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Le «Mot» de Cambronne

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Le «Mot» de Cambronne
Publié le:10/11/2009

Quelques éclaircissements sur un mensonge historique


Le joli petit village de Plancenoit a conservé quelques maisons historiques. L’une d’elles, située sur l’un des côtés de l’église[1], est une fermette qui existait en 1815. En 1993, elle appartenait à M. Achille Castiaux, âgé de 72 ans à cette époque et qui y habitait depuis sa naissance. Georges Jacqmain a rencontré M. Castiaux en 1993[2]. Mais trop préoccupé par le sujet de sa recherche – les boteresses liégeoises[3] – l’éminent juriste n’a pas songé à lui demander pourquoi et depuis quand sa maison porte entre les deux plus grandes fenêtres de sa façade l’inscription en fer forgé « Au mot de Cambronne ». Nous-même n’avons pu répondre à cette question, la maison étant inoccupée au moment où nous nous y sommes rendu.

Quoique plutôt folklorique, voilà l’une des controverses qui fit le plus répandre d’encre par tous les auteurs mais qui démontre à merveille comment ils peuvent tordre les documents dans tous les sens pour leur faire dire ce qu’ils ne disent pas…

Le général Cambronne
Le général Cambronne
© Gravure ancienne
Coll. Personnelle
Qu’a dit Cambronne quand les Anglais le sommèrent de se rendre au soir de la bataille de Waterloo ? A-t-il seulement dit quelque chose ? Et l’a-t-on seulement sommé de se rendre ?

Les avis des auteurs divergent, c’est le moins qu’on puisse dire…

Le mot du grand Victor

C’est sans doute Victor Hugo qui a mis cet épisode « à la mode » :

« Quelques carrés de la garde, immobiles dans le ruissellement de la déroute comme des rochers dans de l’eau qui coule tinrent jusqu'à la nuit. La nuit venant, la mort aussi, ils attendirent cette ombre double, et, inébranlables, s’en 1aissèrent envelopper. Chaque régiment, isolé des autres et n’ayant plus de lien avec l’armée rompue de toutes parts, mourait pour son compte. Ils avaient pris position, pour faire cette dernière action, les uns sur les hauteurs de Rossomme, les autres dans la plaine de Mont-Saint-Jean, Là, abandonnés, vaincus, terribles, ces carrés sombres agonisaient formidablement. Ulm, Wagram, Iéna, Friedland, mouraient en eux.

« Au crépuscule, vers neuf heures du soir, au bas du plateau de Mont-Saint-Jean, il en restait un. Dans ce vallon funeste, au pied de cette pente gravie par les cuirassiers, inondée maintenant par les masses anglaises, sous les feux convergents de l’artillerie ennemie victorieuse, sous une effroyable densité de projectiles, ce carré luttait. Il était commandé par un officier obscur nommé Cambronne. A chaque décharge, le carré diminuait, et ripostait. Il répliquait à la mitraille par la fusillade, rétrécissant continuellement ses quatre murs. De loin les fuyards, s’arrêtant par moment essoufflés, écoutaient dans les ténèbres ce sombre tonnerre décroissant.
« Quand cette légion ne fut plus qu’une poignée, quand leur drapeau ne fut plus qu'une loque, quand leurs fusils épuisés de balles ne furent plus que des bâtons, quand le tas de cadavres fut plus grand que le groupe vivant, il y eut parmi les vainqueurs une sorte de terreur sacrée autour de ces mourants sublimes, et l’artillerie anglaise, reprenant haleine, fit silence. Ce fut une espèce de répit. Ces combattants avaient autour d’eux comme un fourmillement de spectres, des silhouettes d’hommes à cheval, le profil noir des canons, le ciel blanc aperçu à travers les roues et les affûts ; la colossale tête de mort que les héros entrevoient toujours dans la fumée au fond de la bataille, s’avançait sur eux et les regardait. Ils purent entendre dans l’ombre crépusculaire qu’on chargeait les pièces, les mèches allumées pareilles à des yeux de tigre dans la nuit firent un cercle autour de leurs têtes, tous les boute-feu des batteries anglaises s’approchèrent des canons, et alors, ému, tenant la minute suprême suspendue au-dessus de ces hommes, un général anglais, Colville selon les uns, Maitland selon les autres, leur cria : Braves Français, rendez vous ! Cambronne répondit : Merde ![4] »

Le grand Victor accompagne ce chapitre d’un commentaire qui vaut la peine d’être retranscrit à son tour :

« Le lecteur français voulant être respecté, le plus beau mot peut-être qu’un Français ait jamais dit ne peut lui être répété. Défense de déposer du sublime dans l’histoire.
« A nos risques et périls, nous enfreignons cette défense.
« Donc, parmi tous ces géants, il y eut un titan. Cambronne… L’homme qui a gagné la bataille de Waterloo, ce n’est pas Napoléon en déroute, ce n’est pas Wellington pliant à quatre heures, désespéré à cinq, ce n’est pas Blücher qui ne s’est point battu ; l’homme qui a gagné la bataille de Waterloo, c’est Cambronne. Foudroyer d’un tel mot le tonnerre qui vous tue, c’est vaincre…[5] »

Même si, comme nous allons le dire, ce que nous raconte Hugo est totalement éloigné de la réalité, nous nous inclinons, comme chaque fois que nous le citons, devant le génie du grand poète.

D'autres auteurs... Moins heureux

Marcel Dupont

Hélas ! il est impossible d’en faire autant devant les pauvres moyens d’autres auteurs. D’abord la légende telle qu’elle est contée[6] par Marcel Dupont, inspirée sans doute par Hugo et amplifiée à l’infini avec aussi peu de talent qu’Hugo

Le mot de Cambronne
Le mot de Cambronne
La version héroïque...
© Gravure ancienne
Coll. personnelle
en avait infiniment, :

« Chaque bataillon est formé en triangle, la pointe tournée vers Rossomme[7].

«Les voici gravissant la pente de la Belle-Alliance, leur Golgotha. A pas lents, ils ont l'air de suivre un convoi funèbre. Les hommes faisant front à l’ennemi marchent à reculons[8] en faisant feu et en rechargeant leurs armes[9]. Ils trébuchent sur les cadavres, ils se heurtent aux mourants. Les blessés, assemblés au centre des triangles, avancent en se soutenant les uns les autres et augmentent les difficultés de la retraite, mais nul ne songe à les abandonner. Peu à peu les fantassins anglais se sont glissés entre les bataillons, ils les entourent et les séparent. Les triangles ne sont plus que quatre petits paquets informes encerclés de toute part et où chaque balle touche son homme. Les artilleurs ennemis, poussant leurs pièces à bras[10], les suivent pas à pas, ne s’arrêtant que pour tirer et recharger à mitraille.

«Une nouvelle rafale déferle à soixante mètres et fait sauter l’armature de trois des bataillons. Les faces des triangles ne sont plus marquées que par des jonchées de morts et de blessés parmi lesquelles se dressent encore quelques braves debout, continuant à faire tête, la baïonnette croisée[11]. Sur ces débris l’ennemi se précipite avec des hurlements de bête[12]. Un seul des bataillons a survécu, celui du 1er Chasseurs, aux ordres du brave Cambronne. Ils ne sont plus qu’une centaine. Pour boucher les trous causés par la dernière salve ils se sont aussitôt resserrés autour de leur général, ne formant plus qu’un petit cercle de fantômes dressés au milieu d’un vaste cimetière ayant rejeté tous ses morts[13]. O héroïsme! O grandeur! sainteté de l’état militaire où le guerrier est prêt à donner sa vie plutôt que de sacrifier l’honneur de ses armes.

« Tête haute, les chasseurs font face à la mort. Cette mort, ils le savent, ne peut plus rien sauver de ce que fut l’armée impériale, elle sauvera du moins la réputation de la Vieille Garde. Devant tant de bravoure, l’ennemi lui-même s’arrête, haletant. Les dernières lueurs de cette effroyable journée éclairent d'un reflet sinistre cette poignée de héros isolés au milieu de trente mille vainqueurs. Un simple geste les disperserait dans le gigantesque charnier, mais ce geste ressemblerait à un assassinat. Les canons, les fusils se taisent. Des voix crient :

« Rendez-vous, Français !... Rendez-vous ! »

«Les chasseurs haussent les épaules et de l'un à l'autre se passent le mot :
« Ne nous rendons pas... La Garde ne se rend pas »...

«Il faudra donc les tuer jusqu’au dernier. La fusillade reprend, le cercle ennemi se resserre autour des martyrs. On pousse deux pièces à cinquante pas. Les canonniers soufflent sur la mèche.

«Cambronne, fou de rage, seul à cheval au milieu de ses derniers chasseurs, les encourage à tenir jusqu’au bout. Les boutefeux se lèvent, mais un général anglais empêche la dernière décharge. Il s’avance de trois pas et, la voix tremblante[14], supplie[15] :

« Braves grenadiers, rendez-vous !... Vous serez traités comme les premiers soldats du monde... Rendez-vous, grenadiers ! »
«Alors Cambronne, excédé, se penche et à pleins poumons lui répond : « Merde ! »
«Les deux canons crachent leur paquet de mitraille. I1s ne sont plus qu’une quarantaine, presque tous blessés. Cambronne s'est écroulé, un éclat en plein visage. Deux de ses hommes se penchent, veulent le soulever, l’emporter. Mais Cambronne les repousse. Malgré le sang qui ruisselle de sa blessure et lui fait un masque rouge, il a encore la force d'ordonner :
« Laissez-moi. Je veux mourir ici. Adieu !... Retournez à votre place et tant que vous aurez une cartouche, protégez la retraite de l’armée, de l’Empereur ! »
«Il retombe évanoui[16].
«Les Anglais se ruent sur les derniers survivants, les écrasent[17]. Les quatre bataillons de la Garde ont disparu.[18] »

Henry Houssaye

Henry Houssaye raconte un peu plus sérieusement[19]  : « Au milieu des coups de feu, des officiers anglais criaient de se rendre à ces vieux soldats. Cambronne était à cheval dans le carré du 2ème bataillon du 1er Chasseurs. De désespoir, étouffant de colère, exaspéré par les incessantes sommations de l’ennemi, il dit rageusement : « – M…. ! » Peu d’instants après, comme il allait atteindre avec son bataillon les sommets de la Belle-Alliance, une balle en plein visage le renversa sanglant et inanimé.[20] » 

Houssaye accompagne ce paragraphe d’une longue note très argumentée que nous recopions :

« J’ai réuni et confronté tous les témoignages relatifs à la réponse de Cambronne. Je les publierai quelque jour sous le titre : La garde meurt et ne se rend pas, Histoire d’un mot historique[21]. J’en donne sommairement ici les conclusions : 1° De l’ensemble de ces témoignages, il paraît certain que le général dit ou la phrase ou le mot, ou encore ceci : « Des gens comme nous ne se rendent point. » — 2° Cambronne a toujours nié énergiquement avoir prononcé la phrase, qui semble avoir été inventée à Paris, quelques jours après la bataille de Waterloo, par un rédacteur du Journal général.[22] — 3° Cambronne a nié aussi, bien qu’avec plus d’embarras, il est vrai, avoir dit le mot. Mais alors qu’on ne s’explique pas pourquoi il a nié la phrase, si vraiment il l’a prononcée[23], on comprend facilement qu’il ait nié le mot, même s’il l’a dit. Cambronne, qui était devenu le vicomte Cambronne par une faveur de Louis XVIII et qui avait épousé une Anglaise, tenait à passer pour « un homme bien élevé ». — 4° A Nantes, où est mort Cambronne en 1843, il était de notoriété publique que, malgré ses dénégations, d’ailleurs pleines de réticences, il avait dit le mot. — 5° En se représentant par la pensée la scène du 18 juin, en songeant à l’état d’esprit où se trouvait Cambronne, à l’exaspération que devaient produire sur lui les sommations des Anglais, on arrive à juger que le mot était absolument en situation. Il est psychologiquement vrai. Or, comme Cambronne a dit quelque chose[24], ce quelque chose doit être cela.[25] »

Jacques Logie

Jacques Logie consacre quelques paragraphes à cette affaire : nous recopions son raisonnement :

« La tradition veut que le général Cambronne, lors de l'ultime attaque contre la ligne anglaise[26], sommé de mettre bas les armes, ait répondu: « La Garde meurt, mais ne se rend pas! »
« Peu de temps après, il fut blessé à la tête et fait prisonnier.

« La phrase est due très probablement à la plume d'un journaliste, Rougemont, qui dès le 24 juin 1815, la publiait dans le « Journal Général de la France ».
« À cette date, aucun officier ou soldat de la Garde n'était encore revenu à Paris, où seuls quelques généraux de l’état-major impérial avaient rapporté la nouvelle du désastre.

« L'aphorisme est d'autant plus invraisemblable qu'au moment où il était (sic) censé avoir été prononcé, les troupes alliées avaient fort à faire pour tenir tête et ne songeaient guère à inviter leurs assaillants à la reddition[27]. De plus, Cambronne, qui commandait le 2e bataillon du 1er Chasseurs, ne prit aucune part à cette attaque.

« Après sa mort, survenue en 1842, les fils du général Michel, colonel en second des chasseurs de la Garde, revendiquèrent pour leur père l’honneur de la phrase célèbre.
« Le témoignage précis de l'aide de camp de Michel tué au cours de l'assaut permet d’écarter cette attribution  :

« ’’Arrivés sur le plateau, et à demi-portée de fusil des Anglais qui nous attendaient immobiles, nous fûmes accueillis par une effroyable décharge. Le général Michel tomba de cheval en s'écriant : À (sic) mon Dieu, j'ai encore le bras cassé ! Je me précipitai à terre et déboutonnai son frac pour découvrir sa blessure. Mon général était mort ; une balle reçue au-dessus du sein gauche lui avait traversé le corps.’’
« Cambronne, qui a toujours contesté avoir dit la phrase, a pourtant reconnu avoir dit autre chose. À un compagnon d'armes, quelques années plus tard, il déclara: ’’ Je n'ai pas dit cela (la phrase), j'ai dit seulement: : des bougres comme nous ne se rendent jamais. ’’
« De timides allusions à une autre réponse de Cambronne, plus brutale, plus soldatesque se firent jour à partir de 1830. Victor Hugo, le premier, dans ses Misérables[28], lui attribua une vigoureuse réponse en cinq lettres.
« Vers 1830, le général Bachelu l'interrogeait à ce propos. Cambronne répondit : « Comment ? toi aussi! Ah non, en voilà assez, cela devient emmerdant ! »Et Bachelu d’ajouter: «Le mot était si naturel en pareil cas que, ce jour-là, Cambronne dut le dire cinq fois, six fois... comme moi d'ailleurs.[29] »
«On comprend aisément que le général, issu d'une bonne famille et homme bien élevé, de plus devenu le mari d’une prude Anglaise[30] et fait vicomte par Louis XVIII, ait tenu à éviter aux mauvaises langues l'occasion de fustiger le langage de corps de garde que l'on prêtait volontiers aux généraux d'Empire.[31] »

Jean-Claude Damamme

Damamme :« Dans le bataillon du 1er chasseurs, le général Cambronne. Nantais de quarante-cinq ans, ancien de l’expédition d’Irlande[32] et compagnon d'exil de l'Empereur à l'île d'Elbe, voit les grenadiers[33] chanceler sous les coups. Il se porte à leur secours, mais cerné lui-même et attaqué de tous côtés, il ne parvient pas à se faire jour vers eux. Dans la pénombre, des officiers anglais somment les Français de se rendre. Mais elle ne se rend pas, la Garde, elle meurt. Qui a lancé le mot ? On affirme que c'est Cambronne. Toujours est-il qu’à un moment, un Merde ! sonore surgit du carré. Un éclat frappe l’insolent en plein visage. Cambronne s'écroule, laissé pour mort, et ses hommes poursuivent leur chemin.[34] »

Luc Devos

Le général Cambronne
Le général Cambronne
Et sa cicatrice de Waterloo
© Gravure ancienne
Coll. personnelle
Luc De Vos relate cet épisode : « Wellington souleva son chapeau et l'agita trois fois. C'était, pour les alliés, le signal de l'attaque. Les tambours, les cornemuses, les fifres se mirent à retentir, ajoutant au drame quelque chose d'irréel. Puis, les alliés repoussèrent les Français. Les carrés de la Vieille Garde, qui comptaient des figures légendaires comme le général Cambronne, étaient déployés à hauteur de la ferme Decoster, mais ils ne purent endiguer la vague des fuyards, ni celle de l'ennemi. La phrase célèbre « La Garde meurt, mais ne se rend pas ! » n'a jamais été prononcée par Cambronne. C'est une invention d'un journaliste nommé Rougemont qui écrivit cela dans le Journal général de la France, du 24 juin 1815. Le romantisme qui suivit la période napoléonienne a colporté le mot qui a survécu jusqu’à nos jours. Mais, comme c’est souvent le cas, ce genre de propos traduit bien l’état d’esprit qui règne dans un corps d’élite à un moment crucial. Diverses contre-attaques menées par quelques escadrons de la garde personnelle de Napoléon n’apportèrent aucun soulagement. Partout résonnaient les cris « trahison » et « sauve qui peut ». Les mensonges concernant l'arrivée de Grouchy se retournaient à présent contre l'Empereur. Le faux espoir dégénéra en désespoir. Il n’était plus possible d’arrêter dans leur fuite les débris des corps d’armée de Drouet d’Erlon et de Reille. Seule une brigade de la division Durutte put se retirer en combattant en bon ordre sous la direction de Ney.[35] »

Jean H. Frings

Frings, dans son précieux petit Dictionnaire écrit, quant à lui :

« Cambronne, Pierre, comte de l'Empire (1770-1842)

Maréchal de camp – il avait refusé le grade de lieutenant-général à son retour à Paris de l’Ile d'Elbe[36]. Cambronne commandait à Waterloo le 1er régiment de Chasseurs à pied de la Garde Impériale. Blessé à la tête pendant la retraite de son carré vers la Belle-AIliance, Cambronne fut fait prisonnier par le colonel Hew[37] Halkett, commandant la 3e brigade hanovrienne, et n’était donc certainement pas à la tête du Dernier Carré, comme l’en crédite certaine légende. Quant au mot qui lui est attribué, il semble, d'après plusieurs témoignages, que ce soit le général Michel – tué peu après – qui l’ait répliqué aux Anglais qui le sommaient de se rendre.[38] »

Frings rajoute, sous l’entrée Michel : « C’est le général Michel, commandant de la division des chasseurs à pied de la Garde qui, juste avant d’être tué lors de l’échec de l’attaque de la Garde, aurait eu le mot erronément attribué à Cambronne.[39] »

Et nous rendrons une dernière fois la parole à Houssaye qui, dans une note – encore – écrit : « ’’ Je fus blessé et laissé pour mort à la bataille du 18 juin.’’ Interrogatoire de Cambronne (Procès de Cambronne, 5.) ’’ Le général Cambronne est blessé, renversé de son cheval, on le croit mort.’’ (Relation du général Petit.) Petit précise bien que Cambronne tomba dans la retraite, entre les fonds de la Haye-Sainte et la Belle-Alliance. — Le colonel William Halkett (Waterloo Letters, 309) prétend qu’un général de la garde, séparé d’un carré, se rendit à lui, et que ce général était Cambronne. Je ne sais quel général Halkett fit prisonnier, mais il est évident que ce n’était pas Cambronne, puisque celui-ci était alors étendu sans connaissance.[40] »

Comme on voit, aucun auteur n’est d’accord avec un autre. Comment se dépêtrer de ce mystère ?

Une histoire de la légende


Tout d’abord, avec Henry Houssaye[41], tâchons de faire l’histoire de la légende.

Selon la plupart des auteurs, la phrase « La Garde meurt et ne se rend pas » se trouve pour la première fois dans un article du Journal général de France, daté du 24 juin 1815. Nous lisons en effet : « La garde impériale a mis l’arme au bras et s’est avancée sous le feu de l’ennemi. Une décharge épouvantable dirigée contre ces braves en a mitraillé la moitié ; l’autre a continué à marcher. Les généraux anglais, pénétrés d’admiration pour la valeur de ces braves ont député vers eux pour les engager à se rendre, protestant qu’ils les regardaient comme les premiers soldats de l’Europe. Le général Cambronne a répondu à ce message par ces mots : ’’ La garde impériale meurt et ne se rend pas ’’. La Garde impériale et le général Cambronne n’existent plus ![42] »

On attribue, sans aucune certitude, cet article non signé à Bolison de Rougemont, auteur dramatique, romancier, poète, chansonnier et collaborateur en 1815 au Journal Général et au Journal de Paris.

En tout état de cause, le soir même, la phrase est reprise telle quelle dans Le Patriote de 89, le 27 juin dans L’Indépendant et le 28 juin, dans le Journal du Commerce. Dès le 26 juin, les Comités de la Fédération parisienne votent une motion demandant qu’on élève un monument aux braves de Mont-Saint-Jean avec mention de la phrase « La Garde meurt et ne se rend pas ».

Commençons par faire remarquer que le 24 juin, la Garde était quelque part entre Laon et Soissons, qu’elle ne fut passée en revue que le 26 et que ses premiers éléments ne rentrèrent à Paris que dans la nuit du 28 au 29[43]. C’est donc, disent les auteurs, sans l’ombre d’un témoignage que « La Garde meurt… » s’envole dans le ciel de Paris pour se répandre dans le monde. Et c’est armé du seul article du Journal général que, le 28 juin, le député Garat monte à la tribune de la Chambre des Représentants pour y prononcer un discours exaltant les braves de Waterloo, à quoi M. Pénières, député de la Corrèze, répond : « Le nom de l’officier qui a prononcé ces paroles ne doit pas être ignoré : c’est le brave Cambronne. On lui dit de se rendre. La garde, répond-il, meurt et ne se rend pas.[44] »

C’est donc recouverte de ce vernis officiel et dotée d'un père putatif que la fameuse phrase se trouve forgée dans le bronze…

Après que le général Cambronne était rentré d’Angleterre, le ton de la presse changea quelque peu. Le 16 décembre 1818, nous lisons dans le Journal des Débats : « Nous nous faisons un devoir de déclarer que tout Paris a pu savoir de la bouche du général Cambronne lui-même qu’il avait appris cette exclamation monumentale sur les gazettes, et qu’il ne se souvenait nullement d’avoir rien dit qui en approchât. Il est donc juste d’en restituer la gloire à qui elle appartient, c’est-à-dire à un rédacteur du Journal Général, qui l’a proférée à la tête des colonnes… de ce journal.[45] »

En 1834, le Dictionnaire des Contemporains de Rabbe pouvait écrire : « Cambronne, sommé de se rendre, répondit d’une manière très énergique mais ne prononça pas les mots qu’on lui attribue : « La Garde meurt et ne se rend pas [46]». Personne ne protesta, Cambronne moins que les autres.

Voilà qui aurait pu mettre fin au débat et qui l’a effectivement fait jusqu’au lendemain de la mort de Cambronne, quand il fut question d’ériger un monument à celui-ci dans sa ville de Nantes. Le monument devait porter la fameuse phrase. Les fils du général Michel protestèrent, revendiquant pour leur père la paternité du mot historique. Ils se basaient sur un souvenir de famille, à savoir une pierre provenant du tombeau de Napoléon à Sainte-Hélène que le général Bertrand avait remis à la veuve du général Michel, portant ces mots : « A la comtesse Michel, veuve du général Michel, tué à Waterloo, où il répondit aux sommations de l’ennemi : la Garde meurt et ne se rend pas.[47] »

Les fils Michel suggéraient donc que l’empereur lui-même aurait dit à Bertrand que leur père était l’auteur de la phrase célèbre. Or, Napoléon dans sa dictée à Gourgaud parue pour la première fois en 1818, attribue la phrase à Cambronne. Dans la seconde version, parue en 1820, il n’est plus question de l’épisode… De toute façon, Napoléon n’est pas, dans cette occasion, un témoin digne de foi : il n’était pas sur place et, dans la rumeur de la bataille, il ne pouvait rien entendre. D’autre part, comme nous l’avons vu plus haut, le témoignage de l’aide de camp du général Michel est formel : il a été abattu alors que son unité abordait la ligne anglo-alliée lors de l’assaut de la Moyenne Garde. Et comme nous l’avons dit, il n’est pas possible que le général Michel ait prononcé la phrase à ce moment.

Vingt ans plus tard, le débat allait être relancé par la parution, en 1862, du roman Les Misérables de Victor Hugo qui met un autre mot – plus vigoureux – dans la bouche de Cambronne[48].

Peut-être Victor Hugo a-t-il inventé le mot… Mais cela nous semble fort peu probable. Il est plus que vraisemblable que Hugo s’appuie sur une tradition orale. En tout cas, une première allusion au mot pourrait avoir été faite lors d’un banquet d’anciens soldats qui se tint le 19 septembre 1830. Dans son discours, Cambronne prononce ces mots : « J’ai répondu quelques mots, moins brillants peut-être, mais d’une énergie plus soldatesque…[49] » Comme jamais Cambronne ne dit lui-même quels furent ces mots, on peut tout imaginer. « Des bougres comme nous ne se rendent pas », comme le dit par exemple Houssaye, suivi par Logie[50], ou bien, plus vigoureux encore : « Allez vous faire f… ! » Il n’empêche, Cambronne est formel : il a dit quelques mots et pas un seul…

Bref, Victor Hugo immortalise Cambronne en même temps que l’apostrophe en cinq lettres qu’il est censé avoir jeté à la figure des Anglais…

Un témoignage... éloigné

A l’époque où paraît, en France, Les Misérables, un journaliste lillois, Charles Deulin, recueille le récit d’un grenadier de la Garde, Antoine Deleau, adjoint au maire de Vicq. Le 22 juin 1862, le journal local L’Esprit public publie la teneur de cet entretien :

« J’étais au premier rang, avantage que je devais à ma grande taille. L’artillerie anglaise nous foudroyait, et nous répondions à chaque décharge par une fusillade de moins en moins nourrie.
« Entre deux décharges, le général anglais nous cria : ’’ Grenadiers, rendez-vous ! ’’ Le général Cambronne répondit (je l’ai parfaitement entendu) : ’’ La Garde meurt et ne se rend pas ’’.
« ’’ Feu ! ’’ fit le général anglais.
« Nous reformâmes le carré et nous ripostâmes avec nos fusils. ’’ Grenadiers, rendez-vous ! Vous serez traités comme les premiers soldats du monde ! ’’ reprit d’une voix triste le général anglais.
« ’’ La Garde meurt et ne se rend pas ! ’’ répondit Cambronne et sur toute la ligne, officiers et soldats répétèrent ’’ La Garde meurt et ne se rend pas ’’ Je fis comme les autres.
« Nous essuyâmes une nouvelle décharge et nous y répondîmes de notre mieux. ’’ Rendez-vous, grenadiers, rendez-vous ! ’’ nous crièrent en masse les Anglais qui nous enveloppaient de toutes parts. C’est alors que, fou d’impatience et de colère, Cambronne lâcha le mot que vous savez. C’est le dernier que j’entendis, car je reçus dans mon colback un boulet qui m’étendit sans connaissance sur un tas de cadavres.[51] »

L’article de Deulin fit un bruit assez considérable pour que, sur ordre du ministère,  le préfet du Nord, M. Wallon, juge utile de convoquer une commission composée, outre de lui-même, du maréchal de Mac-Mahon, commandant le 2ème Corps d’Armée, du général Maissiat, commandant la 3ème division militaire et du colonel d’État-major Borel. Deleau fut invité à déposer le 30 juin devant cette commission.

Nous ne savons pas combien de fois le brave Deleau avait relu l’interview de Deulin qui le nimbait de gloire… Mais il devait le connaître par cœur, puisque, à quelques mots près, sa déposition est exactement conforme à l’interview. [52]

Malheureusement, Henry Houssaye, en 1906-1907, lors de la rédaction de son petit ouvrage, ne fut pas convaincu par cette version de l’histoire. Il se plongea donc dans les Archives de la Guerre et y retrouva le dossier de Deleau. Et – catastrophe ! – il s’avère que le brave grenadier, non seulement n’était pas chasseur de la Garde, mais appartenait au 1er bataillon du 2ème Grenadiers, lequel se trouvait à Plancenoit, à 1 500 mètres de l’endroit et au moment où aurait été prononcée la fameuse phrase… Houssaye écarte donc son témoignage comme il en écarte plusieurs autres, recueillis chez plusieurs personnes qui, en 1815, n’étaient jamais présents au bon endroit ni au bon moment. Et de ce qui subsiste de ces témoignages – bien peu de choses – on ne peut conclure qu’une seule chose : il est impossible de savoir ce qu’a dit Cambronne. Phrase ou mot ? C’est, en tout cas, ce que conclut Houssaye. Mais l’académicien n’envisage pas une troisième possibilité : après tout, Cambronne a-t-il dit quelque chose ? Était-il en situation de dire quelque chose ?

DES Faits

Où était Cambronne ?

Commençons par fixer les rôles de chacun de ces généraux de la Garde dont nous avons parlé. Cambronne commandait le 1er régiment des Chasseurs à pied de la Garde. Le général Michel commandait en second la division des Chasseurs de la Garde sous les ordres du général Morant. Le général Petit commandait le 1er régiment de Grenadiers de la Garde.

Gardant ces données en mémoire, tournons-nous vers les témoins anglais de l’épisode. Puisque Houssaye nous indique que le colonel William Halkett prétend avoir fait Cambronne prisonnier, reportons-nous à la lettre que le commandant de la 3ème brigade hanovrienne, le colonel Hew Halkett, écrit à Siborne. A cette heure de la journée, Hew Halkett était de sa personne à la tête du bataillon d’Osnabrück qui, avec le 52ème d’infanterie légère de l’Oxfordshire, marchait alors sur les talons des Français. Halkett écrit :

« Durant notre avance, nous fûmes constamment au contact avec la Garde française. A un certain moment, mon regard fut attiré par un officier général que je supposais commander la Garde (il était en grand uniforme), et qui essayait d’inciter ses hommes à résister. Après avoir essuyé notre feu très meurtrier, la colonne laissa en arrière son général et deux autres officiers ; alors que j’ordonnais à nos tireurs d’élite de supprimer ceux-ci, je piquai un galop vers le général. Au moment de l’abattre d’un coup de sabre, il cria qu’il voulait se rendre, après quoi il marcha devant moi vers l’arrière. Je n’avais pas fait un très long trajet que mon cheval s’abattit, atteint par un tir. En quelques secondes, je le remis sur pied et je trouvai mon ami, Cambronne, qui avait filé à l’anglaise[53] dans la direction d’où il venait. Je le rattrapai aussitôt, le saisissant par ses aiguillettes et le ramenai en sûreté en le confiant à un sergent des Osnabrückers à qui j’ordonnai de le conduire au Duc.[54] »

Commençons par tirer au clair la confusion qui règne à propos de ces Halkett. Dans l’armée britannique proprement dite, nous n’avons qu’un seul officier général qui porte ce nom : le major général Sir Colin Halkett qui commandait la 5ème brigade. Le colonel Hew ou Hugh ou William Halkett était, lui à la tête de la 3ème brigade hanovrienne uniquement composée de bataillons de la Landwehr. Le témoignage auquel Houssaye se réfère est donc bien celui que nous avons trouvé dans Siborne[55] et dont l’auteur est Hew Halkett. Compte tenu des mouvements effectués au soir du 18 juin, c’est bien le bataillon d’Osnabrück qui poursuit la Garde française, en compagnie de la brigade Adam, et tout particulièrement du 52ème anglais d’infanterie. Le bataillon d’Osnabrück trouve devant lui le 2ème bataillon du 1er Chasseurs à pied, tandis qu’Adam poursuit le 2ème bataillon du 2ème Chasseurs et le 2ème bataillon du 2ème Grenadiers. Nul doute donc que le général en grande tenue qu’aperçoit Hew Halkett dans le carré du 2ème bataillon du 1er Chasseurs soit bien Cambronne[56]. En effet, il ne pouvait pas être ailleurs : le 1er bataillon de son 1er Chasseurs (Duuring) se trouvait au Caillou où il protégeait les bagages de Napoléon. Il est invraisemblable que, comme le conte Damamme, Cambronne ait tenté de venir à la rescousse du 2ème bataillon du 3ème Grenadiers, qui se trouvait 400 mètres environ à sa gauche et en arrière, qui avait effectivement été fort mis à mal et qui, tenant compte de ses lourdes pertes, avait adopté une formation en triangle pour reculer lentement de biais vers Rossomme où se trouvaient les deux bataillons du 1er Grenadiers. Cambronne avait en effet fort à faire de son côté pour maintenir la formation de son carré et pour rester à la hauteur des deux autres bataillons de la Garde qui reculaient en même temps que lui. C’est ce qu’a vu Hew Halkett et c’est ce qu’il rapporte.

Où était Michel ?

La question est maintenant de savoir où était le général Michel à ce moment-là. Jacques Logie nous donne la réponse : il avait été tué au moment où la Garde abordait la ligne anglaise, soit vers 20.00 hrs. Comme le fait très justement remarquer Jacques Logie, il est impossible que le général Michel ait pu proférer quelque phrase historique à ce moment. Si nous lisons bien le témoignage qu’il rapporte[57], qui est celui de l’aide de camp du général Michel, celui-ci fut abattu au moment où la ligne anglaise livra sa première salve de mousqueterie. Il n’était pas question à ce moment de reddition et encore moins de réponse cinglante à une quelconque sommation.

Bref, au moment qui nous occupe, le général Michel est couché, mort, une balle en pleine poitrine, sur le versant qui monte vers le chemin des Vertes Bornes[58].

Autre question à se poser : est-il possible que Halkett ait confondu Cambronne avec un autre général de la Garde « en grand uniforme » qui aurait pu avoir trouvé refuge dans le carré du 2ème bataillon du 1er Chasseurs ? Dans ce cas, c’est cet autre général que le colonel aurait fait prisonnier et qu’il aurait envoyé auprès de Wellington. Or, si un autre général de la Garde avait été fait prisonnier, nous le saurions. La denrée était assez rare pour que tous les comptes-rendus anglais en eussent fait mention… En tout cas, Wellington, quand il écrit à lord Bathurst le 19 juin, lui rapporte que Cambronne a été capturé et ne parle d’aucun autre général de la Garde[59].

La garde meurt... Cambronne se rend !

En conclusion de quoi, c’est bien Cambronne qui se constitua prisonnier, qui tenta de fuir et qui fut repris par Hew Halkett. Halkett ne mentionne pas le fait que Cambronne était blessé. Mais la plupart des sources disent qu’il fut atteint au-dessus du sourcil gauche par une balle de fusil. Il devait très certainement s’agir d’une balle perdue puisque Cambronne avait assez de vigueur pour essayer de s’échapper[60] et qu’il ne fut jamais hospitalisé. Or c’est sur cette blessure que se base Houssaye pour rejeter la version donnée par Halkett de la capture de Cambronne : «…mais il est évident que ce n’était pas Cambronne, puisque celui-ci était alors étendu sans connaissance.[61] »  Et Houssaye étaye cette affirmation sur une phrase du général Petit : « Le général Cambronne est blessé, renversé de son cheval, on le croit mort.[62] » Nous l’avons dit : le général Petit est à la tête du 1er bataillon du 1er Grenadiers, formé à ce moment en carré sur le côté de la route, à peu près à hauteur du cabaret De Coster. A aucun moment, nous ne suspectons l’honnêteté du général Petit. De là où il était, s’il pouvait très bien voir, à une centaine de mètres, Cambronne sur son cheval, il lui était impossible de le voir une fois démonté. Halkett ne dit pas si Cambronne était à cheval ou non lors de sa capture, mais cela semble évident : il est abandonné par son carré, sans doute un moment étourdi, en tout cas tombé de cheval. Peut-être aussi, le cheval s’est-il abattu, atteint par une balle ou un éclat de shrapnel et le général eut-il besoin de quelque temps pour se dégager, le temps justement d’être abandonné par son bataillon. Quoi qu’il en soit, Cambronne est à pied quand il est capturé puisque Halkett veut le sabrer et finit par le saisir par ses aiguillettes, ce qui aurait été rigoureusement impossible s’il était à cheval. Le seule chose que dit Petit, c’est qu’il perdit de vue Cambronne, jusque-là bien visible à cheval. Cela ne signifie absolument pas que Cambronne gît « inanimé » ou « sans connaissance » comme le dit Houssaye. Tout au plus est-il démonté, quelle qu’en soit la cause. Halkett ne parle pas de la blessure de Cambronne. Cela ne jette pourtant pas le moindre doute sur son témoignage. Soit, Cambronne étant légèrement blessé, Halkett n’estime pas utile de le signaler : somme toute, une blessure légère au cours d’une bataille d’une telle violence que celle de Waterloo n’est pas un événement considérable. Soit encore, il n’est pas obligatoire que Cambronne ait été blessé avant d’être capturé même si c’est vraisemblable et que cela explique qu’il soit tombé de cheval. Nous savons qu’Halkett le ramène un peu en arrière[63] pour le confier à un sergent des Osnabrückers avec ordre de le conduire à Wellington. Rien ne nous permet d’exclure que ce soit peu après ce moment que le général Cambronne ait été atteint par une balle perdue ? Il est possible aussi que le général ait été blessé au moment où la monture d’Halkett s’abattait, « atteint par un tir » sans gravité puisque le colonel remet son cheval debout sans grand problème. Car Cambronne a réellement été blessé. Mais sans gravité, même s’il en a depuis porté la cicatrice[64]. Halkett, fort occupé par ailleurs, a très bien pu ne pas apercevoir cet incident et il est donc tout à fait normal qu’il n’en parle pas.

Une polémique en anglais...

Nous disposons d’un autre témoignage, très tardif, paru dans un journal australien, le Western Star, du 12 novembre 1889[65] et basé sur un ouvrage d’un certain Baron Malortie intitulé Twixt Old Times and New, dont nous n’avons pas trouvé trace. L’article du journal australien ne nous semble pas fort digne de foi mais nous le reproduisons néanmoins, afin d’être complet :

« Le seul prisonnier fait par la réserve anglaise à la bataille de Waterloo fut un général français, dont la capture est le fait du sang-froid et du cœur résolu d’un jeune major de brigade, avide d’aventures. (…) Durant la bataille, plusieurs régiments de cavalerie et d’infanterie furent tenus en réserve sous le feu nourri des canons français. Les pertes étaient sévères et aucun homme ni aucun cheval n’appréciait l’attitude passive à laquelle ils étaient condamnés. Alors qu’un groupe de jeunes officiers, devant l’aile gauche de la réserve, étaient occupés à discuter de la situation, leur attention fut attirée par un général français et son état-major, tous à cheval, qui observaient les Anglais à travers leurs lunettes. Un des membres de ce groupe était le capitaine Halkett, un jeune major de brigade monté sur un pur-sang. Soudain, il s’exclama : « Je parie cinq livres que je ramène le général français ici, mort ou vif. Qui relève le pari ? » « Tenu, tenu, tenu » crièrent plusieurs officiers. Le capitaine vérifia les sangles de sa selle et ses pistolets, puis criant « Au revoir ! » et éperonnant son cheval, il livra un galop endiablé à travers l’espace qui séparait les lignes anglaises et françaises. Ses camarades le suivaient du regard, avec leur lunette, sans souffler mot. Les Français en face semblaient perplexes. Croyant que le cheval de l’Anglais s’était emballé et que le cavalier en avait perdu le contrôle, ils ouvrirent leurs rangs pour le laisser passer. Halkett guida sa monture de façon à aborder le général du côté droit. A ce moment, il ceintura le Français à la taille, l’arracha à sa selle et le jetant en travers du cou de son propre cheval, fit volte-face et galopa en direction des lignes anglaises. Quand l’état-major du général réalisa ce que l’audacieux cavalier faisait, ils se mirent à sa poursuite. Mais il avait pris de l’avance et aucun Français n’osa tirer de peur d’atteindre leur général. Un demi-escadron de dragons anglais, voyant Halkett pourchassé par une douzaine d’officiers français, les chargea. Les dragons ouvrirent leurs rangs pour laisser passer Halkett, les refermèrent derrière lui et forcèrent les Français à tourner bride et à chercher refuge sous leurs propres canons. Au milieu des cris les plus fous, Halkett s’arrêta en face de la ligne britannique, le général à moitié mort, solidement tenu dans ses bras solides. Il sauta de son cheval, présenta ses excuses à son prisonnier pour la manière peu protocolaire dont il l’avait traité et, en réponse aux compliments de ses camarades, répondit « Complimentez plutôt mon cheval, pas moi ! ». Le général prisonnier fut traité avec une extrême courtoisie. Des chevaux et une escorte furent mis à sa disposition et il fut envoyé à Bruxelles.[66] »

Le lecteur aura vraisemblablement aperçu sans difficulté les différences qui existent entre ce récit et celui de Hew Halkett lui-même. Or il ne fait pas de doute que c’est bien du même épisode dont il est question. A moins d’être exagérément modeste, si les choses s’étaient passées comme le raconte le journal australien, Halkett les auraient racontées de la même manière. Les divergences de détails sont trop nombreuses pour accepter la « version australienne » telle quelle. Elle situe l’épisode pendant que la réserve anglaise est inactive, alors que nous savons qu’il se passe après que l’offensive anglo-néerlandaise a été déclenchée par Wellington. L’acte héroïque est le produit d’un pari entre officiers désœuvrés alors qu’en réalité, il se situe au moment où Halkett mène ses troupes à la charge ; Cambronne aurait été suivi par un état-major d’une douzaine d’officiers, ce qui est tout à fait invraisemblable pour le commandant d’un régiment de la Garde ; Halkett n’était pas capitaine ni major de brigade – commandant en second – mais colonel et commandant de la 3ème brigade hanovrienne. Ensuite, l’exploit athlétique qui consiste à arracher un général français de sa selle et à le jeter en travers du cou de son cheval, comme une frêle jeune fille, est trop invraisemblable pour ne pas être pris avec beaucoup de précaution. Halkett précise bien, dans sa lettre à Siborne, que le général français lui remit son épée. Enfin nulle mention d’un fait précis rapporté par Halkett : son cheval s’abat « atteint par un tir » et le général français profite de l’occasion pour essayer de s’enfuir. Le témoignage repris par le journal australien, s’il est inspiré de la réalité, semble bien être le produit de ce que nous appelons le « téléphone arabe ». Untel a raconté à Untel qu’Untel lui avait dit qu’Untel avait entendu dire qu’Untel, etc. La seule chose positive que nous puissions trouver dans cette aventure, c’est que Halkett a effectivement fait un général français prisonnier et qu’on en parlait encore dans les mess d’officiers soixante-dix ans après…

En conclusion, nous estimons que le témoignage de William Halkett est véridique et probant.

Qui a sommé Cambronne de se rendre ?

Mais tout ceci ne nous dit pas si Cambronne a, oui ou non, prononcé un mot ou une phrase historique. Le fait que Cambronne se soit finalement constitué prisonnier n’exclut pas que, auparavant, il ait répondu de manière plus ou moins brutale à un officier anglais qui l’aurait sommé de se rendre avec son bataillon.

Cependant il faut remarquer trois choses. Tout d’abord, Cambronne avait en face de lui non pas un bataillon anglais, mais un bataillon hanovrien. Même si William Halkett est d’origine anglaise, il n’en commande pas moins une unité hanovrienne, et celle dont il a pris personnellement la tête est le 2ème bataillon Duc d’York de la Landwehr hanovrienne dit bataillon d’Osnabrück. Halkett a toujours servi sous les drapeaux hanovriens et la lettre qu’il écrit à Siborne, le 20 décembre 1837, est datée de Nienburg au Hanovre. Question : quelle langue utilisait le bataillon d’Osnabrück ? Bien évidemment l’allemand.

Deuxième chose : les témoignages français qui parlent peu ou prou de Cambronne disent tous, sans exception, que c’est un général anglais qui proposa la reddition. Or nous savons que c’est le bataillon d’Osnabrück qui refoulait le 2ème bataillon du 1er Chasseurs. Un bataillon allemand, donc, et non anglais. Et Halkett n’était pas général mais colonel.

Troisième chose : quel général anglais pouvait se trouver dans les parages à ce moment ? Nous pouvons tourner nos regards de tous les côtés, nous n’en apercevons qu’un et un seul : le major général Frederick Adam, commandant de la 3ème division britannique. Effectivement, la brigade d’Adam, se trouve à gauche de William Halkett, et plus particulièrement son 52ème d’infanterie. Si Adam avait proposé leur reddition aux Chasseurs de la Garde, nous devrions en trouver mention quelque part dans les comptes-rendus britanniques. Or, nous avons lu et relu la longue lettre qu’Adam adresse à Siborne[67]. Si le général parle effectivement de la chasse qu’il donna à ce moment à la Garde impériale en même temps que Halkett, il ne dit pas un mot d’une proposition de reddition et encore moins d’une réponse, grossière ou pas, d’un officier français quelconque. D’accord, me dira-t-on, mais ce n’était peut-être pas un général qui proposa la reddition au bataillon de Cambronne. Ce pouvait être un autre officier. En prévision de cette objection, nous avons consulté les témoignages des officiers des unités placées sous les ordres d’Adam. Et là, encore une fois, nous ne trouvons rien. Remarquons toutefois que le lieutenant général Lord Rowland Hill, commandant le 2ème corps britannique, prit un instant la tête de la brigade d’Adam au moment où Wellington ordonna l’avance générale. Est-ce lui qui proposa la reddition aux chasseurs de la garde ? C’est évidemment possible mais peu probable : au bout de quelques minutes de marche, le cheval de Lord Hill s’abattit, causant quelques beaux « bleus » à son cavalier.

Une phrase réellement prononcée

Au point où nous en étions, nous fîmes alors brusquement une constatation qui aurait dû nous sauter aux yeux dès l’abord : tous les témoignages qui parlent du ou des mots de Cambronne sont français ! A propos de Cambronne, pas une ligne dans les comptes-rendus alliés. Seules exceptions : le récit de sa capture par Halkett et la mention qu’en fait Wellington dans sa dépêche à Lord Bathurst du 19 juin. Et dans ces récits, rien à propos d’un mot héroïque quelconque… Nous en étions là dans notre réflexion quand, inopinément, nous tomba sous les yeux le numéro du Times du 18 juin 1932 qui vint renverser toutes nos convictions.

Une preuve définitive

Au bas de la colonne du courrier des lecteurs, une lettre fort courte de Mr John D. Crawford rappelait à la rédaction du quotidien que, en discutant de la capture du général Cambronne, elle avait un peu oublié le numéro spécial que le Times avait consacré au centenaire de Waterloo, le 18 juin 1915.

Or dans ce numéro, était publiée une lettre du capitaine Digby Mackworth, du 7th Foot, aide de camp du général Hill, écrite le 18 juin 1815 à 11.00 du soir. Dans cette lettre, le capitaine Mackworth racontait l’héroïque résistance de la Vieille Garde et l’on y trouve, en français et en toutes lettres la fameuse phrase « La Garde meurt et ne se rend pas ». Le capitaine ne dit pas qui a prononcé cette phrase mais il est incontestable qu’elle a été prononcée puisqu’elle nous est rapportée le soir même de la bataille par un témoin direct dans une lettre privée[68]. On peut conclure de ce témoignage capital que Rougemont, s’il est bien l’auteur de l’article du Journal général, en écrivant sa phrase le 24 juin, n’a rien inventé du tout mais que, en bon journaliste, il rapporte un mot qu’un témoin lui a rapporté. Vouloir nier cette évidence, comme Logie et Houssaye, sous le prétexte qu’aucun officier ou soldat de la Garde n’était encore revenu à Paris est parfaitement inepte. Ce n’est pas parce qu’aucune unité organisée de la Garde n’est encore arrivée à Paris, qu’un témoin isolé n’a pas pu y parvenir…

Nous affirmons donc que la phrase a bien été prononcée à Waterloo et nous sommes convaincu – mais ce n’est qu’une conviction impossible à étayer avec certitude – que Cambronne n’en est pas l’auteur. Mieux encore : le général Cambronne n’a rien dit du tout à Waterloo, du moins aucune phrase historique, et son embarras, lorsqu’on lui posait la question, vient du fait que, loin d’être toujours héroïque, son attitude à Waterloo et la manière dont il fut fait prisonnier lui causaient quelque remords… D’ailleurs, cette attitude n’a pas été ignorée et a été brocardée en France même si aucun de nos auteurs n’en fait mention. En veut-on la preuve ?

En juin 1932, la B.B.C. consacra une émission à la bataille de Waterloo. Lors de la présentation de cette émission, le Radio Times consacra un article qui faisait allusion à l’ « affaire Cambronne ». Suite à cette émission et à cet article, un certain Richard Edgcumbe écrivit au Times qui publia sa lettre le 16 juin 1932[69]. Le correspondant du grand journal britannique écrivait que son père l’avait emmené en 1850, alors qu’il avait 7 ans, chez le général Hugh Halkett qui commandait alors l’armée royale du Hanovre. Pour une raison quelconque, le général se prit de sympathie pour le jeune garçon et lui raconta moult histoires à propos de sa carrière militaire dont M. Edgcumbe avouait qu’il en avait oubliées beaucoup. « Mais, dit-il, je me rappelle fort bien qu’il m’a raconté avoir fait Cambronne prisonnier tout seul. Il expliquait que le courageux officier français qui était très reconnaissable, à pied à quelque distance en avant de ses troupes, fut complètement surpris quand Halkett, qui montait un jeune cheval irlandais très vif, galopa tout près des lignes françaises, le saisit par ses aiguillettes et le ramena à bout de souffle dans les lignes britanniques. ’’ Si vous êtes officier, dit l’infortuné commandant quand il eut un peu repris sa respiration, si vous êtes officier, voici mon épée’’…[70] »

La lettre de M. Edgcumbe appela plusieurs réponses qui furent publiées dans le Times du 18 juin suivant. L’une de celles-ci émanait de M. W.M. Leeke qui expliquait que son grand-père, le révérend William Leeke, avait porté les couleurs du 52ème régiment léger de l’Oxfordshire à Waterloo et qu’il écrivit ses souvenirs dans lesquels il confirme le récit de M. Edgcumbe. Le même jour, le Times publiait aussi une lettre de M. Stuart Bradshaw, arrière-arrière-petit-fils de Hew Halkett, dans laquelle il disait avoir en sa possession une caricature française où l’on montre Cambronne en uniforme avec la seule mention de sa capture à Waterloo. Sous l’image est représentée une épée entourée d’une couronne de laurier et écrite une phrase :

« La Garde meurt, elle ne se rend pas.
Cambronne se rend, il ne meurt pas
.[71] »

La conclusion est donc bien simple : Cambronne, fait prisonnier à Waterloo par le colonel Hew Halkett, n’a proféré aucune parole historique ; la phrase célèbre « La Garde meurt et ne se rend pas » a réellement été prononcée sur le champ de bataille, mais nul ne sait – et nul ne saura jamais – qui l’a prononcée.

Quant au "mot", sans doute a-t-il résonné un bon millier de fois le 18 juin 1815 entre 11.30 hrs et 22.00 hrs sur le champ de bataille de Waterloo...

 

Notes

 

[1] Au n° 1 de rue de la Culée.

[2] G. Jacqmain – Les Boteresses liégeoises à la Butte du Lion de Waterloo (1826) ? – Braine-l’Alleud, J.-M. Collet, s.d. (2000).

[3] Voir Boteresses.

[4] Victor Hugo – Les Misérables – Verviers, Gérard, coll. Marabout géant n° 139, vol 1, s.d., p. 308-309.

[5] Id., pp. 309-310.

[6] « Contée » est bien le mot. Nous ne résistons pas au plaisir de reproduire ce texte d’une haute envolée lyrique et patriotique. Mais nous nous ferons la joie de le truffer de commentaires « à chaud ». Comme nous le verrons, il n’y a pas un mot d’exact dans cet extrait…

[7] C’est exactement l’inverse : la pointe doit être tournée vers l’ennemi si l’on veut que cette formation d’ailleurs peu orthodoxe, ait une chance d’être efficace.

[8] Curieuse manière de suivre un convoi funèbre…

[9] Il est rigoureusement impossible de recharger un fusil mod. 1777 en marchant.

[10] Bel effort ! Pousser les pièces d’artillerie à la force des bras ! Pour remonter la pente de la Belle-Alliance ! De fameux gaillards que ces artilleurs anglais. Pas étonnant que Napoléon ait perdu la bataille de Waterloo ! Rappelons que l’artillerie britannique disposait de pièces de 6 livres et de 9 livres. Il fallait six chevaux pour tirer une pièce de 6 et huit pour une pièce de 9. On ajoutera à cela qu’il est bien joli de pousser – à la main – de telles pièces si on ne les accompagne pas de munitions. Les Anglais auraient-ils poussé leurs caissons à la main aussi ? Tout cela est beaucoup plus drôle qu’un sketch de Guy Bedos.

[11] Bien utile devant des canons tirant à mitraille…

[12] Tant qu’à faire, autant pousser, outre les canons, des « hurlements de bêtes »…

[13] On verra plus loin ce qu’il en est. Pour le moment, nous nous contenterons de dire que loin de se resserrer autour de leur général, les chasseurs reculaient si vite qu’ils laissèrent derrière eux Cambronne et deux autres officiers.

[14] Il est vrai que c’est un Anglais et que, c’est connu, les Anglais tremblent de peur devant le moindre chasseur de la Garde…

[15] Les Anglais supplient, surtout quand leur ennemi se couchera devant une seule volée de mitraille…

[16] Nous verrons ce qu’il en est.

[17] En réalité, les restes du 2ème bataillon du 1er chasseurs rejoignirent aussi vite qu’ils purent le 1er bataillon du 1er grenadiers.

[18] Marcel Dupont – La Garde meurt… 1815 – Paris, Lavauzelle, 1981, p. 168.

[19] Mais à peine…

[20] H. Houssaye – 1815, t. II – pp. 405-406.

[21] Promesse tenue en 1907 : Henry Houssaye – La Garde meurt et ne se rend pas. Histoire d’un mot historique – Paris, Perrin et Cie, 1907.

[22] C’est quand même la phrase qui est gravée sur la tombe de Cambronne à Nantes. Il est vrai qu’il aurait été saugrenu d’y mentionner le mot

[23] Si Houssaye ne s’explique pas pourquoi, nous bien : c’est qu’il ne l’a jamais prononcée.

[24] On a envie de demander à Houssaye pourquoi il est obligatoire de croire que Cambronne a dit quelque chose…

[25] Houssaye, 1815, t.II, p.405, note 1.

[26] On remarquera au passage que Logie place cet épisode au moment où la Garde atteint la ligne anglaise, alors que tous les auteurs le situent au moment où les débris de la Garde, remontant la pente de la Belle-Alliance, tentent de résister à la panique générale. Quelle est donc cette tradition dont Logie parle ?

[27] Nous ne saurions mieux dire. Nous admettons que les Anglais soit parfois excentriques mais est-il vraisemblable qu’un officier britannique, voyant surgir un bataillon de la Garde impériale devant lui, au moment d’ordonner un feu de salve, ait songé un seul instant à demander à ce bataillon de se rendre ? Mais nous revenons sur la question : pourquoi Logie situe-t-il cet épisode à ce moment-là, alors que tous les autres auteurs, sauf Frings, le placent bien plus tard.

[28] Commencé en 1843, soit un an après la mort de Cambronne mais publié en 1862. Est-il possible qu’Hugo ait recueilli le mot de la bouche même de Cambronne ? Les deux hommes ont certainement dû se rencontrer.

[29] Il est dommage que Logie ne cite pas sa source qui est, en réalité, Houssaye, La Garde meurt… Nous aurions voulu savoir si Bachelu, en disant « ce jour-là » pensait au 18 juin 1815 ou au jour où il eut cette conversation avec Cambronne.

[30] Cambronne, fait prisonnier, fut évacué vers l’Angleterre. Son régime ne devait pas être trop sévère puisqu’il fut autorisé à faire soigner sa blessure, superficielle, par une jeune Anglaise qu’il épousa… De là à traiter cette compatissante jeune femme de « prude »…

[31] Logie – Napoléon ; La Dernière bataille - Bruxelles, Racine, 1998, pp. 195-196. Il s’agit du même texte, faute de français comprise, que l’on retrouve dans J. Logie – Evitable défaite, pp. 144-145. Jacques Logie cite en référence l’ouvrage d’Henry Houssaye, La Garde meurt et ne se rend pas.

[32] Nous nous demandons où Damamme a été pêcher cela. Voir infra les états de service de Cambronne.

[33] D’après le contexte, il s’agirait du 2ème bataillon du 3ème Grenadiers. Damamme écrit en effet quelques lignes plus haut : « Le 2ème bataillon du 3ème Grenadiers, séparé des autres, est seul, livré à lui-même, planté au milieu de la plaine… Sous le déluge de boulets et la grêle de mitraille qui le flagellent, le bataillon ne bouge pas… » (p. 261) avant de conter la manière héroïque dont Cambronne tente de venir au secours de ces grenadiers.

[34] Damamme - La bataille de Waterloo - Paris, Perrin, coll. Tempus, 2003, p. 261.

[35] De Vos - Les 4 jours de Waterloo - Bruxelles, Didier Hatier, 1990, p. 131.

[36] Parfaitement exact. Cambronne aurait refusé cette promotion pour pouvoir continuer à commander son régiment.

[37] Hew est le diminutif de Hugh William. L’emploi par certains auteurs de ces deux prénoms a parfois amené une certaine confusion. Hew ou William Halkett ne constitue qu’un seul personnage, à distinguer très soigneusement de Sir Colin Halkett, commandant la 5ème brigade britannique.

[38] Frings - Dictionnaire de la bataille de Waterloo - Braine-l'Alleud, Les Guides 1815, 1995, p. 20.

[39] Id., p. 61. Quoique ce ne soit pas très clair, Frings s’inspire manifestement de la version de Jacques Logie. Mais il commet la faute de mélanger les temps et les espaces en se contredisant.

[40] Houssaye, p. 406, note 1.

[41] H. Houssaye, La Garde meurt…,

[42] Cité par H. Houssaye, La Garde meurt…, p. 9

[43] H. Houssaye, 1815, t. III, p. 118

[44] Moniteur, 29 juin 1815.

[45] Cité par H. Houssaye, La Garde meurt…, p. 11.

[46] Id., p. 50.

[47] « Au roi en son Conseil d’État, requête pour MM. le comte Michel et le baron Michel », Paris, s.d. (1843), in-4°.

[48] Voir notre citation, supra.

[49] Houssaye, La Garde meurt…, p. 46.

[50] En réalité, Houssaye écrit « Des b… », mais Logie traduit…

[51] L’Esprit public, 22 juin 1862, cité par Houssaye, La Garde meurt…, p. 22-23.

[52] Ces rares modifications avaient pour but de rendre le récit encore plus réaliste : c’est ainsi, par exemple, que les mots sur toute la ligne étaient remplacés par dans tout le carré et que le colback devient un bonnet d’oursin.

[53] Halkett écrit : « …my friend, Cambronne, had taken French leave in the direction from where he came. » L’expression « to take a French leave » ne peut mieux se traduire que par « filer à l’anglaise »…

[54] Cette lettre est reprise par Houssaye, La Garde meurt… La traduction en est très mauvaise et même erronée à certains endroits. C’est ainsi que la phrase où Halkett dit qu’il a ordonné à ses tireurs d’élite d’abattre les deux officiers français abandonnés par leur carré, est traduite par Houssaye comme si le colonel avait ordonné à son bataillon d’avancer… Cela n’empêche pas Houssaye d’être péremptoire et de qualifier le témoignage de William Halkett de « mensonger et calomniatoire »… sans dire pourquoi.

[55] Siborne – Waterloo letters – n°130, p. 308 et sq.

[56] Le commandant de ce bataillon était le major Lamouret.

[57] Et qu’il a pris dans H. Houssaye – La Garde meurt…, p. 21.

[58] On n’a jamais retrouvé son corps.

[59] H. Houssaye – La garde meurt…, p. 39.

[60] Voir Adkin, p. 399.

[61] H. Houssaye, 1815, t. II, p.406 note 1.

[62] Id., ibid.

[63] Certainement pas très loin, puisque Halkett a toujours un bataillon à commander.

[64] Ses portraits d’après 1815 le montrent en effet, le sourcil gauche nettement déformé. Cependant si la blessure avait été provoquée par un tir direct, Cambronne n’en eût pas réchappé.

[65] The Western Star, 12 novembre 1889, p. 4.

[66] Cet article a été mis en ligne par Mark McManus sur www.fortunecity.com

[67] H.T. Siborne – Waterloo Letters, n° 120, p. 277.

[68] Venir nous dire, comme certains l’ont voulu, que la lettre de l’aide de camp de Hill n’a pas pu tomber sous les yeux de Rougemont est parfaitement exact mais ne prouve strictement rien. Nous ne disons pas que Rougemont s’est inspiré de Mackworth mais d’un témoin inconnu. Il va de soi que si Mackworth a entendu la phrase, il n’a pas été le seul…

[69] Times, 16 juin 1932, p. 15 col. c.

[70] Cette lettre confirme point par point la lettre de Halkett à Siborne, précisant même un détail qui nous manquait : Cambronne était bien à pied lors de sa capture.

[71] C’est Mark Adkin - The Waterloo Companion - London, Aurum, 2000, p. 419, qui nous a mis sur la piste de cette correspondance avec le Times. C’est en feuilletant la collection du Times à la recherche de la lettre du descendant de Halkett, publiée le 18 juin 1932, que, par le plus grand des hasards, nous sommes tombé sur la lettre de Mr John Crawford, qui mentionne le témoignage de Mackworth. Or ce témoignage est de la plus grande importance et nous ne nous expliquons pas qu’il ait échappé à Mark Adkin.

 

 

CAMBRONNE Pierre

Né à Nantes, le 26 décembre 1770

  • Grenadier
    1er Bn Mayenne et Loire
    27 juillet 1792
  • Sergent
    Légion Nantaise
    17 juin 1793
  • Sergent-major
    Id
    1er juillet 1793
  • Lieutenant
    Id.
    10 septembre 1793
  • Capitaine des carabiniers
    Id.
    15 Vendémiaire III
    Légion des Francs (46ème de Ligne)
    1er Brumaire V
  • Chef de bataillon
    83ème de Ligne
    12 Fructidor XIII
    1er Voltigeurs de la Garde
    11 avril 1809
  • Colonel Major
    3ème Voltigeurs de la Garde
    6 août 1811
  • Général de Brigade Major
    1er Chasseurs de la Garde
    20 novembre 1813
  • Maréchal de camp Major
    1er Chasseurs de la Garde
    1er avril 1815
  • Prisonnier de guerre
    18 juin 1815
  • Rayé des contrôles
    11 octobre 1815
  • Rentré d’Angleterre
    17 décembre 1815
  • Réadmis au contrôle
    14 août 1818
  • Commandant de la 1ère subdivision de la 16ème division militaire
    25 avril 1820
  • Remplacé sur sa demande
    2 octobre 1822
  • Mis à la retraite
    15 juin 1823
  • Décédé
    29 janvier 1842

Cité deux fois à l’ordre du jour de l’armée

Quatre blessures

Fait Grand Officier de la Légion d’Honneur le 1er avril 1815