

 

La place de Brunelleschi dans l'histoire  de l'architecture

 

Divers bâtiments accomplis après la mort de l'architecte semblent pouvoir témoigner dans certains aspects de leurs plans de l'influence, voire de l'intervention  de Brunelleschi, comme le cloître de San Lorenzo, ou encore  le palais Pitti .Il a en outre  réalisé hors de Florence quelques projets.

L'importance  de l'oeuvre de Brunelleschi dans l'histoire de l'art de bâtir renaissant tient en grand partie à l'époque où elle s'inscrit. Elle commence peu de temps après la redécouverte du manuscrit de Vitruve De Architectura , en ce début de XVe s., où Florence vivait un rayonnement artistique et culturel , qui la rendait propice à l'éclosion et l'accueil d'idées nouvelles. Brunelleschi a le mérite d'avoir  incarné par son oeuvre architecturale cet idéal nouveau. Outre ce rôle d'initiateur, il a aussi été  le formateur d'élèves aussi célèbres que Michelozzo ou Alberti.. S'il était encore besoin de se convaincre de son importance, il suffirait de considérer que ses contemporains, et notamment son biographe Manetti, voient en lui l'expérimentateur des bases théoriques de la perspective de la Renaissance. Brunelleschi exposa en effet ses découvertes dans deux panneaux peints représentant l'un le baptistère, l'autre le Palazzo Vecchio et la piazza della Signoria. Il apparait clairement que la représentation du baptistère a été réalisée à partir d'un tracé de son plan. On comprend mieux les liens que l'on apprécie à San Lorenzo dans son travail sur  les proportions  et les effets perspectifs. Près du baptistère coeur de la ville,  la coupole du Dôme, émerge  des toits et des hérissements de campaniles et de tours, centre visuel de la ville attestant d'une oeuvre presque entièrement dédiée à la capitale toscane.   

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