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Territoire du Montana
C’est la plus célèbre des batailles de l’Ouest et la plus prestigieuse des victoires indiennes. Le lieutenant-colonel Custer y trouve la mort avec tout son détachement, anéanti par les guerriers sioux, cheyennes et arapahos qui, conduits par Sitting Bull, Gall et Crazy Horse, refusent de vivre sur la réserve.
Le 21 juin 1876, sur la Yellowstone River, à bord du vapeur "Far-West", dans le cadre de la "Campagne contre les Sioux", le général Alfred H. Terry expose son plan de campagne. Les ordres sont de refouler les Indiens encore libres vers les réserves du Territoire du Dakota. Le major Marcus A. Reno rapporte que ses éclaireurs ont repéré les traces d'un grand rassemblement d’Indiens hostiles le long du cours supérieur de la Rosebud River. A la tête de son fameux 7ème régiment de cavalerie, le lieutenant-colonel George A. Custer, le célèbre "Boy General", est chargé de retrouver la piste des Indiens. Accompagné de Reno, il doit remonter la Rosebud River puis poursuivre en redescendant la Little Bighorn River, un petit affluent de la Bighorn River. Le général Philip H. Sheridan a donné à Terry des moyens considérables : le colonel John Gibbon arrive de l'ouest le long de la Yellowstone River avec mille hommes d'infanterie et de l'artillerie, tandis que Terry, lui-même, remontera la Bighorn River avec plus de mille cavaliers. Le général George Crook doit arriver du sud avec plus de mille hommes. La jonction des troupes est prévue pour le 27. Mais Terry ignore encore que les guerriers de Crazy Horse ont infligé la semaine précédente à Crook un grave revers sur la Rosebud River et qu'il est désormais incapable de l'épauler. Le lendemain, au moment du départ de la colonne, le colonel Gibbon rappelle à Custer qu'il ne doit pas marcher trop vite pour laisser le temps d'arriver au gros des troupes. Il dit : "Surtout, Custer, ne soyez pas trop gourmand, et attendez-nous !". Custer réplique par un énigmatique : "Certainement pas !"
Le 7ème de cavalerie, le fer de lance des troupes du général Terry, suivant les traces laissées par les Indiens, atteint le cours de la Little Bighorn River. Au matin du dimanche 25 juin 1876, les éclaireurs crows de Custer découvrent un immense village indien sur la rivère, en aval. Ils parlent de milliers tipis et d'un troupeau de dizaines de milliers de chevaux. Conformément aux ordres reçus, Custer se dispose à attendre l’arrivée du général Terry et du colonel Gibbon. Mais un incident va précipiter les événements : une caisse de biscuits tombée d'un chariot est trouvée par de jeunes chasseurs indiens. Les soldats, qui reviennent sur leurs pas pour retrouver la caisse perdue, ouvrent le feu sur les Indiens. Dans le camp, l'alerte est donnée. Les femmes commencent à démonter les tipis. Les éclaireurs de Custer signalent que les mouvements dans l'immense village montrent que les Indiens ont vu venir les soldats. Custer, qui n’a pas encore pu apercevoir l’importance du camp ennemi, décide de passer à l'attaque avant que les Indiens ne se dispersent. Les éclaireurs crows se mettent à chanter leur chant de mort pour impressionner Custer et le dissuader d’attaquer. Méprisant, Custer lance : "Les Crows sont des femmes ! ".
Le plus grand village indien jamais rassemblé dans les Plaines s’étend sur près de cinq kilomètres sur les méandres de la Little Bighorn, appelée "Peji Sluta Wakpala" par les Lakotas ("Greasy Grass" en anglais). Il compte plus de huit mille personnes, dont plus de trois mille guerriers. Il y a là les Oglalas de Crazy Horse, les Hunkpapas de Sitting Bull, Gall et Rain-in-the-Face, les Cheyennes de Two Moons et de Dull Knife, un groupe d’Arapahos, et même, des Santees revenus du Canada. De nombreux Indiens des réserves sont également venus rejoindre, dans les derniers jours, ceux qui vivent encore libres. Tous ceux qui refusent la vie de la réserve sont rassemblés là. Les guerriers indiens sont très déterminés depuis leur récente victoire sur la Rosebud River. Ils n’ont pourtant qu’environ sept cents fusils pris aux soldats du général Crook et la plupart ne possèdent que leurs arcs et leurs flèches. Les cérémonies de la Danse du Soleil qui viennent de s'achever, en apportant une cohésion renouvelée, augmentent encore la détermination de chacun. Sitting Bull qui, lors d'une vision, a vu "beaucoup de soldats tombant dans le camp", révèle que la victoire remportée sur les soldats de "Trois-Etoiles" Crook n'est pas celle de sa vision. Une nouvelle victoire est donc encore à venir. Le grand chef hunkpapa est convalescent depuis qu'il a offert cent morceaux de la chair de ses bras à l'arbre sacré de la Danse du Soleil. En cas d'attaque, il est chargé d'organiser la protection des non-combattants. Personne à l'état-major de Sheridan n'imagine que les Indiens hostiles puissent être si nombreux et si déterminés.
En amont du village, depuis un endroit appelé "Crow's Nest", Custer élabore son plan d'attaque : il envoie le major Reno avec trois compagnies, soit cent soixante-dix hommes, attaquer le village par le sud pendant que Custer lui-même, avec cinq compagnies, progresse le long des crêtes à l'est pour contourner par le nord le village qu'il n'a toujours pas pu apercevoir. Les trois compagnies du capitaine Frederick W. Benteen, soit cent quarante hommes, sont chargées de débusquer d’éventuels Indiens hostiles et d'épauler les unités qui se trouveraient en difficulté. Les bagages et des munitions sont sous la garde des hommes du capitaine Mc Dougall.
Il est environ 15 heures quand le major Reno, probablement ivre au moment de l'attaque, franchit la rivière et fait disposer son unité sur une longue ligne qui charge vers le village. Les Indiens font vigoureusement face à l’ennemi. Conduits par des grands chefs de guerre comme Gall, Rain-in-the-Face et Two Moons, ils ripostent par une violente contre-attaque, puis parviennent à déborder les soldats, les contraignant à retraverser la rivière et à s'abriter précipitament dans un petit bois. Reno, complètement désorienté depuis qu'il a reçu en pleine figure la cervelle du scout arikara Bloody Knife qui vient d'être frappé à ses côtés d'une balle en pleine tête, se lance dans une série d'ordres contradictoires, achevant de dérouter ses hommes. Une nouvelle manoeuvre de repli conduit les hommes de Reno au sommet d'une colline qu'on appellera plus tard "Reno Hill". Les soldats ont perdu une cinquantaine d'hommes en moins de vingt minutes. Les Indiens décrochent pour affronter les soldats qui approchent à l'autre bout du villlage.

Pendant ce temps, du haut des crêtes, ignorant la retraite précipitée de Reno, Custer découvre enfin l’immense camp de tipis. Custer, un instant surpris, s’exclame : "Voilà la chance de Custer ! C'est le plus gros village indien du continent !". Mesurant enfin l'importance du camp ennemi, Custer envoie un messager pour rappeler Benteen en renfort. Puis, ayant congédié ses fidèles éclaireurs crows et arikaras, il reprend sa marche avec ses deux cent quinze hommes, cherchant un passage à gué pour traverser la rivière. Il semble que l'objectif de Custer ait été de capturer les femmes et les enfants qui fuient vers le nord par centaines, afin de contraindre les guerriers à se rendre. Il est environ 16 heures 20 quand Custer arrive au gué de Medicine Tail Coulee. Il sépare son détachement une nouvelle fois en trois colonnes. Les deux compagnies du capitaine Yates qui atteignent la rivière les premières sont brutalement arrêtées par le feu nourri de guerriers postés sur l'autre rive. Ce sont les membres d'une société de guerriers cheyennes qui ont fait le voeu de ne jamais reculer devant l'ennemi. Pendant ce temps, des cavaliers sioux menés par Gall débordent sur les flancs des deux côtés les cavaliers bleus. Pour éviter l'encerclement, les compagnies de Yates et de Custer se replient vers une hauteur qu'on appellera "Calhoun Hill". Les soldats tentent de se rassembler, empêtrés dans leur équipement et tenant leur chevaux à la bride. Les charges des guerriers indiens de plus en plus nombreux les empêchent de se regrouper.
Les soldats, aveuglés par la poussière intense, courent en tous sens dans une grande confusion. Beaucoup abattent leurs chevaux pour s’en faire un rempart. Certains se donnent même la mort pour éviter de tomber vivants aux mains des Indiens. Custer et ses officiers, tentent d'organiser le repli, mais la position des soldats devient rapidement intenable. Les cartouches se coincent dans les culasses surchauffées des fusils. Les soldats, qui attendent toujours les renforts de Benteen, parviennent à se regrouper sur une autre colline qui sera plus tard appelée "Custer Hill". Soudain, un groupe important de cavaliers sioux conduits par Crazy Horse, qui vient de faire un vaste mouvement tournant, surgit à revers achevant l'encerclement. Le grand chef oglala s’exclame en chargeant les soldats : "Hooka hey ! Chargez ! C’est un beau jour pour mourir ! C’est un beau jour pour se battre ! Que les coeurs courageux me suivent !". Regroupés autour du fanion personnel de Custer, un endroit appelé depuis "Custer’s Last Stand", les derniers soldats combattent avec l'énergie du désespoir. Mais la pression des Indiens est trop forte. Ils succombent sous le nombre. Le seul survivant est "Comanche", le cheval du capitaine Keogh. Il est alors près de 18 heures 30. Les cadavres sont dépouillés de leurs vêtements et de leur équipement. A l’exception de "Longue-Chevelure" Custer, de son frère Tom, du capitaine Keogh et du journaliste Mark Kellog du "Bismarck Bulletin", tous les soldats sont scalpés et, pour la plupart, mutilés.
Le capitaine Benteen a rejoint l’unité du capitaine Mc Dougall qui garde les munitions. Il a reçu le message de Custer. Mais il le déteste ouvertement et ne se presse pas pour se porter à son secours. Après beaucoup de retard, Benteen rejoint ce qui reste des trois compagnies du major Reno, complètement désemparées. Le capitaine Thomas Weir exige qu'on se porte vers les bruits de combat qu'on entend dans les collines, vers le nord. Devant le refus de Benteen, Weir conduit sa compagnie jusqu'à un endroit qu'on appelle désormais Weir's Point. Le capitaine Weir observe Custer Hill sans pouvoir intervenir. Benteen et Reno le rejoignent près d'une heure plus tard. Weir insiste à nouveau pour voler immédiatement au secours de Custer. Mais Benteen refuse d'engager ses forces dans un combat qui est désormais, à l'évidence, désespéré. Un parti indien surgit soudain, contraignant les hommes de Benteen et de Reno à se replier rapidement vers leurs positions.
Dans la soirée, les Indiens, qui viennent d'anéantir le détachement de Custer, se tournent maintenant vers la position de Reno et de Benteen. Ils harcèlent les soldats pendant la nuit et toute la journée du lendemain. Les assiégés souffrent cruellement de la soif. Plusieurs sont tués en essayant d’atteindre la rivière. Puis, dans la soirée, les Indiens lèvent le siège. Mettant le feu à la prairie, ils décrochent en bon ordre vers les Bighorn Mountains, à l’annonce de l’approche des importants renforts de Terry et Gibbon.
Le lendemain, les premiers soldats arrivés sur le champ de bataille, portent secours aux survivants des unités de Benteen et de Reno, puis, suivant le vol des charognards, découvrent les morts des cinq compagnies que commandait Custer.
Curly, le fidèle éclaireur crow de Custer, qui a assisté de loin à la bataille, rejoint le vapeur "Far-West" sur la Bighorn River et raconte les derniers instants du "Fils de l'Etoile du Matin" et de ses hommes.
Les pertes américaines s’élèvent à deux cent soixante-cinq morts. C’est la plus sévère défaite qu’ait subi l’armée américaine pendant les guerres indiennes. Il est difficile de chiffrer les pertes indiennes dont le bilan a donné lieu à de nombreuses controverses, mais les derniers relevés feraient état de près de deux cents morts et blessés du côté des Indiens. De nombreux témoignages indiens rendront hommage au courage des soldats venus les combattre. Sitting Bull dira plus tard : "Je n'ai pas l'habitude de dire des mensonges à propos d'hommes qui sont morts. Les hommes de Longue-Chevelure sont parmi les plus braves que j'ai jamais combattus".
La nouvelle de l'humiliante défaite et la mort du "Boy General" éclate comme un coup de tonnerre à Philadelphie au milieu des fêtes célébrant le Centenaire de la déclaration d'indépendance des Etats-Unis. Mais cette grande victoire indienne va aussi sceller le sort des tribus encore libres qui, à partir de ce moment, seront traquées sans répit et finalement contraintes à déposer les armes.
Le major Reno est traduit en conseil de guerre. Il est accusé par les autorités militaires d'avoir négligé de s’être porté au secours du détachement de Custer. Il ne sera réhabilité à titre posthume qu’en 1967. Le dernier mort américain de la bataille sera retrouvé et identifié en 1992.
Le site de ce célèbre affrontement, le "Little Bighorn Battlefield National Monument", se trouve actuellement dans la réserve Crow, près de Hardin au Montana. Il est devenu un site touristique très important, où chaque année a lieu une grande reconstitution. En 2003, un monument construit sur le site rend hommage aux combattants indiens. Cette bataille, connue par les Américains sous le nom de "Custer’s Last Stand" a fait l'objet de nombreuses reconstitutions et a inspiré de nombreux films. Elle a également donné matière à un nombre incalculable d'ouvrages et d'analyses historiques.
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