Le festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence fête en 2009 sa 61e édition.
C’est l’un des grands festivals lyriques européens, avec une affinité particulière pour les opéras de Mozart ; les représentations, données à l'origine, en plein air, dans la cour de l’ancien Archevêché, sont réparties aujourd'hui sur plusieurs sites : le théâtre de l'Archevêché, le Grand Théâtre de Provence (construit en 2007), le théâtre du Jeu de paume et l'hôtel Maynier d'Oppède.
Informations pratiques
Dates : du 27 juin au 31 juillet.
Tel. : 04-42-17-34-34.
Site Internet du festival : festival-aix.com (programme complet, photos…).
(extrait de l’édito de Bernard Foccroulle directeur général)
« Depuis l’origine de l’opéra, les mythes ont constitué une matière privilégiée, une source inépuisable dont se sont emparés compositeurs et librettistes. Le caractère lointain, intemporel du matériau mythique a sans doute permis aux compositeurs de trouver la liberté et la distance nécessaires […]
« Fondé sur cet héritage mythologique, l’opéra est un art où l’interprétation fait partie intégrante du geste créateur. Le compositeur et son librettiste se font interprètes du mythe. À leur suite, les interprètes, metteur en scène, chef d’orchestre, chanteurs, prolongent cet élan, relient et renforcent les deux pôles […]
« De tous les opéras de Mozart, Idomeneo est à la fois le plus tragique, et celui qui porte l’empreinte des Lumières de la manière la plus explicite […] Aux lendemains de la guerre de Troie, les vaincus sont emmenés en esclavage par les vainqueurs, mais l’amour et les dieux peuvent renverser toute la logique humaine et mélanger toutes les cartes […]
« Dans Orphée aux enfers, c’est tout l’arsenal des dieux de l’Olympe que revisite Offenbach, avec un entrain, une verve et une ironie inégalés […] De la bonne centaine d’opéras consacrés au personnage d’Orphée, celui-ci est non seulement le plus drôle, mais l’un des plus intelligents, des plus caustiques et des plus prospectifs […]
« Quel compositeur s’est-il plus attaché à travailler de l’intérieur les récits mythiques que Richard Wagner ? Le Ring est la tentative la plus aboutie à ce jour de faire coïncider un récit mythologique et une œuvre lyrique. Dernière « journée » du cycle, le Götterdämmerung est le lieu par excellence du retour du récit mythique sur lui-même. Il est à la fois récapitulation et conclusion sous forme d’un retour au point de départ […]
« Même si elle plonge ses racines dans une lointaine mythologie orientale, Die Zauberflöte est avant tout un opéra fondé sur les idéaux des Lumières et de la Franc-maçonnerie. Le conte ne recule pas devant le merveilleux, mieux, il s’en nourrit pour éviter les pièges d’une morale qui risquerait d’être trop explicite et réductrice […]
« L’univers mythologique ne sera pas absent de la programmation des concerts […] avec deux admirables cantates de Haydn, Arianna a Naxos et Berenice, et […] con furore le portrait de quelques héroïnes des opéras de Haendel […] »
Richard Wagner : Götterdämmerung (Le Crépuscule des dieux)
Chœur de la Radio de Berlin
Orchestre philharmonique de Berlin
Direction : Sir Simon Rattle
Mise en scène : Stephan Braunschweig
Grand Théâtre de Provence, les 3, 6, 9 et 12 juillet à 17h30.
Wolfgang Amadeus Mozart : Die Zauberflöte (la Flûte enchantée)
Chœur de chambre Rias de Berlin
Akademie für Alte Musik Berlin
Direction : René Jacobs
Mise en scène : William Kentridge
Grand Théâtre de Provence, les 25, 26, 28, 29, 30 et 31 juillet à 20h.
Wolfgang Amadeus Mozart : Idomeneo, re di Creta
Chœur de la Radio de Berlin
Les Musiciens du Louvre
Direction : Mark Minkowski
Mise en scène : Olivier Py
Théâtre de l’Archevêché, les 4, 7, 10, 13 et 15 juillet à 21h30.
Jacques Offenbach : Orphée aux Enfers
Choeur du Festival d'Aix-en-Provence
Camerata Salzburg
Direction : Alain Altinoglu
Mise en scène : Yves Beaunesne
Théâtre de l’Archevéché, les 5, 8, 9, 11, 14, 16, 18 et 20 juillet à 22h.
Orchestre philharmonique de Berlin
Direction : sir Simon Rattle ; piano : Lang Lang
Joseph Haydn : Concerto pour piano et orchestre en ré majeur
Symphonie n° 91en mi b majeur
Maurice Ravel : Concerto pour piano et orchestre en sol majeur
Ma mère l’Oye
Grand Théâtre de Provence, le 8 juillet à 19h30.
Orchestre philharmonique de Berlin
Direction : sir Simon Rattle
Alexandre Borodine : Symphonie n° 2 « épique »
Igor Stravinski : le Sacre du Printemps
Grand Théâtre de Provence, le 11 juillet à 19h30.
Orchestre philharmonique de Berlin
Diection : Pierre Boulez ; piano : Pierre-Laurent Aimard
Bela Bartók : Musique pour cordes, percussion et célesta
Maurice Ravel : Concerto pour la main gauche, pour piano et orch. en ré majeur
Pierre Boulez : Notation 1-IV et VII pour orchestre.
Grand Théâtre de Provence, le 5 juillet à 19h30.
Private Musike
Direction : Pierre Pitzl ; Magdalena Kozena, mezzo soprano
« Lettere amorose »
Musique italienne du XVIIe siècle : Giulio Caccini, Sigismondo D’India, Gaspar Sanz, Claudio Monteverdi, Barbara Strozzi, Girolamo Kapsberger…
Théâtre du Jeu de Paume, le 6 juillet à 21h.
Camerata Salzburg
Direction : Louis Langrée ; Magdalena Kozena, mezzo soprano
Joseph Haydn : Symphonie n° 44 en mi mineur « Funèbre »
Scène dramatique « Berenice, che fai »
Cantate Ariana a Naxos
Symphonie n° 104 en ré « Londres ».
Grand Théâtre de Provence, le 10 juillet à 20h.
Les Talens lyriques
Direction : Christophe Rousset
Joyce DiDonato, mezzo soprano
« Furore ! »
Airs de folie et de fureur extraits des opéras de Georg Friedrich Haendel :
Teseo, Imeneo, Il Pastor Fido, Serse, Ariodante, Rodrigo et Hercules
Grand Théâtre de Provence, le 27 juillet à 20h.
Camerata Salzburg
Direction : Louis Langrée ; Chanteurs de l'Académie européenne de musique 2009
Airs de concerts et d'opéras de Wolfgang Amadeus Mozart et Joseph Haydn.
Théâtre du Jeu de Paume, le 15 juillet à 21h.
Des concerts de musique de chambre (quatuor, trio…), un récital d’Henrich Schif (violoncelle), de György Kurtág et Marta Kurtág (pianos)…auront lieu pour la plupart au Jeu de Paume. Signalons un débat Nietzche et Wagner à l’Hôtel Maynier d'Oppède, et un concert de musique de la Méditerranée.
La Flûte enchantée (Mozart).
La Flûte est un singspiel (opéra populaire allemand avec dialogues parlés, semblable à l’opéra-comique français) en deux actes crée le 30 septembre 1791 à Vienne.
Dans le cadre d’une Égypte imaginaire, le prince Tamino se voit confier la mission de délivrer Pamina, fille de la maléfique Reine de la nuit, et prisonnière, selon cette dernière, du « démon » Sarastro sous la garde du geôlier Monostatos. Au vu du portrait de Pamina, il en tombe amoureux et s’empresse de voler à son secours. Munis d’une flûte magique en or, et aidés par l’oiseleur Papageno qui, lui, se voit doté d’un glockenspiel enchanté, Tamino et Pamina triompheront de toutes les épreuves initiatiques imposées par Sarastro (qui s’avère être le grand prêtre d’Isis et qui n’a « enlevé » Pamina que pour la soustraire à l’influence néfaste de sa mère) ; ayant accompli le voyage rituel vers la Connaissance et la Vérité, le couple, ayant triomphé de l’obscurantisme, est uni par Sarastro tandis que Papageno trouvera sa Papagena. La Reine de la nuit et son royaume des ténèbres sont engloutis.
À travers cette fable à la fois naïve et symbolique, aux résonances maçonniques, c’est le grand symbole de la lutte des ténèbres (la Reine de la nuit) contre la lumière (Sarastro, maître du jour, "détenteur du cercle solaire de la Sagesse"), qui est transcendé par la musique de Mozart.
Idoménée, roi de Crète (Mozart).
Opéra seria en trois actes sur un livret de Giambattista Varesco, représenté le 29 janvier 1781 à Munich.
Rentrant de la guerre de Troie, Idoménée, pour se sortir sain et sauf d’une violente tempête, a fait vœu de sacrifier à Neptune le premier être humain qu’il rencontrera en débarquant ; c’est son fils Idamante qui se présente à lui. Le roi, consterné, essaye de le sauver en l’envoyant accompagner la princesse grecque Électre (éprise d’Idamante) à Argos, au grand dam de la princesse troyenne Ilia (aimée d’Idamante) ; mais le dieu de la mer, irrité, fait surgir des flots un monstre marin qui ravage l’île. Idoménée, le cœur déchiré, est résolu au sacrifice de son fils, mais celui-ci combat le monstre et le tue. Au moment où le grand-prêtre s’apprête à immoler Idamante, Ilia veut prendre sa place : devant un tel geste, Neptune fait grâce, mais Idoménée doit abdiquer et Idamante monte sur le trône avec Ilia. Électre, dévorée par la jalousie, sombre dans la démence.
Idoménée est considéré comme le premier des opéras de la maturité de Mozart. Il magnifie l'orchestre et le chœur, en s'inspirant du modèle de la tragédie lyrique française réformée par Gluck : intensité dramatique des récitatifs avec orchestre, ensembles d’une grande noblesse, airs d’une grande profondeur d’expression, chœurs grandioses jouant un rôle essentiel de protagoniste.
Le Crépuscule des dieux (Wagner).
« Drame en musique », en un prologue et trois actes, livret du compositeur ; troisième et dernière « journée » de l’Anneau du Nibelung, créé le 17 août 1876 à Bayreuth.
La trame, comme dans toute la Trétralogie, est dense et très complexe. Elle nécessite de connaître les événements qui se sont déroulés dans le prologue (l’Or du Rhin), la première journée (la Walkyrie) et la deuxième journée (Siegfried).
Pour simplifier : Brünnehilde (l’une des Walkyries) est en possession du fameux anneau forgé avec l’or du Rhin (qui a été volé et qui doit rendre son possesseur maître du monde) ; elle refuse de le rendre aux filles du Rhin. Siegfried (le héros rédempteur qui doit briser la malédiction attachée à cet anneau), le lui dérobe, et bien que lui ayant déclaré un amour éternel, s’apprête à en épouse une autre. Brünnehilde décide alors la mort du héros ; Siegfried est assassiné traîtreusement lors d’une chasse et son corps est rapporté pour être incinéré (la célèbre « marche funèbre de Siegfried »). Brünnehilde enlève l’anneau fatal du doigt de Siegfried et le passe à son propre doigt ; puis elle se précipite dans les flammes : celles-ci s’élèvent jusqu’au Walhalla (demeure des dieux) qu’elles embrasent. Le Rhin déborde, l’anneau retourne au fond des eaux, le Walhalla s’effondre.
Dans cette dernière journée, tous les motifs antérieurs sont évoqués comme le rappel des « origines » de la faute. Mais c’est le thème de l’amour qui domine tout. L’acte final, magistral, déroule le thème sublime de la rédemption du monde par l’amour, « le couple rédempteur faisant briller l’espérance à travers l’annonce, dans une lumineuse péroraison, d’un nouvel avènement » (François-René Tranchefort) : la fin de la puissance divine et l’exaltation de celle de l’homme ; « avant que Nietzche n’ait proclamé la mort de Dieu, Wagner l’a fait » (M. Schneider).
Orphée aux Enfers (Offenbach).
Opéra-féerie en deux actes et quatre tableaux, livret d’Hector Crémieux et Ludovic Halévy, créé le 21 octobre 1858 aux Bouffes-Parisiens, dont Offenbach était le directeur.
L’action est une parodie de la légende d’Orphée.
Eurydice, cocotte superficielle, est amoureuse d’un certain Aristé, qui n’est autre que Pluton déguisé ; son mari Orphée est un mauvais et prétentieux violoniste, qu’elle ne peut plus souffrir. Pluton charme Eurydice et l’entraîne aux Enfers afin de conclure. Orphée est ravi d’être débarrassé de cette « insupportable coquette » ; il la laisserait volontiers là où elle est, mais devant la crainte du scandale, il se résigne à aller la chercher.
Dans l’Olympe, les dieux se plaignent de la tyrannie de « Jupin », vieux beau vaniteux et suranné. Celui-ci critique Pluton pour l’enlèvement d’Eurydice ; les dieux se révoltent contre l’hypocrite qui est le premier à faire des frasques. Survient Orphée qui réclame mollement « son Eurydice » en reprenant le couplet célèbre de Gluck : « j’ai perdu mon Eurydice » que tout l’Olympe, pour se moquer de lui, reprend en chœur.
Jupiter ordonne à Pluton de rendre Eurydice mais, incorrigible, entreprend auparavant de la séduire : déguisée en bacchante, Eurydice, flattée, cède volontier, au rythme d’un cancan déchaîné ! Orphée, faussement indigné, essaie de se défiler, mais est sommé de reprendre sa femme, avec la consigne bien connue de ne pas la regarder, ce qu’il s’empresse de faire pour la perdre définitivement, à sa grande satisfaction, qui s’exprime dans un cancan de réjouissance repris en chœur par toute l’assemblée des dieux.
Avec sa musique endiablée, ce pastiche satirique, plein de verve, volontairement mordant (sous le couvert du rire, aucun des protagonistes n’est ni à son avantage ni sympathique), connaît un succès éclatant (228 représentations consécutives), ce qui conduit Offenbach à récidiver dans l’adaptation burlesque de la Mythologie, avec la Belle Hélène six ans plus tard.
1948. Juillet : premier festival. Celui-ci comporte trois ou quatre concerts dans la cour de l'Archevêché, un concert dans la cathédrale Saint-Sauveur et six autres concerts et récitals en divers lieux de la ville. À ces concerts s'ajoute un opéra, Cosi fan tutte de Mozart, œuvre quasi inconnue du public français à cette époque. Pour monter le spectacle, Gabriel Dussurget (1904-1996) obtient la participation de Hans Rosbaud, chef d'orchestre autrichien du Südwestfunk de Baden-Baden.
1949. Le festival prend toute son ampleur avec Don Giovanni de Mozart. Gabriel Dussurget demande à un autre de ses amis, le peintre Cassandre, de concevoir les décors. Cassandre installe dans la cour de l’Archevêché un plateau de sept mètres de profondeur, avec des décors mobiles et une machinerie à l'italienne.
L'événement suscite l'afflux d'un grand nombre de personnalités éminentes de la vie artistique et littéraire française, musiciens, peintres, écrivains, gens de théâtre, tous unis dans un même enthousiasme.
1950-1974. Pendant vingt-quatre ans, le théâtre de Cassandre va accueillir des productions lyriques qui se multiplient et se diversifient rapidement. À partir de 1951, le festival accueille le grand lyrisme originel avec Monteverdi et Gluck, l'amorce de l'opéra-comique avec Cimarosa, Grétry, Rameau et Haydn, Rossini et Gounod, l'opéra du XXe siècle avec Menotti, Poulenc, Sauguet, Milhaud, Stravinsky…
1974-1982. Bernard Lefort devient directeur et dédie le festival au bel canto. Le chant italien du XIXe siècle (Verdi, Donizetti) fait son apparition, ainsi que des vedettes du bel canto (Caballé, Carreras, Horne, Ricciarelli…).
Bernard Lefort diffuse aussi « sa fête du chant » à travers la ville, en installant pour plus de six ans l'opéra-bouffe sur la place des Quatre-Dauphins (avec Pergolèse, Cimarosa, Donizzeti…).
1982-1996. Louis Erlo (ancien directeur de l’Opéra de Lyon) succède à Bernard Lefort et axe sa présidence sur le thème de « fidélité et innovation ». Il réoriente le bel canto aixois vers Rossini et développe considérablement le répertoire baroque avec Lully, Campra, Rameau, Purcell et Gluck. Il rend à Mozart sa place de référence, non seulement avec de nouvelles productions de grands ouvrages, mais en montant aussi des œuvres de jeunesse, moins connues et moins jouées. Il fait connaître à nouveau aux Aixois une pléiade de jeunes chanteurs et présente quelques célébrités ; il propose également des chefs-d’œuvre du répertoire du XXe siècle, de Prokofiev ou de Britten.
1998. Stéphane Lissner (ancien directeur du Théâtre du Châtelet) prend la tête du festival d' Aix-en-Provence. Sa première année est marquée par la rénovation complète du théâtre de l'Archevêché, dans lequel il inaugure sa programmation par Don Giovanni. Il insuffle une nouvelle dynamique au festival avec la création d'ateliers de réalisation de décors et de costumes à Venelles, permettant de décupler les coproductions internationales et de rendre le festival plus autonome.
Il crée la même année l'Académie européenne de musique, conçue comme un prolongement du festival vers la pédagogie et la promotion de jeunes talents (musiciens, chanteurs, metteurs en scène, chefs d'orchestre et compositeurs).
2006-2009. Le Festival d’Aix-en-Provence s’associe avec le Festival de Pâques de Salzbourg : les opéras sont présentés à Aix-en-Provence en juillet et repris à Salzbourg au printemps suivant.
2007. 1er janvier : le Belge Bernard Foccroulle (né le 23-11-1953), ancien directeur du Théâtre royal de la Monnaie, prend la direction du festival.