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PierreTerrail de Bayard

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PierreTerrail de Bayard
Publié le:04/12/2009


Pierre III  Terrail, chevalier de Bayard, surnommé le chevalier sans peur et sans reproche, symbolise, plus que tout autre, les valeurs de la chevalerie française. Ce fils de petit seigneur fait chevalier le roi François Ier et  se couvre de gloire dans la plupart des batailles de son temps. Il est aussi un excellent lieutenant-général du Dauphiné. Né dans la maison-forte de Bayard à Pontcharra dans le Dauphiné en 1473 et pas en 1476, il meurt à Rovasenda, dans l’actuel Piémont, d’un coup d'arquebuse dans le dos le 29 avril 1524.

Le nom de sa famille est Terrail et pas du Terrail ou de Terrail. Leur nom est parfois écrit Tirail. Il signe Bayart et pas Bayard, mais le château est cité sous le nom de Bayardo.

Sur ses origines nobles et dauphinoises  remontant au temps du premier royaume de Bourgogne, l’historien Oscar de Poli retrouve à la fin du XIXe siècle un acte qui les remet en cause : Le 8 des calendes d'octobre 1201, Arnaud Flotte, troisième du nom, accorda des lettres de noblesse et d’affranchissement à Pierre Tirail, du lieu de la Batie-Mont-Saléon, et à ses fils Lambert et Galvaing, en considération des services qu'il avait rendus au seigneur de La Roche-des-Arnauds. Ce qui signifie que les Terrail-Bayard ne sont pas d'origine dauphinoise, car le Gapençais à cette époque est encore provençal. Mais ce document a un autre intérêt, car comme l’écrit l’historien-archiviste Joseph Roman il est soit mal traduit, soit a été recopié et modifié par la suite. En effet, en 1201, Arnaud Flotte, seigneur local, ne peut pas accorder la noblesse aux Terrail-Tirail. Roman voit là un acte d’affranchissement de serfs. Le cas d’actes d’affranchissement considérés comme des actes d’anoblissement n’est pas rare.

Blason des Terrail, seigneurs de Bayard
Blason des Terrail, seigneurs de Bayard
"D'azur au chef d'argent, chargé d'un lion naissant de gueules, à la cotice d'or brochant sur le tout"
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
La famille du chevalier va s’établir sur la partie supérieure du Dauphiné, qui confine à la Savoie, à l'extrémité de la vallée du Graisivaudan, environ à six lieues de Grenoble vers Ferlent. Ils sont seigneurs de Grenion. Cette famille est dès lors féconde en guerriers et s'allie aux plus illustres Maisons, étant de noble et ancienne chevalerie. Avant Bayard, tous ses ancêtres meurent sur les champs de bataille :

  •  Aubert Terrail, son cinquième aïeul et le premier dont parle des documents d’archives, est blessé mortellement à la bataille de Varey (7 août 1325).
  • Robert, son quatrième aïeul, suit longtemps les Dauphins Guigues V et Humbert Ier. Il est tué au service du dernier dans une action contre les Savoyards.
  •  Philippe, fils de Robert, se signale dans les guerres contre les Anglais et les Flamands et meurt aux pieds du roi Jean à la bataille de Poitiers (19 septembre 1356), laissant deux fils, dont Jean tué à la bataille de Verneuil (17 août 1424) avec de nombreux chevaliers dauphinois.
  •  Pierre Ier est le bisaïeul de Bayard. Il meurt avant son frère Jean à la bataille d'Azincourt (25 octobre 1415). C’est lui qui commence en 1404 la construction d’une maison-forte baptisée par la suite le château Bayard.
  •   Pierre II, grand-père de Bayard se rend si illustre dans les guerres de Charles VI et Charles VII qu'on l'honore  du surnom de l’épée Terrail. Il meurt sur le champ de bataille de Montlhéry (16 juillet 1465).
  •   Aymon Terrail (1414-1496), père de Bayard, sert toute sa vie jusqu'à la bataille de Guinegatte (7 août 1479), où il reçoit quatre blessures, dont l'une le prive pour toujours de l'usage d'un bras, et le force à se retirer âgé de soixante-cinq ans sur son modeste arrière-fief. Il connaît la misère, pourtant sa femme Hélène appartient à la Maison Alleman, l’un des plus nobles lignages du Dauphiné.

 Comme les Terrail, les Alleman sont très pieux. Pierre III a un oncle, un cousin germain et deux frères évêques. Une de ses sœurs est chartreuse et une autre bénédictine, mais c’est aussi faute de dot. Pour les Terrail une prébende, un bénéfice ou le métier des armes sont les moyens d’échapper à la misère. Encore faut-il  pour servir un prince avoir une armure et des chevaux ! Et c’est pour cela que nous voyons Pierre III emprunter à un oncle abbé beaucoup d’argent pour participer à un tournoi. Toutefois si le château Bayard n’est qu’une simple maison-forte, la demeure des autres seigneurs dauphinois est rarement un vrai château et beaucoup de familles de chevaliers vivent dans celui d’un seigneur plus haut et puissant.

 

AU SERVICE DU ROI CHARLES VIII (1489-1498)

 

Le chevalier Bayard
Le chevalier Bayard
Vision romantique du personnage
© ???
François Guizot "Histoire de France", 1875
Pierre apprend l’art de la guerre et les valeurs de la chevalerie avec son père. Il fait comme presque tous les nobles de son temps de très rapides études à l'École-cathédrale de Grenoble. Dès l’âge de 13 ans il se détermine pour le parti des armes. Son père lui dit : Mon fils, Dieu t'en fasse la grâce tu as déjà la taille et la ressemblance de ton aïeul, qui fut un des plus accomplis Gentilshommes de son temps. Ta résolution me comble de joie, et dans peu je la seconderai, en te plaçant dans quelque maison de Prince, où tu puisses faire ton apprentissage des Armes. Et il tient parole. Pierre est présenté au duc de Savoie, qui le reçoit en qualité de Page en avril 1486, du fait des recommandations de son oncle l’évêque Laurent Alleman, mais surtout des exploits de ses aïeux avant lui. Pierre est donc né selon un document de la Maison de Savoie en 1473 et pas 1476, comme il est précisé un peu partout.

 Quand Pierre est offert au roi Charles VIII  comme page, par Blanche de Montferrat, veuve de Charles Ier de Savoie, ce dernier vient de mourir, donc nous sommes au printemps 1490. Terrail devient Page du comte de Ligny, qui est très généreux avec lui. Excellent cavalier et très habile dans le maniement des armes il participe en 1493 à un important tournoi à Lyon et le remporte. Pierre réussit à battre un chevalier invaincu, Claude de Vaudray.

 Le comte de Ligny l’envoie en Picardie, à Aire-sur-la-Lys, avec un équipage de seigneur. Ses futurs compagnons d’armes enthousiastes à l’idée d’accueillir pareil champion vont à sa rencontre. Ils lui demandent d’organiser un tournoi à Aire. Le jeune Terrail établit comme prix du tournoi, un bracelet d'or de trente écus et un diamant de quarante écus. Il remporte les prix, mais les distribue à deux des combattants. Les faits se situent après la signature du traité de paix de Senlis, le 23 mai 1493, qui restitue Aire-sur-la-Lys à la France.

 Quand Charles VIII part pour la conquête du royaume de Naples, Pierre Terrail et la compagnie de Ligny l’accompagnent et sont de toutes les batailles. Il a deux chevaux tués sous lui à la bataille de Fornoue en 1494, qui est gagnée par le roi. Pierre Terrail lui présente une enseigne de cinquante hommes qu’il a capturée. Il  est récompensé pour ses actes de bravoure. Le roi le fait chevalier et lui donne 500 écus. Deux ans plus tard, en 1496, après la mort de son père, Pierre prend le titre de seigneur de Bayard, pas avant.

 

AU SERVICE DU ROI LOUIS XII (1498-1515)

 

Carte des principautés italiennes en 1494
Carte des principautés italiennes en 1494
Historical Atlas by William Shepherd from the Perry-Castañeda Library Map Collection, University of Texas at Austin
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
De 1496 à 1497, l’on assiste à la perte des conquêtes françaises en Italie. Le royaume de Naples se révolte et Charles VIII meurt subitement à Amboise. Louis XII succède à son père. Il hérite des droits des Valois sur le royaume de Naples et considère que le duché de Milan lui revient car sa grand-mère était une Visconti. Les chevaliers français, dont Bayard, conquièrent le duché de Milan.

Pierre est envoyé à la Cour de Savoie, où il est reçu comme un héros. Il y donne un tournoi à Carignan en l’honneur de la duchesse, à la prière d’une dame qu’il avait aimée autrefois, et le remporte.

 La guerre reprend. Profitant d’une insurrection anti-française, le duc Ludovic Sforza,  dit le More, reprend son trône le 5 février 1500. Bayard attaque avec 50 hommes 300 de ses mercenaires et les poursuit dans Milan. Son inconscience du danger lui vaut d’être fait prisonnier. Le duc Ludovic Sforza le reçoit avec les plus grands honneurs et le renvoie sans rançon. Il lui restitue son cheval, son armure et ses armes. Peu de temps après cette libération du chevalier sans peur et sans reproche, Le More est pris et transféré au château de Lys-Saint-Georges dans le Berry. Il meurt dans les cachots du donjon de Loches. Louis XII reprend Milan et le comte de Ligny veut récompenser Bayard qui comme à son habitude distribue les cadeaux à ses compagnons d’armes encore plus pauvres que lui.

Portrait de Bayard
Portrait de Bayard
"Histoire de Bayard, Le Loyal Serviteur", Librairie Hachette, 1882
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Le roi envoie en 1501 une armée reprendre le royaume de Naples. Bayard bat les Espagnols et s’empare du capitaine Alonso de Sotomayor. Croyant avoir affaire à un chevalier, Pierre lui demande de donner sa parole de gentilhomme de ne pas s’enfuir et le loge dans un château. L’Espagnol ne tient pas ses engagements et se sauve avec la complicité d’un Albanais. Il est repris. Bayard le fait enfermer dans une tour. Sotomayor paie sa rançon mais raconte partout qu’il n’a pas été traité selon son rang. Bayard le combat à pied et le tue. Il restitue le corps de l’Espagnol à ses ennemis.

Avant 1502, Bayard n’apparaît pas dans les chroniques pourtant nombreuses. Les historiens doivent paraphraser la Très joyeuse et très plaisante histoire du gentil seigneur de Bayart, le bon chevalier sans peur et sans reproche, en essayant de relier ses actions à des faits connus. Les archives françaises ne fournissent d’ailleurs sur ce personnage très célèbre que quelques quittances de gages et des lettres. L’étude des archives italiennes, notamment de la Maison de Savoie nous permet désormais de vérifier les écrits de Jacques de Mailles, qui est à son service.

A cette époque Pierre Terrail a une fille Jeanne avec Barbe de Tresca, une Italienne de noble race, de Cantù, entre Milan et Côme. La famille de Tresca possède des lettres de Bayard à sa compagne. Jeanne Terrail (1501-1580) est élevée dans le Dauphinois par ses oncles paternels. Elle n’est jamais qualifiée naturelle, mais simplement fille du chevalier. Le 24 août 1525, ils la marient, avec une ample et grosse dot, à l’un de ses cousins lointains, François de Bocsozel. Jacques de Mailles, reconverti en notaire, rédige le contrat de mariage, mais ne parle jamais de cette fille dans son histoire du chaste chevalier.

Jean d’Authon (1467-1527), historiographe officiel du roi Louis XII mentionne au siège de Bisceglia en 1502 ung nommé Pierre de Bayard.

En 1503, lors d'un important combat d'honneur, 13 Français combattent 13 Espagnols. Bayard et un sien compagnon tiennent quatre heures à deux contre treize. Puis, il capture le trésorier de l’armée espagnole et distribue 15.000 ducats à ses compagnons et à leurs hommes, sans en retenir un seul denier.

Bayard défendant le pont sur le Cariglano
Bayard défendant le pont sur le Cariglano
Henri Philippoteaux, Musée du château de Versailles
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
En décembre 1503, la retraite des troupes françaises hors du royaume de Naples est le théâtre de l'un de ses plus hauts faits d'armes. Bayard, resté seul à l'arrière-garde, défend un pont sur le Garigliano. Théodore Godefroi écrit : Comme un tigre échappé, il s’accula à la barrière du pont et à coups d’épée se défendit si bien que l’ennemi ne pouvait discerner s’il avait affaire à un homme ou au Diable. Cette belle action lui mérita pour devise un porc-épic, avec ces mots : « Vires agminis unus hab ». Selon son hagiographe, Jacques de Mailles, il combat deux cens Espaignolz  pendant une demye heure. En réalité le pont est très étroit ne permettant le passage que d’un cavalieret il n’est pas seul. Toutefois ses compagnons d’armes doivent s’imposer pour le remplacer. L’artillerie française met fin à ce combat, pendant lequel Pierre du Terrail devient vraiment un modèle guerrier.  Comme l’écrit Michel Stanesco dans « Jeux d'errance du chevalier médiéval » : C’est au moment où la chevalerie est obligée de sortir de l’histoire que le culte de ses valeurs atteint le plus grand épanouissement. Le combat de Bayard au pont du Carigliano et la mort de Bayard sont le chant du cygne d’une chevalerie moribonde. Les chevaliers qui étaient 5 ou 6.000 vers 1300 ne sont plus que 1.000 dans tout le royaume. Si l’Eglise et la royauté font tout pour affaiblir les ordres religieux de chevalerie, voire même les supprimer, de nouvelles armes vont contribuer à les éliminer. D’ailleurs même le combat de Bayard au pont du Carigliano se termine par l’intervention de l’artillerie. Surnommés les armes des lâches par les chevaliers, les arcs, les mousquets, les arquebuses ou les canons permettent dès cette époque à une armée de décimer ses ennemis et remporter une victoire. Contrairement à ce que montre la plupart des gravures il n’a pas eu le temps d'enfiler sa cuirasse ni son casque.

En 1504, Hélène Alleman, sa mère,  meurt. Le bon chevalier est absent, comme pour la mort de son père, huit ans plus tôt.

Armure du Chevalier Bayard
Armure du Chevalier Bayard
Musée de l'Armée, Hôtel des Invalides
© La Palice
Wikimédia
La guerre continue. Au début de l’année 1507, les Génois se révoltent. Louis XII commande une nouvelle expédition. Bayard rejoint l’armée et en avril 1507 force le passage des Apennins. Il s’illustre lors de la reconquête de Gênes.

En 1509, la Ligue de Cambrai, entre Louis XII, Ferdinand d ’Aragon, Jules II et l’empereur Maximilien, se crée et attaque Venise. Le roi de France envoie  le seigneur de La Palisse au secours de l'Empereur, avec cinq cents hommes d'armes et plusieurs cappitaines, desquelz estoient le bon Chevalier sans paour et sans reprouche. Au début du mois de mai 1509, Bayard et ses troupes prennent Treviglio. Bayard s'illustre à la bataille d'Agnadel (14 mai 1509), victoire qui permet à Louis XII d’envahir la Vénétie, mais victoire très chèrement gagnée. La même année, il reçoit le commandement de 25 lances (unité militaire). Louis XII francise l'armée en l'épurant de tous les soldats étrangers. L'on voit alors Bayard quitter la cavalerie pour se mettre à la tête de la jeune infanterie française.

L'empereur Maximilien plante son siege devant Padoue (septembre 1509). Jacques de Mailles raconte comment le chevalier s’y montre d'une grande hardiesse et fist une course avecques ses compaignons, où il acquist gros honneur. Dans la réalité, il refuse d’attaquer avec la noblesse française aux côtés des piétons allemands, sauf, bien entendu, si l'Empereur demande à la noblesse allemande de marcher avec celle de France. Les Allemands refusent en disant qu'ils ne sont pas des gens à aller à pied, ni à escalader une brèche, et qu'ils ne combattront qu'en gentilshommes. Dès lors, l'Empereur quitte le camp et ordonne la levée du siège.

Quand Bayard est en garnison à Vérone avec un petit contingent français, en 1509, il attaque quatre garnisons vénitiennes qui protégent la porte de Vicence. Le chevalier  fait prisonnier soixante Albanais, trente arbalestiers et parait-il le célèbre Jean-Paul Manfroni. En racontant la vie de Bayard, Jacques de Mailles ne se souvient pas en écrivant son livre en 1627, qu’en 1509 Manfroni est déjà prisonnier des Français, bien loin de Vérone. Le mythe embellit une réalité qui est pourtant déjà bien belle.

Le pape Jules II lui offre le titre de généralissime pour l'attacher à son service. Bayard lui fait alors répondre : je n'aurai oncques que deux maîtres, Dieu dans le ciel et le roi de France sur terre.

 

Le duc Antoine de Lorraine
Le duc Antoine de Lorraine
Palais ducal de Nancy
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
En 1511, après  la prise de Bologne par les Français, Bayard est nommé lieutenant de la compagnie de cent hommes d’armes commandée nominalement par le duc Antoine de Lorraine. Comme l’écrit Gabriel-A. Pérouse dans L'Homme de guerre au XVIe siècle, en réalité c’est Bayard qui en est le commandant. Le duc lui donne un très beau cheval Le Carinan. Bayard va commander cette compagnie bien des années, notamment à Marignan. D’ailleurs les exploits de Bayard sont ceux aussi de ses hommes. Le Carinan va faire preuve de beaucoup de courage et d’endurance dans bien des batailles. A la bataille de Ravenne, percé de coups à la tête et dans le flanc, il combat encore. Epuisé par le sang qu'il perd, son maître le laisse pour mort sur le champ de bataille. Mais il guérit et Bayard, qui le regarde comme son compagnon de gloire et de travaux, voulant faire un présent noble et utile au duc de Lorraine, le lui redonne. Mais ce grand seigneur devinant tous les dangers que Bayard va devoir affronter à la bataille de Marignan, lui rend Le Carinan. Il combat sous son ancien maître, le sert avec son ardeur ordinaire, le dégage, et s'associe comme autrefois à la gloire de Bayard.

En février 1512, les Français assiègent Brescia. Le chevalier est gravement blessé d'un coup de pique à la jambe en franchissant les murailles. Il est soigné par une dame italienne et ses filles et ne se comporte pas en soudard comme beaucoup de ses contemporains. Vite remis, il est blessé à nouveau. Pierre est soigné à Grenoble chez son oncle l’évêque Laurent Alleman.

 Guéri, Bayard demande à son valet de lui trouver une jolie fille pour la nuit. Celui-ci va voir une femme très pauvre qui lui vend son enfant pour la nuit. Comme la belle demoiselle pleure, le chevalier se renseigne et lui donne 300 écus pour qu’elle puisse se marier. Mais là le récit redevient mythique et rappelle un peu trop le côté chaste de Perceval ou de Galaad.

 En novembre 1512, Bayard convalescent fait partie de l’armée de secours envoyée en Navarre ou comment le bon Chevalier prist ung chasteau d'assault, au royaulme de Navarre, ce pendant qu'on assist le siege devant la ville de Pampelune, où il fist ung tour de sage et appert chevalier.

 Lors de la défaite de Guinegatte ou Journée des éperons le 16 août 1513 contre les Anglais, Bayard est fait prisonnier. Apprenant sa capture, l'empereur Maximilien qui le tient en grande estime, vient le voir et le présente au roi d'Angleterre qui essaie en vain de le faire entrer dans ses armées, puis il lui rend la liberté.

 Un traité avec l’Angleterre est signé et Louis XII épouse Marie Tudor. Bayard participe aux festivités. La reine a 19 ans et est très belle, Louis en a 53. Trois mois plus tard, épuisé, il décède.

 

AU SERVICE DU ROI FRANCOIS Ier (1515-1524)

 

Le chevalier Bayard
Le chevalier Bayard
Musée de la Légion d'honneur. Peinture française du XVIe siècle.
© PHGCOM
Wikimedia Commons.
Bayard est nommé, le 20 janvier 1515, lieutenant général pour le Roy au gouvernement du Dauphiné, province dont le duc de Longueville est le gouverneur en titre. Il fait son entrée solennelle à Grenoble le 17 mars. Comme l’écrit Stéphane Gal dans « Bayard Histoires croisées du Chevalier », le roi lui accorde là une reconnaissance sociale qui souligne de manière éclatante l’ascension du gentilhomme : le baroudeur est fait lieutenant général du Dauphiné.

La lieutenance générale du Dauphiné est une fonction très importante. Le lieutenant général de province est un personnage qui représente le roi dans les provinces du royaume. Les rois ont tendance à nommer les fils successeurs de leur père, ce qui fait que les offices de lieutenant-général font quasiment partie du patrimoine des familles de la haute noblesse. Cette lieutenance est l’une des plus importantes de France et depuis le début des guerres d’Italie presque tout le ravitaillement, les armes et les troupes passent par les Alpes.

Bayard administre le Dauphiné de 1516 à 1521. Il est paraît-il un excellent gouverneur, aimé de tous. Trois domaines retiennent spécialement son attention : la peste les inondations et les brigands.

A cette époque on ne peut plus parler de pauvreté pour Bayard, sauf dans les légendes. Comme capitaine de la gendarmerie il touche 1.200 livres, s’ajoutent à cette somme 1.000 livres comme lieutenant-général et surtout une pension du roi de 8.000 livres, soit en tout plus de 10.000 livres, ce qui représente le revenu de 100 hommes salariés.

Il  ne va pas être en permanence dans sa province, car il va devoir continuer à guerroyer. Mais après des victoires comme celle de Marignan il peut parfois séjourner dans sa lieutenance du Dauphiné.

François 1er est armé chevalier par Bayard.
François 1er est armé chevalier par Bayard.
Louis Ducis, Château de Blois.
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
François Ier décide d’aller combattre en Italie. Autour des 18.000 cavaliers des compagnies d'ordonnance viennent se grouper plus de 40.000 fantassins, tant français que gascons, navarrais ou allemands.

Bayard capture Prospero Colonna avec trois autres capitaines à Villa Franca dans le Piémont, action au cours de laquelle sont pris 600 beaux chevaux et 150.000 écus. Prospero Colonna, duc de Trajetto, est le commandant des troupes du pape Léon X dans le nord-ouest de l'Italie.

À la bataille de Marignan, au soir de la victoire, le jeune François Ier demande de recevoir de la main de Bayard l’adoubement, symbole par excellence de la condition du chevalier. Certes pour tous, comme le souligne Denis Crouzet, sa vie semble revitaliser les mythes chevaleresques des chansons de geste, mais de manière paroxystique. Mais outre les témoignages une requête d'exemption de paiement de cas royaux par la ville d'Embrun, découverte en avril 2004 aux Archives Départementales des Hautes-Alpes, confirme que Bayard  a adoubé le roi de France. Il dit notre seigneur le roi François... a été fait chevalier par la main du seigneur de Bayard.  La directrice des A.D. 05 écrit : Je pense qu'on peut raisonnablement dater la requête de 1539 ou 1543 et évidemment au plus tard avant la mort de François Ier à qui s'adresse l'acte.

Sous le règne de ce roi, on continue à faire des chevaliers avant un assaut ou après un combat. Mais cette parodie de l'ancienne chevalerie ne peut rendre son importance à une institution qui ne donne plus ni rang ni prérogative. François Ier est le dernier roi paladin. Grâce en partie à ces derniers vrais chevaliers français qui souvent sacrifient leur vie, l’offensive impériale en Milanais de 1516 est un échec.

En 1518, Bayard confère la chevalerie au jeune fils du connétable Charles III de Bourbon. Quand celui-ci se met au service de Charles Quint, Bayard est soupçonné de connivence avec ce grand seigneur. Toutefois, le roi lui conserve ses commandements et lui en attribue d’autres. Ses troupes sont en contact avec les mercenaires de l’ancien connétable. Toutes ces rumeurs ne sont  certainement dues qu’à des jalousies à la Cour.

Bayard
Bayard
Statue du Chevalier à Charleville-Mézières
© Adri08
Wikimedia Commons
Bayard défend Mézières assiégée par les troupes de Charles Quint en septembre 1521. Gabriel-A. Pérouse dans L'Homme de guerre au XVIe siècle précise que : Bayard est flanqué du jeune Anne de Montmorency qui lui apporte son nom et sa faveur auprès du roi. Bayard fortifie la ville sur laquelle doivent se concentrer les impériaux avant de marcher sur Paris. Il tient en échec l’armée ennemie pendant près d’un mois, convoyant parfois lui-même des sacs de terre destinés aux fortifications. Légende ou réalité ? L'artillerie française, elle,  joue désormais un rôle bien réel dans les luttes que la France a à soutenir contre Charles-Quint et contre l'Europe coalisée. La gloire de Bayard pour sa défense de Mézières lui revient en partie.

En 1522, Bayard est envoyé en mission à Gênes. Le roi confère au chevalier le collier de l’ordre de Saint-Michel, équivalent de l’ordre bourguignon de la Toison d’or. Le gendarme aventurier se voit attribuer le commandement d’une compagnie de cent lances. Aux honneurs s’ajoute une gratification financière qui lui permet de recevoir 5.000 livres par an. Une telle rente est la bienvenue pour ce gentilhomme désargenté. Le roi en 1523 ne dispose que de 17 compagnies d’ordonnance et des centaines de gentilshommes mieux nés que lui font parfois des bassesses pour obtenir le commandement de l’une d’entre elles.

En 1523, François Ier, refusant les défaites, le rappelle à ses côtés et ils préparent la guerre. Bayard est très écouté des généraux.  

Bayard combat dans le Milanais avec sa compagnie de gendarmes. Il va au secours de Crémone et participe au siège de Milan.

La bataille de la Sesia  est l’une des victoires des troupes de Charles Quint sur celles de la France. Les arquebusiers tiennent en échec les chevaliers français. Bayard couvre une fois de plus périlleusement la retraite des siens. Il est commandant en chef pendant deux jours entre le départ de Bonnivet et sa mort. Le 30 au soir, en effet, il est atteint dans le dos par un trait d’arbalète (ou un coup d'escopette, les versions diffèrent) qui traverse sa lourde armure et l’envoie rouler dans la poussière. La colonne vertébrale brisée, il enjoint à ses compagnons de le quitter. Il agonise dans le camp adverse, pleuré par ses ennemis.

 

APRES SA MORT

 

Statue de Pierre de Terrail Seigneur de Bayard
Statue de Pierre de Terrail Seigneur de Bayard
Place Saint-André à Grenoble
© File Upload Bot (Magnus Manske)
Wikimedia commons
Son corps est ramené dans son Dauphiné natal, via le Lautaret, Vizille et Brié et est exposé dans une chapelle ardente dans la cathédrale Notre-Dame de Grenoble à partir du 20 mai 1524, devant une foule nombreuse. Il est inhumé le 24 août 1524 dans le caveau de son oncle Laurent Alleman, situé dans la chapelle de la famille Alleman, famille maternelle de Bayard au couvent des Minimes de Saint-Martin-d'Hères, près de Grenoble.

La mort de Bayard est suivie, moins d’un an plus tard, par la désastreuse défaite de Pavie (24 février 1525). La même année parait à Lyon l’ouvrage de Symphorien Champier, Les Gestes, ensemble la vie du preulx chevalier Bayard. Symphorien Champier est un médecin lyonnais, dont la femme est une Terrail. Il est le médecin personnel du duc Antoine de Lorraine et soigne plusieurs fois le cousin de sa femme en Italie. Voir dans cet ouvrage une commande du roi après sa défaite est peut-être excessif. Champier écrit ses mémoires et parle de son parent qui est déjà célèbre. Il en est de même deux ans plus tard avecl’ouvrage de Jacques de Mailles, qui se définit comme Loyal Serviteur  et écrit La Très Joyeuse, Plaisante et Récréative Histoire … du gentil seigneur de Bayart. Jacques de Mailles est l’un des compagnons d'armes de Bayard. Il est à son service et lui sert de secrétaire, car Bayard sait à peine lire et écrire. Son style s’il rappelle La chanson de Roland n’a rien d’inhabituel pour l’époque. L'admiration suscitée par Bayard peut être rapprochée de celle inspirée par les épopées de Jeanne d’Arc ou de du Guesclin. Bayard unit dans une synthèse la piété chrétienne et la vaillance guerrière. Ces ouvrages parlent d’un chevalier pauvre, ce qui est très longtemps vrai, qui n'a été commandant en chef que deux jours et est mort en héros. Le bon chevalier défend les opprimés, s'oppose au pillage des villes vaincues, au viol des femmes... Il est généreux avec ses compagnons d’arme et la jeune fille que l’on prostitue. En ce sens, il n’est que l'héritier d'une conception médiévale de l'honneur qui est agonisante en 1525. Mais Bayard est dans la réalité relâché sans rançon et  sa mort attriste profondément ses ennemis, ce qui n’est pas courant. C’est un capitaine pratiquant la bonne guerre selon les critères moraux de l’époque.

Il suscite certainement un besoin de l’égaler chez beaucoup de guerriers morts sans que leurs exploits soient encore présents dans nos mémoires. Seul, après sa brillante victoire de Senlis sur les ligueurs, un certain Lanoue mérite par sa loyauté le titre du Bayard huguenot.

Louis XVII en armure
Louis XVII en armure
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
L’une des devises de Bayard est Dieu et le roi voilà nos maîtres, onc n’en n’aurai d’autres.  Sa mémoire va être honorée par les rois et l’Eglise, même si son tombeau n’est érigé qu’au XVIIe siècle en lieu et place de la simple pierre tombale d’origine.

 Si Pierre III Terrail est aimé de tous pendant des siècles, il l’est particulièrement par le futur Louis XVII. Les Mémoires de Madame la Duchesse de Tourzel nous montre le Dauphin prendre le costume d'un ancien chevalier français, en se revêtant d'une petite armure que lui a faite M. Palloy. Le casque en tête, la cuirasse sur le dos et la lance à la main, il se croit un véritable chevalier. Il importune la reine pour lui permettre de descendre chez elle dans son costume favori et quand on lui demande quel est son héros, il répond : Ce sera, dit-il, celui du chevalier Bayard, sans peur et sans reproche.

Dans La noblesse dans la tourmente (1774-1802) Luc Boisnard et Pierre Chaunu nous rappellent que trois cents ans plus tard  les hommes de Condé sont surnommés les nouveaux Bayard.

Les reliques de Bayard sont transférées le 21 août 1822 en la collégiale Saint-André de Grenoble et le même jour est inaugurée place Saint-André une statue élevée à la gloire du héros Dauphinois avec cette devise. Nous sommes sous la Restauration et Dieu et le roi ont bien besoin de nouveaux Bayard. Toutefois des recherches sur ses ossements montrent qu’ils sont ceux en réalité de plusieurs personnes, dont des femmes.

Si les politiques d’alors se servent du souvenir du preux chevalier, à la même époque ou même avant 1789 plusieurs familles Bayard de noblesse récente se disent ses descendants, bien que son nom de famille soit pourtant Terrail !

De nos jours, selon l’historien Denis Crouzet, ce Français sans peur, pourtant magnifié par Richelieu, Napoléon et la IIIe République, est tombé en disgrâce. Il est effacé de nos manuels scolaires. Stéphane Gal constate que Marignan ne rime plus, depuis longtemps, avec 1515 !

CONCLUSION

Le sang versé sur les champs de bataille était jadis sacré. Mais les rois, depuis François 1er, demandent de plus en plus le concours de mercenaires, de soldats et d’ingénieurs en génie militaire. Ne reste plus aux guerriers, au sens nietzschéen du terme, que la révolte vaine contre la monarchie absolue, ou de ne plus être que militaire.


SOURCES :

 

Baccard Jean, Bayard Lieutenant général du Dauphiné (1515-1524). Grenoble au début du XVIe siècle, Actes du colloque des Rencontres Bayard 97, Belledonne (1 janvier 1997)

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BD- Bayard / dessin, Fabien Lacaf ; scénario, Nelly Moriquand, Grenoble : Glénat, impr. 2006

Mailles, Jacques de (14..?-15..?), La très joyeuse, plaisante et récréative histoire du gentil seigneur de Bayart,composée par le Loyal Serviteur ; publiée pour la Société de l'Histoire de France par M. J. Roman, H. Loones (Paris), 1878.

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Terrebasse, Alfred de,  Histoire de Pierre Terrail, seigneur de Bayart, Librairie Ladvocat, 1828

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