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Eva Perón

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Eva Perón
Publié le:20/12/2009

(3) : 1947-2009. Fin de sa vie, l'après-Evita.


María Eva Duarte de Perón, Première Dame d'Argentine
María Eva Duarte de Perón, Première Dame d'Argentine
Archives famille Guy de Rambaud
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
María Eva Duarte de Perón, plus connue sous le nom d’Eva Perón, surnommée Evita, est une actrice argentine, d’origines basques, qui choisit en 1945 de devenir une femme politique. Elle se marie avec le colonel Perón et est élue Vice-présidente de la république d’Argentine et présidente du sénat argentin (1951). Eva supervise le travail du ministre du travail (1946-1952), de celui de la santé (1946-1952). Elle est  présidente de la branche féminine du parti péroniste (1947-1952), présidente de la fondation María Eva Duarte de Perón (1948-1952). Elle contribue à faire sortir Perón de prison et l’aide à devenir président de la république. En tant que Première Dame (1946-1952), elle se bat pour les droits des travailleurs et des femmes. Sa fondation accomplit une vaste oeuvre sociale, notamment en faveur des nombreuses personnes pauvres que compte ce pays pourtant très riche. Nommée par la propagande du régime, Guide Spirituelle de la Nation (mai à juillet 1952), elle combat pour l’indépendance économique, la souveraineté politique et la justice sociale de son pays en s’appuyant sur les descamisados (miséreux, sans chemises). Bien que ne voulant en rien bâtir une société bureaucratique et elle-même victime du racisme social et racial, Evita est montrée du doigt par les Américains qui la disent nazie et les produits argentins sont boycottés par les États-Unis et par une partie de l’Europe dépendante du plan Marshall. Eva Duarte de Perón dit elle-même sur son lit de mort : Tout a été dit sur Evita. Ou peut-être, tout reste encore à dire. 90 ans après sa naissance, faire ressurgir la femme ensevelie sous deux mythes, parlant l’un d’une sainte du peuple et l’autre de la Eva, une prostituée, peut contribuer à la connaissance historique de la vraie personnalité d’Evita et à travers elle de l’histoire de l’Argentine du XXe siècle. Eva María Ibarguren est  née le 7 mai 1919 dans une estancia de Los Toldos et María Eva Duarte de Perón est morte le 26 juillet 1952 à Buenos Aires.

 

Aller à Eva Peron (1)

Aller à Eva Peron (2)

 

 

 

LES DERNIERES ANNEES (1947-1952)

 

En 1947, Evita visite une partie de l’Europe pour limiter les conséquences du boycott des produits argentins par les Etats-Unis. La fondation María Eva Duarte de Perón va permettre au peuple de vivre mieux. Perón faisant désormais figure de champion de l’indépendance nationale, les Nord-américains accusent le général et sa femme d’être un couple d’antisémites et des nazis. Evita ne se détourne pas pour autant de ses objectifs. Elle donne à la femme des droits nouveaux, dont le droit de vote,  comme les autres démocraties modernes. Eva ressent les premiers malaises dus à sa maladie. Sachant qu’il lui reste peu de temps à vivre du fait du cancer, elle change de coiffure, de style de vêtements et de caractère.

 

SON VOYAGE EN EUROPE (1947)

 

Dieu nous a donné le privilège d’avoir un conducteur tel que Perón. En Argentine nous sommes déjà en plein jour. Là-bas, les ombres de la nuit commencent seulement à se dissiper. En Europe tout semble appartenir au passé. Nous autre en Argentine, nous voyons tout comme si c’était l’avenir. Eva Perón, La razon de mi vida (la raison de ma vie), p.230-231.

 

En 1947, Evita doit faire une tournée européenne pour trouver des marchés aux produits argentins. Officiellement, elle veut s'inspirer des programmes sociaux des autres pays, afin de les mettre en place en Argentine. Son Rainbow Tour, comme elle le baptise, est hautement médiatisé dans le monde entier. Elle rencontre de nombreux chefs d'États et le Pape. Le but est surtout de dépasser l'interdiction aux femmes argentines d’avoir un rôle politique. Dans les pays visités, elle déclare avec une voix encore un peu timide : Je ne suis pas venue pour former un axe, mais seulement comme un arc-en-ciel entre nos deux pays.

Bien reçue en Espagne, elle a toutefois une dispute avec la femme de Franco. Celle-ci  lui fait visiter uniquement les palais. Evita voit l’Escurial transformable en un vaste foyer pour orphelins. Puis elle en a assez des ombres de la nuit, elle lui dit qu’elle préfère visiter les hôpitaux, les quartiers ouvriers et même les barrios de chabolas (les bidonvilles). La femme du dictateur se fâche et lui réplique que son mari est au pouvoir du fait d’une guerre civile qui a duré trois ans, faite contre les ouvriers, qui sont des communistes. Mais le Caudillo a besoin de l’aide alimentaire de l’Argentine. Donc nous voyons sur les photos une Evita souriante entourée de généraux et caciques du régime. Ils forment dans l’Espagne de l’après-guerre une bureaucratie qui est une nouvelle oligarchie. Evita craint cette évolution dangereuse pour son pays. Il existe des dizaines de témoignages qui montrent que la jeune femme est choquée de la manière dont on traite les travailleurs et les pauvres dans l’Espagne franquiste. Devant des œuvres d’art, elle déclare : je ne suis émue que devant le peuple. D'ailleurs, elle fait arrêter les cortèges officiels devant des immeubles délabrés, rentre dans les taudis, parle avec les pauvres et leur donne de l’argent. Elle demande à Franco de gracier la communiste Juana Doña Jiménez (1918-2003). Martínez de Campos, dans le quotidien  monarchiste ABC, ironise sur le culte naissant de la madone des Descamisados et la définit comme un être démagogue et politiquement dangereux. La presse madrilène, à l'exception de Arriba, le quotidien phalangiste, dépeint une Argentine sous l'influence communiste et maçonnique. Evita va se venger de leur attitude. Elle s’oppose à l’envoi de blé vers l’Espagne. Franco, qu'elle surnomme le petit gros,  s’en plaint en ces termes : Je ne comprends pas pourquoi cette dame nous a pris en grippe, après toutes les attentions que nous avons eues pour elles.

Visite de María Eva Duarte de Perón au Vatican en 1947.
Visite de María Eva Duarte de Perón au Vatican en 1947.
AGN Archives Guy de Rambaud
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
María Eva Duarte de Perón visite Rome et est reçue au Vatican par Pie XII. Celui-ci va la faire marquise, mais l’oligarchie argentine réussit à faire parvenir au pape une couverture de revue, où l’ancienne actrice est dessinée habillée en footballeuse. Pie XII déchire cette œuvre de Satan (car elle montre ses jambes). Evita, qui est au courant de l’attitude du pape, arrive en retard, comme d’habitude. Elle se moque du bandeau sur l’œil d’un prince qui la conduit jusqu’au pape. Sûrement à cause d’une des lances des Suisses, ils ne savent même pas s’en servir. Le Saint Père la reçoit et il demande peut-être à la femme du Président de la république argentine d’accueillir les nazis Croates qu’il cache dans ses monastères. Et Perón a besoin du soutien de l’Eglise... Le Rainbow Tour continue. Elle parle sans cesse des bienfaits de Perón pour son peuple dans un italien très approximatif et visite des orphelinats, comme en Espagne. Cependant elle voit les palais italiens visités comme devant être transformés en hôpitaux. La vraie différence avec l’Espagne c’est que le président démocrate-chrétien De Gasperi avoue qu’il ne peut garantir  sa sécurité. Mais elle s’en moque et continue à visiter le pays, allant dans les villes les plus communistes sans crainte.

A Paris, le futur Pape Jean XXIII voit en elle une nouvelle Eugénie de Montijo, selon l’ex-jésuite Hernán Benítez, devenu son conseiller, et qui va l’aider à son retour à créer la Fondation d'Aide Sociale Eva Perón. Un milliardaire argentin, d’origine allemande, a envoyé à la presse parisienne une photo où elle semble nue sous une étoffe. Cela rend les femmes jalouses, mais excitent les Français. Georges Bidault s’exclame : Qu’elle est jeune ! Et jolie ! Elle est conviée par le Président Auriol à un déjeuner au château de Rambouillet. Le surlendemain c’est le gros Edouard Herriot qui lui fait la cour au Ritz. Les clients du Pré-Catelan, au bois de Boulogne, montent sur les tables pour la voir. Elle visite le tombeau de Napoléon et le château de Versailles. Elle admire Marie-Antoinette et son mari, Napoléon. Eva ne parle pas de transformer Versailles en maison de retraite, peut-être à cause de sa passion pour cette reine. Elle donne de l’argent pour les pauvres de Paris et les anciens déportés. Lors des dîners, sa méconnaissance du Français évite à ses hôtes les discours interminables sur les réalisations de la Nouvelle Argentine.

Au Portugal, à Monaco, en Suisse, au Brésil et en Uruguay,  l’accueil est là encore excellent. Elle rencontre aussi l’ex-roi d’Italie, le comte de Paris et Don Juan de Borbón, père de Juan Carlos et opposant à Franco. A ceux qui s’inquiètent des réactions du dictateur, elle répond avec un haussement d’épaules : Si le petit gros se formalise, tant pis pour lui. Elle refuse par contre de recevoir la veuve d’Alphonse XIII, qui dit du mal d'elle, mais est parmi les foules qui veulent la voir.

Le Rainbow Tour est un succès, même si des communistes italiens manifestent contre sa venue et si la reine d’Angleterre veut juste prendre un thé avec elle. Ce qu’Evita n’accepte pas. Tout cela n’est pas lié directement à sa personne. Perón a fait de 50% des membres du parti communiste argentin ses plus actifs soutiens en nationalisant les compagnies principalement anglaises.

Mais tout va s’arranger. Les deux pays vont conclure d’importants accords économiques. L’URSS, les démocraties populaires, le Chili et la plupart des pays d’Amérique latine, bien que non visités par Evita, augmentent considérablement leurs échanges avec l’Argentine. La balance commerciale va devenir pour la première fois excédentaire.

Mais après son séjour en Suisse, où elle rencontre les principaux dirigeants politiques,  les plus folles rumeurs circulent.

 

 

FONDATION EVA PERON (1948-1952)

 

Carte postale et timbre représentant l'immeuble de la Fondation María Eva Duarte de Perón
Carte postale et timbre représentant l'immeuble de la Fondation María Eva Duarte de Perón
Archives Guy de Rambaud
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Eva Perón lance en 1946 ce qu’elle appelle une croisade pour la Ayuda social et proclame : Con las cenizas de los traidores construiremos la Patria de los humildes (Sur les cendres des traîtres nous construirons la Patrie des humbles). Le Péronisme c’est cela : le terme croisade emprunté aux nationalistes espagnols côtoie une citation qui fait penser aux propos de l’anarchiste Durutti sur les ruines du monde bourgeois et  le monde nouveau des travailleurs à bâtir.

En juillet 1948, elle crée la fondation María Eva Duarte de Perón, qui a pour buts de fournir aux plus démunis le minimum pour une vie digne et la possibilité de regagner leur vie. Jusqu’à cette date cette activité était entre les mains de la Société de Bienfaisance, dirigée par des dames d’un certain âge issues de la grande bourgeoisie. La charité se révèle inadéquate à l’immense misère du prolétariat urbain, exploité par l’oligarchie et les politiciens ou militaires corrompus. À partir de son élection, le président Perón sait qu’il a la tâche immense d’imposer  la justice et l'aide sociale. Le succès de son  plan de santé publique n’empêche pas Eva Perón de l’appuyer en créant  la Fondation Eva Perón. Elle fait couper les subventions de l'État à la Sociedad de Beneficencia (Société de bienfaisance), qu’elle considère comme liée à la société esclavagiste d’avant l’élection de Perón. Elle leur dit dans un langage bien à un elle qui est celui des bars mal famés.

Eva affirme qu’elle applique le moyen choisi par la justice pour qu’elle s’accomplisse, comme elle doit s’accomplir, inexorablement. Elle décide qu’elle va dorénavant s'occuper des vieux et des femmes seules, en leur donnant de l’argent, des repas et un toit pour dormir. Elle fait bâtir dans tout le pays des lieux d’hébergement provisoires. Cette tâche sociale gigantesque va aussi se charger du bien-être des enfants des travailleurs et des chômeurs. Elle pleure en distribuant de l’aide aux pauvres et les embrasse. Selon Alicia Dujovne Ortiz, elle n’hésite pas, depuis son enfance, à se jeter au cou des lépreux, des enfants morveux et couverts de poux et des malades contagieux.

Mais la Fondation c’est aussi des hôpitaux, des maisons pour les pauvres, 1.000 écoles (en 7 ans), des colonies de vacances, des orphelinats... jusqu'à l'octroi de bourses pour les étudiants et d’aides au logement.

Elle veut aussi assurer la promotion des femmes dans  l’économie et la vie de tous jours et leur permettre aussi d’accéder à la culture. La Fondation organise des fêtes du sport et de la jeunesse, auxquelles prennent part des centaines de milliers d’enfants et de jeunes. Elle effectue également des contrôles médicaux massifs. Evita fait livrer aux pauvres à Noël du cidre, du pain de qualité, de la vaisselle, des lits, des machines à coudre, des ballons de football…  ce qui fait beaucoup rire les nantis.

Certaines réalisations sont impressionnantes, comme Ciudad Evita (la ville d’Evita, unecité idéale), de grands et nombreux hôpitaux, la República de los Niños (la République des Enfants), dont va s’inspirer Walt Disney pour ses Disneyland... etc.

La Fondation aide aussi les nombreux pauvres des États-Unis et les rescapés des camps d’extermination nazis. Eva Perón et sa fondation vont être à l’origine de la loi du 28 août 1948 qui devient un texte fondamental de la Constitution de 1949. Cette loi garantit aux personnes âgés dix droits : l’assistance, le logement, l’alimentation, les vêtements, les soins médicaux  (santé physique et mentale), pouvoir voyager, travailler, droit aussi à la sécurité et au respect. Cette loi va être supprimée par la dictature anti-péroniste en 1956.

Les remerciements justifiés de son peuple pour tout le travail qu’elle accomplit lui font parfois perdre la raison. Elle déclare : quand je rencontre les yeux de mon peuple, je me mets à croire dans ma mission surnaturelle. Heureusement elle boit à peine ! C’est aussi quelqu’un qui est parfois un peu trop sensible. Elle pleure devant la misère des habitants d’un village de la cordillère des Andes et leur fait construire une petite ville. Et elle oublie tous les autres villages ! Mais elle telle coupable de ne pas pouvoir corriger en 7 ans des siècles d'exploitation féodale, puis capitaliste.

 

ANTISEMITISME

 

María Eva Duarte de Perón, Perón et Raúl Apold, Plaza de Mayo, 1951
María Eva Duarte de Perón, Perón et Raúl Apold, Plaza de Mayo, 1951
© WTCA
AGN
Certainement du fait des nationalisations et la lutte de l’Argentine contre les Yankees, l’Argentine péroniste est présentée comme la maison de retraite des nazis. Hitler et Bormann vivent dans des hôtels tranquilles de la Pampa et le dictateur Perón va bâtir le IVe Reich avec le trésor de guerre nazi. Qu’en est-il exactement ?

 

Il est vrai que beaucoup de militaires argentins ont des liens avec les nazis d’Allemagne ou Argentins d’origine allemande. Mais, Perón n’est pas des leurs. Il déclare la guerre au IIIe Reich, pendant les derniers mois de la guerre. Il est élu président de la république et son mandat présidentiel met fin à une dictature antisémite.

Les histoires de trésor sont démythifiées par des chercheurs juifs du monde entier. Toutefois, si la rumeur de sa survie d’Hitler n’a plus d’adepte, en ce qui concerne Bormann, malgré les propos très clairs de Simon Wiesenthal, l'expertise dentaire de son squelette et les analyses ADN très poussées, ce genre de littérature a encore des adeptes.

Malgré certainement des consignes strictes du gouvernement des Etats-Unis, l'ambassadeur George S. Messersmith ose déclarer en 1947 : il n'y a pas autant de discrimination sociale contre des juifs ici qu'il y en a New York et dans la plupart des autres nations. Il est étonnant qu’un pays où la ségrégation raciale est légale dans certains états ose parler d’anti-racisme.

Dans son livre : A l'intérieur de l'Argentine de Perón à Menem, Laurence Levine, ancien président de la chambre de commerce argentine, affirme : Bien que l'antisémitisme ait existé en Argentine, les propres vues de Perón et ses associations politiques n'étaient pas antisémites…. Laurence Levine fait remarquer que le ministre de l’économie Ber Gelbard est juif, comme lui. Laurence Levine écrit que Perón trouve la civilisation allemande trop rigide et a donc un dégoût pour elle. Il écrit : Le gouvernement américain n'a jamais pu démontrer que Perón avait une admiration profonde pour l'Italie fasciste.

David Crassweller, dans Perón and the Enigmas of Argentina, remarque que Juan Perón se sent très hispanique, et qu’il apprécie les origines diverses de la population argentine. C’est normal puisqu’il est lui même un métis et Evita, assez bizarrement, une victime du racisme et de l’oligarchie. La race des seigneurs, c’est ce que voudrait être l’oligarchie qu’ils combattent.

Tomás Eloy Martínez, professeur des études latino-américaines à la Rutgers University, pense que Juan Perón a permis à des criminels nazis de s’installer dans le pays dans l’espoir d'acquérir la technologie allemande avancée développée pendant la guerre. Ces hôtes indésirables vont aller dans bien des pays, du Canada aux pays musulmans en passant par l’Amérique du Sud.

Mais comme le rappelle le professeur Leonardo Senkman, chercheur à l’université hébraïque de Jérusalem, la plus lourde responsabilité est américaine. Barbie, le général Schreiber sont des agents américains, alors qu’Eichmann vit clandestinement à Buenos Aires, en tant qu’homme de peines, Martínez estime que Eva Perón a été beaucoup diffamée, la plupart du temps injustement. Il note par exemple qu'elle n'a joué aucun rôle dans l’installation de nazis dans le pays. Selon cet universitaire américain, le pamphlétaire Silvano Satander va jusqu’à faire écrire des lettres dans lesquelles Evita figure en tant que complice des nazis. D’ailleurs, Moisés Lebensohn, ami de la famille d’Eva, devenu un anti-péroniste actif, reste néanmoins un proche d’Evita jusqu’à sa mort.

Néanmoins, le mythe des Perón couple d’hitlériens persiste. Leur porte-parole, Raúl Apold, bien que juif lui aussi, est surnommé le Goebbels de Perón. C’est lui qu’on voit toujours sur les photos des discours officiels aux côtés du couple présidentiel. Il est à l’origine de la Nueva Sión, de l'institut judéo-argentin de la culture et de l'information et la chambre de commerce argentino-israélienne.

Golda Meir  remercie María Eva Duarte de Perón (1951)
Golda Meir remercie María Eva Duarte de Perón (1951)
Public domain (BERNE CONVENTION FOR THE PROTECTION OF LITERARY AND ARTISTIC WORKS (Paris Text 1971))
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Lawrence D. Bell de l'Ohio State University écrit que Juan Perón, ardemment et avec enthousiasme, recrute des membres de  la communauté juive dans son gouvernement. Le gouvernement de Juan Perón est le premier à permettre aux citoyens juifs d’occuper des fonctions importantes dans l'administration. Perón nomme le rabbin Amran Blum professeur de philosophie de l'université nationale de Buenos Aires. Après avoir été le premier gouvernement latino-américain à reconnaître l'état d'Israël, le président de la république argentine y envoie le premier ambassadeur juif. En 1946 il permet à des juifs de devenir officiers. Et puis l'Argentine de son temps signe un accord commercial très généreux avec les Israéliens, tandis qu’Eva Perón envoie une aide humanitaire importante aux pionniers israëliens. En 1951, Golda Meir, à l’époque Ministre du Travail israélien, visite l'Argentine. Elle rencontre Eva Perón et la remercie vivement pour ses dons à Israël depuis sa création. Chaim Weizmann lui exprime également sa gratitude.

Perón permet à des immigrés juifs de s’installer dans son pays en plus grand nombre que n'importe quel autre pays d’Amérique latine. Certains viennent de la Pologne communiste, où l’antisémitisme est bien réel. Les Perón aident aussi plus de 45.000 sionistes à immigrer d'Argentine en Israël, comme le rappelle la Jewish Virtual Library. De son côté le premier ambassadeur d’Israël en Argentine, Iaacov Stur, répète inlassablement que les juifs ne souffrent d’aucune discrimination dans l’Argentine de Perón. Le couple présidentiel demande de l’aide aux associations juives pour bâtir une nouvelle Argentine. Selon Leonardo Senkman, en 1945 la communauté juive se méfie de Perón, de la réalité de ses réformes sociales et de ses idées. Mais, l’appareil d’état, le parti, les syndicats ne commandent aucun acte relevant de l'antisémitisme. Certes le président  de la république a des opposants juifs, mais il également de forts soutiens parmi eux. C’est le cas de l'Association Israélienne Argentine (OIA), qui se crée en février 1947. L’OIA approuve ses réformes et l’aide à réaliser ses projets. En 1949, Evita et Juan sont là pour célébrer la naissance de l’état israélien avec les plus importants membres de la communauté, ce qui est nouveau dans l’histoire de la république argentine. Perón donne la nationalité argentine à 10.000 émigrants très récents.

 

DROITS DE LA FEMME     

 

María Eva Duarte de Perón prononçant un discours en 1950.
María Eva Duarte de Perón prononçant un discours en 1950.
© ?
AGN
Donde existe una necesidad nace un derecho (où il existe un besoin naît un droit)

 

Dans son premier discours officiel déjà Evita se réfère à la femme avec ces mots : La femme du Président de la République, qui vous parle, n'est pas plus qu'une argentine de plus. La compañera Evita combat par les revendications de millions de femmes qui sont injustement opprimées : le droit de voter, le droit de choisir les progrès de leur pays... Ce discours exprime la volonté d’Evita d’obtenir des droits pour les femmes dans un univers très machiste. Elle-même doit se plier à certaines traditions conservatrices. Elle se voit par exemple refuser le droit de porter un uniforme pour la cérémonie du 4 juin 1947.

Evita fonde des Hogares de Transito, des demeures temporaires pour des femmes et leurs enfants jusqu’à ce qu’on leur trouve du travail et un logement. La Hogar de la Empleada est un foyer pour femmes seules qui travaillent à Buenos Aires. Des Unidades Basicas, des Unités de Base où les femmes peuvent apprendre un métier ou obtenir une aide d’urgence.

Eva a comme objectif personnel d'obtenir la participation massive des femmes à la politique argentine. Elle veut surtout que cela ne se limite pas à de petits secteurs de la société ou à de médiocres réformettes. Dès 1946, elle va au Congrès et dialogue avec les élus et les persuade d’accorder des droits civils aux femmes, puis politiques. Elle fait pression en tant que Première Dame sur le Sénat pour octroyer le droit de vote aux femmes en Argentine, action qui se concrétise vraiment en 1951. Mais déjà le 9 septembre 1947 le Congrès approuve la loi qui permet aux femmes de faire des incursions dans les fonctions  politiques et à voter.

Mais certaines femmes voient le droit de vote comme un scandale. Ces rombières refusent de se rendre aux urnes. Pour elles,  la politique est une affaire d'hommes. Elles rangent avec dédain la carte d'identité que le gouvernement leur délivre. La réaction de l'écrivaine Victoria Ocampo, issue de l’oligarchie, et de son magazine littéraire Sur dénonçant une manoeuvre politique de plus est différente. Victoria Ocampo est une féministe qui n’est plus guère connue que du fait de sa relation avec le nazi convaincu Drieu La Rochelle, amant qu’elle partage avec sa soeur. Cette privilégiée ironise sur les acquis des femmes argentines.

Eva Perón, pour faire avancer la cause féminine, organise le recensement de femmes péronistes dans tout le pays, afin d'organiser la première Assemblée Nationale de Mouvement Péroniste Féminin qui a lieu le 26 juillet 1949 dans le Théâtre Cervantes. Elle annonce ses prochaines réalisations sociales et la création du Mouvement Péroniste Féminin. Elle crée les Unités de base, dans lesquelles la femme reçoit des cours de politique, de droit, de secourisme. Les plus pauvres sont   alphabétisées.

Mais Evita n’est pas vraiment une féministe. Elle écrit dans La Razón de mi Vida, (les buts de ma vie) que la femme a besoin de l’homme et de la famille pour s’épanouir. C’est juste une femme qui lutte contre une société complètement arriérée.

 

LA REELECTION DE PERON (1951)        

 

La foule demande qu'Evita soit  Présidente avec 22 août 1951.
La foule demande qu'Evita soit Présidente avec 22 août 1951.
© Thanos
Wikipedia (en Castillan)
Pour être le conducteur d’un peuple, il faut une âme extraordinaire... La chaleur de son cœur, la lumière qui irradie de toute sa personne, réchauffe la multitude et éclaire son chemin. C’est comme le soleil qui réchauffe la peau et injecte sa chaleur au sang en nous donnant sa vie. Eva Perón, La razon de mi vida (la raison de ma vie), p.152.

 

Du fait de la neutralité pendant la seconde guerre mondiale et de la politique menée par le gran conductor Perón, l’Argentine est devenu le 5e pays le plus riche du monde, même si c’est très provisoire. Evita redistribue à cette époque une partie de cet argent au peuple. Les Perón disposent depuis 1948 d’une majorité des deux tiers au parlement fédéral. Mais quand l’économie mondiale redémarre le pays connaît de grandes difficultés économiques. Il ne faut pas oublier que le développement, les réformes sociales et les nationalisations se sont faits en pressurant les paysans et les gros propriétaires. Ils sont désormais découragés et la production chute. Le péronisme devient autoritaire. Le gouvernement épure l’université et la presse, aux mains de l'oligarchie.

Le pays connaît à nouveau des grèves. Evita les arrête avec des promesses, que le relèvement des cours des produits argentins du fait de la guerre de Corée (1950) et un prêt de 125 millions de dollars des Etats-Unis permettent de financer. Elle brigue en 1951 la vice-présidence, rompant alors avec sa position officieuse dans la hiérarchie politique. Un de ses plus fameux discours reste celui qu’elle prononce le 22 août 1951, durant lequel elle annonce son refus d’accepter la fonction de vice-présidente du pays, malgré le vote des argentins en sa faveur.

L’attitude de la foule n’est en rien hostile à son mari. Ils scandent : Evita pour montrer leur soutien total à Madame Perón, mais comme elle, ils savent que l’oligarchie a mis son veto. D’ailleurs, à la suite de pressions des militaires, le Président doit annuler la nomination d'Evita au poste de vice-présidente.

 

 

Du 22 août 1951 au 26 juillet 1952, l’attention publique est uniquement accaparée par la maladie d’Evita. Les très mauvaises récoltes, les déficits budgétaires et l’inflation n’intéressent bizarrement plus personne, même les opposants au régime. Eva sait toutefois qu’après sa mort les militaires risquent de faire un coup d’état.  Pour résister, elle organise avec les dirigeants syndicaux la formation de milices ouvrières et, peu avant de mourir, elle leur achète des armes et les fait livrer à la CGT. Cette attitude peut sembler extrémiste comme beaucoup de ses actes et de ses paroles, mais après sa mort l’histoire va nous montrer la justesse de ses craintes.

 

VIVE LE CANCER !

 

Funérailles d'Evita Peron (1952)
Funérailles d'Evita Peron (1952)
PD (Convention de Berne)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Mon seul regret est que la vie soit si brève, car il y a vraiment trop à faire dans un aussi court délai. Eva Perón, La razon de mi vida (la raison de ma vie), p.209.

 

Depuis des semaines un graffiti est peint sur les murs du palais: Vive le cancer ! Par contre, écrire qu’il y a des manifestants qui défilent en criant cette infamie en 1952 est faux. Les poings du prolétariat rendent impossible toute provocation de ce genre.

Eva Perón est emportée par un cancer de l'utérus, le 26 juillet 1952, à l'âge de 33 ans. Dans les salons du quartier de la Recoleta on boit le Champagne. Certains convives répète le bon mot : Ci-gît Evita, qui dort seule pour la première fois ! Jorge Luis Borges est des leurs et il parle de la dame de bordel. Il faudra le retour d’une dictature militaire pour qu’il soit rétabli dans ses fonctions.

Après son décès la CGT décrète trois jours de chômage et le gouvernement un deuil national de 30 jours. Son corps est veillé dans le Secrétariat du Travail et de la Planification jusqu'au 9 août, puis est porté au palais du Congrès de la Nation pour recevoir des honneurs officiels. La procession est suivie par plus de deux millions de personnes et le cortège dans les rues reçoit une pluie de fleurs d’oeillets, d’orchidées, de chrysanthèmes, de giroflées et de roses venant de toutes les fenêtres proches.

Son corps est embaumé, puis par la suite exposé dans l’immeuble de la CGT. Pendant ce temps, le gouvernement commence la construction du Monument au Descamisado, où elle doit être inhumée. Ce monument ne sera jamais construit.

 

 

APRES SA MORT

 

Image envoyée au pape avec la pétition demandant la sanctification d'Eva Peron.
Image envoyée au pape avec la pétition demandant la sanctification d'Eva Peron.
Public Domain (Berne Convention Article 7)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Je reviendrai et je serai des millions ! ... Compagnons ! Je surgirai avec le peuple des travailleurs, morte ou vive, afin qu’il ne reste pas une seule brique qui ne soit pas péroniste. Eva Perón, extrait du discours du 1er mai 1952.

 

 Dès le 26 juillet 1952, date à laquelle elle meurt, l'on voit les argentins demander sa canonisation. Jusqu'au renversement de Juan Perón par les militaires le 16 septembre 1955, les informations radiophoniques s'interrompent  tous les soirs pour permettre au présentateur de rappeler gravement au peuple : Il est vingt heures et vingt cinq minutes, l'heure où Eva Perón  est entrée dans l'immortalité.

Après le renversement de Juan Perón son corps est transporté à Milan, puis enterré sous la fausse identité de Maria Maggi de Magestris. Seize ans plus tard, en 1971, son cadavre est envoyé en Espagne. Son mari, retournant en Argentine comme président après son exil, y meurt en 1974. Le corps d'Evita est alors rapatrié en Argentine, brièvement exposé au public. Elle est une nouvelle fois enterrée dans la tombe familiale du cimetière de la Recoleta de Buenos Aires.

Sa vie et sa carrière font l'objet d'une comédie musicale Evita d'Andrew Lloyd Webber, adapté au cinéma en 1996, sous le même titre, par Alan Parker avec Madonna, dans le rôle-titre. Une version télévisée de sa vie a également été tournée en 1981, avec Faye Dunaway. Le dramaturge argentin Copi lui consacre en 1970 sa pièce Eva Perón. Ces œuvres donnent une image totalement mythique d’Evita qui n’est pourtant ni une sainte, ni un bandit, comme l’écrit Tomás Eloy Martínez. Le fim Eva Peron de Juan Carlos Desanzo (Argentine, 1996) est celui qui, selon les spécialistes, donne l'image d'Evita la plus proche de la vraie Evita.

 

 

ET MAINTENANT

 

Une grande force politique et sociale existe actuellement en Argentine et Amérique du Sud. Evita et le Che sont leurs modèles. Hugo Chavez en est le meilleur exemple, mais en rien unique. La gauche gagne élection sur élection au sud du Rio Grande et elle est désormais plus nationaliste anti-yankee et avant-gardiste du point de vue social que marxiste-léniniste.

Chávez, le militaire studieux, ne peut ignorer ni l’histoire du péronisme ni la révision de l’histoire latino-américaine proposée par le révisionnisme historique argentin. Mais il a trouvé mieux que des ouvrages pour s’informer. C’est un Argentin péroniste de surcroît, qui lui raconte cette histoire en détail et voit en lui l’incarnation de tout ce qu’un péroniste des années 1970 peut attendre d’un militaire providentiel. Denis Peschanski, Michael Pollak, Henry Rousso dans Histoire politique et sciences sociales, constatent que le révisionnisme historique argentin est un formidable exemple de contre-histoire militante réussie. Il est devenu la conscience historique d'une grande force politique et sociale. Il est supposé capable de déceler tous les pièges de tout discours normatif, que dénonce aussi en France un Marc Ferro. Espérons qu’il puisse revenir à la réalité des faits et faire oublier les pamphlets, mais aussi la propagande officielle.

Les présidents Chirac et Kirchner lors d'une réunion à Paris vont voir un parallèle entre péronisme et gaullisme Ce gaullisme est toutefois très ancré à gauche, même s’il n’est en rien marxiste et pro-soviétique ! L’Argentine de Perón n’est pas effectivement pas communiste et Evita considère les partis de gauche traditionnels comme des alliés de l’oligarchie, incapables d’apporter le bonheur au peuple. Elle dénonce la bureaucratie dans ses discours et ces écrits. D'ailleurs il est assez étonnant de voir des fils de bourgeois anti-peronistes comme les Montoneros poser des bombes en se réclamant d'Evita qui n'a pensé qu'à bâtir des édifices pour le peuple.

Cristina Fernández  et le président de la CGT Hugo Moyanoseñala et poster de Eva Perón.
Cristina Fernández et le président de la CGT Hugo Moyanoseñala et poster de Eva Perón.
© Belgrano
Presidencia de la presidencia argentina.
Après la mort d’Evita, Perón devient plus autoritaire et anticlérical. Mais cela reste limité. Même si l’autorisation du divorce fait scandale. Un coup d’état met fin à son mandat.Un autre gouvernement justicialiste est renversé par les militaires en 1976 et le parti justicialiste ne peut prendre part à des élections générales à deux autres occasions. Le justicialisme est arrivé par mandat populaire à la Présidence de la nation huit fois :

  • Juan Domingo Perón (1946 et 1952),
  • Héctor José Cámpora (mars 1973),
  • Juan Domingo Perón (récemment, en octobre 1973),
  • Carlos Saúl Menem (1989 et en 1995),
  • Néstor Kirchner (2003)
  • et l’actuelle présidente Cristina Fernández de Kirchner (2007).

Trois autres justicialistes sont arrivés à la présidence par des voies institutionnelles :

  • María Sillage Martínez de Perón (comme vice-présidente par le décès du président Perón en 1974),
  • Adolfo Rodríguez Saá (par élection au Congrès après la démission de Fernando de la Rúa en décembre 2001),
  • et Eduardo Duhalde (par élection au Congrès après la démission d'Adolfo Rodríguez Saá en janvier 2002).

Tous se sont servis de l’image d’Evita et se disent ses héritiers. Le parti justicialiste est de centre-gauche. Ses adversaires parlent de populistes. Les péronistes par le passé sont victimes de la répression du temps des dictatures, mais ils se sont aussi parfois entretués. Ces divisions désormais moins violentes persistent néanmoins.

Les syndicalistes et peuple parlent toujours d’Evita avec une grande nostalgie. Elle aurait 90 ans, et l’usure du pouvoir aurait peut-être davantage terni son image que les faux documents et mensonges en tous genres diffusés par ses adversaires.

La video qui suit montre que le Peronisme n'est pas qu'une nostalgie, même si l'image d'Evita est présente dans ce clip :

 

 

SOURCES

 

Livres d’Eva Perón :

La razon de mi vida (la raison de ma vie), Editorial Peuzer, Buenos Aires, 1971.

Mi mensaje, Ediciones del Mundo, Buenos Aires, 1987.

 

Livres sur Eva Perón :

Borroni Otelo, Vacca Roberto (1970), Eva Perón. Buenos Aires: CEAL.

Borroni Otelo, Vacca Roberto (1970). La Vida de Eva Perón. Testimonios para su historia. Tomo I. Buenos Aires: Galerna.

Chávez Fermín (1990). Eva Perón sin mitos. Buenos Aires: Fraterna. 950-9097-92-0.

Duarte Erminda (1972). Mi hermana Evita. Buenos Aires: Centro de Estudios Eva Perón.

Dujovne Ortiz Alicia, Eva Perón, 1995, Édition Grasset & Fasquelle.

Dujovne Ortiz, Alicia (1996). Eva Perón. La biografía. Buenos Aires: Aguilar.

Fraser Nicholas, Navarro Marysa (1981), Eva Perón. New York: W. W. Norton.

Lelait David, Evita, le destin mythique d’Eva Perón, Payot & Rivages 1997.

Navarro Marysa (2002). Evita: mitos y representaciones. Buenos Aires: Fondo de Cultura Económica.

Posse Abel (1995). La pasión según Eva. Barcelona: Planeta.

Gálvez Lucía (2001). Las mujeres y la patria, nuevas historias de amor de la historia argentina. Grupo editorial Norma.

Pigna Felipe (2007). Evita, Planeta

Spencer Joanna, Eva Peron, Bartillat, Paris, 2007