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Eva Perón

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Eva Perón
Publié le:28/02/2010

(1) 1919-1944 Enfance et jeunesse d'Evita.


María Eva Duarte de Perón, Première Dame d'Argentine
María Eva Duarte de Perón, Première Dame d'Argentine
Archives famille Guy de Rambaud
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
María Eva Duarte de Perón, plus connue sous le nom d’Eva Perón, surnommée Evita, est une actrice argentine, d’origines basques, qui choisit en 1945 de devenir une femme politique. Elle se marie avec le colonel Perón et est élue Vice-présidente de la république d’Argentine et présidente du sénat argentin (1951). Eva supervise le travail du ministre du travail (1946-1952), de celui de la santé (1946-1952). Elle est  présidente de la branche féminine du parti péroniste (1947-1952), présidente de la fondation María Eva Duarte de Perón (1948-1952). Elle contribue à faire sortir Perón de prison et l’aide à devenir président de la république. En tant que Première Dame (1946-1952), elle se bat pour les droits des travailleurs et des femmes. Sa fondation accomplit une vaste oeuvre sociale, notamment en faveur des nombreuses personnes pauvres que compte ce pays pourtant très riche. Nommée par la propagande du régime, Guide Spirituelle de la Nation (mai à juillet 1952), elle combat pour l’indépendance économique, la souveraineté politique et la justice sociale de son pays en s’appuyant sur les descamisados (miséreux, sans chemises). Bien que ne voulant en rien bâtir une société bureaucratique et elle-même victime du racisme social et racial, Evita est montrée du doigt par les Américains qui l'accusent d'être une nazie et les produits argentins sont boycottés par les Etats-Unis et par une partie de l’Europe dépendante du plan Marshall. Eva Duarte de Perón dit elle-même sur son lit de mort : Tout a été dit sur Evita. Ou peut-être, tout reste encore à dire. 90 ans après sa naissance, faire ressurgir la femme ensevelie sous deux mythes, parlant l’un d’une sainte du peuple et l’autre de la Eva, une prostituée, peut contribuer à la connaissance historique de la vraie personnalité d’Evita et à travers elle de l’histoire de l’Argentine du XXe siècle. Eva María Ibarguren est  née le 7 mai 1919 dans une estancia de Los Toldos et María Eva Duarte de Perón est morte le 26 juillet 1952 à Buenos Aires.

 

SA JEUNESSE (1919-1934)

 

Eva Duarte, baptisée Eva María Ibarguren, et ses frères et soeurs. Elle est à droite et à deux ans.
Eva Duarte, baptisée Eva María Ibarguren, et ses frères et soeurs. Elle est à droite et à deux ans.
© ?
AGN
Il existe en moi un sentiment fondamental qui a toujours dominé mon esprit et ma vie : l’indignation devant l’injustice. Je me souviens très bien de la tristesse qui m’accabla lorsque je découvris la réalité, neuve pour moi, de l’existence dans le monde, des pauvres et des riches. Le plus étrange n’est-il pas que j’aie moins souffert du fait qu’il y eût des pauvres que de celui qu’il y eût également des riches ? Eva Perón, La razon de mi vida (la raison de ma vie), p.20.

 

Juana Ibarguren (1894-1971) naît dans une estancia (propriété agricole), « La Unión », appartenant à son père Juan Duarte (1872-1926) en 1919. L’acte du 7 mai  1922 des archives municipales de Junín est un faux, fabriqué par ses proches en 1945, uniquement pour lui permettre d’épouser le colonel Perón. Elle est baptisée Eva María Ibarguren, et pas Duarte, dans la Capellanía Vicaria de Nuestra Señora del Pilar, le 21 novembre 1919. Son père est surnommé le Basque par ses voisins. Il est vrai qu’il est le descendant d’immigrants venant du Pays basque français du nom de d'Huarte et côté maternel Echegoyen. C’est à la fois un propriétaire terrien et un dirigeant local du parti conservateur. Son estancia est une terre prise aux Mapuches. Eva est d’ailleurs mise au monde par  une indienne, qui va les accompagner par la suite à Buenos Aires. Selon Alicia Dujovne Ortiz, l’une des biographes d’Eva, elle va toute sa vie aimer et défendre les Indiens, car ils ne l’ont jamais rejetée.

Eva Duarte (Peron) première communiante
Eva Duarte (Peron) première communiante
Source AGN 1926
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Quand Juan Duarte meurt en 1926, la veuve que l’on voit indignée sur les écrans est déjà morte depuis longtemps. Outre les versions de la famille d’Evita, Raúl Guillermo Muñoz, fils de la demi-sœur d’Evita, témoigne, chez un notaire, de relations cordiales entre les deux familles. Toutefois, les enfants nés de ces relations sont des hijos ilegítimos, des enfants naturels non reconnus. Et toute sa vie Eva Ibarguren en tant que hija adulterina va souffrir de discriminations. Une fois au gouvernement, celle qu’on surnomme la bâtarde va être à l’origine des lois anti-discriminatoires, malgré l’opposition des partis et journaux conservateurs. Ce n’est d’ailleurs qu’en 1954 que Perón, lui-même hijo ilegítimo, peut faire approuver une loi supprimant les discriminations contre les enfants naturels. 

Selon plusieurs historiens, ses parents ne vivaient déjà plus ensemble depuis plusieurs années. Quand, le père meurt, en 1926, Juana Ibarguren et ses filles aînées doivent travailler énormément pour survivre. Tous les biographes d’Evita parlent de milieu social défavorisé, ce qui est vrai. Mais ses ennemis parlent d’une famille de métis. A cette époque les habitants de la Pampa sont systématiquement considérés comme des métis par la haute bourgeoisie de Buenos Aires et les colons fraîchement débarqués d’Europe. Les photos d’Eva Duarte sont là pour nous nous montrer qu’elle n’a rien d'une Indienne des Andes, comme on peut  parfois le lire. Evita a deux grands-pères et une grand-mère basques et certes une grand-mère transhumante. Les transhumants  sont un groupe social formé de marchands ambulants depuis des siècles... des créoles certes très marginaux, mais pas des métis ou des Gitans. Elle a d’ailleurs la peau plus blanche que bien des dames de la bonne société, même si Juan Perón la surnomme en riant negra.

 María Eva Duarte de Perón avant son départ pour Buenos Aires.
María Eva Duarte de Perón avant son départ pour Buenos Aires.
© ?
http://windshoes.new21.org/person-evita.htm
Sa mère, n’est pas une grande dame mais elle est très courageuse et très propre. Juana Ibarguren gagne sa vie et nourrit ses enfants comme cuisinière et couturière à la mort de son compagnon. Selon Alicia Dujovne Ortiz, elle passe tellement d’heures devant sa  machine à coudre que les veines de ses jambes éclatent. Toutefois à Junín elle reçoit aussi trois notables  à sa table familiale à tous les repas de midi. Bien entendu, n’ayant hérité de rien, elle doit les faire payer, mais ils l’estiment tellement qu’ils vont devenir des membres de la famille :

  • le commandant Alfredo Arieta, chef du district militaire, va se marier avec la sœur d’Eva, Elisa (1910-1962).
  • l’avocat Justo Alvarez Rodriguez épouse Blanca (1908-2005).
  • Don José Alvarez Rodriguez, recteur du Colegio Nacional, est l’ami du frère d’Eva, Juan Ramón, Juancito (1914-1953).

Eva va être par la suite surnommée par les dames de la haute société et quelques petits bourgeois voulant les imiter, fille de rien. Cependant ses mariages prouvent que Juana Ibarguren et ses enfants sont au contraire très estimés, même s’ils sont pauvres. Borges, ayant perdu son emploi du fait du Péronisme, parle d’un bordel. Le Docteur Moisés Lebensohn est pourtant un ami de la famille. Ce célèbre journaliste et dirigeant radical est connu pour sa moralité immaculée. Il ne peut donc être accusé d’être l’ami d’une tenancière de bordel.

La petite fille a comme amie une vieille dame infirme. Elle s’occupe d’elle et la distrait en lui lisant des poésies, en dansant et en chantant devant cette pauvre femme qui vit dans la plus grande misère. Eva est une élève plus passionnée par l’art que par les études. Bien des années plus tard elle écrit dans son livre « Ma Raison de Vivre » : Même quand j'étais petite, j'avais envie de réciter des poèmes. C'était comme si j'avais voulu dire quelque chose aux autres, quelque chose d'important que je ressentais au plus profond de mon coeur. La poésie est souvent un moyen de s’échapper à son triste sort pour les pauvres et la grande ville les fait rêver. Eva écrit dans son autobiographie : Dans le lieu où j’ai passé mon enfance les  pauvres étaient beaucoup plus nombreux que les riches, mais j'espérais qu'il y avait  d'autres lieux de mon pays et du monde où c’était l’inverse. Je me figurais par exemple que les grandes villes étaient des lieux admirables peuplées de riches, et tout ce qu’entendais dire par les gens confirmait mes croyances. Ils parlaient de la grande ville comme d'un paradis admirable où tout était joli et extraordinaire. Elle ne se voit pas mariée à Junín et enseignante, comme l’une de ses sœurs. Eva veut devenir actrice, mais elle n’est cependant autorisée qu’à jouer un petit rôle dans une pièce intitulée Arriba Estudiantes par la commission du Centre Artistique et Culturel du Colegio Nacional.

À 15 ans, Eva que tout le monde appelle depuis longtemps  Duarte, part pour Buenos Aires afin d'y trouver du travail. Mais là encore la légende est fort éloignée de la réalité. Elle ne suit pas Augustin Magaldi, surnommé le Gardel des Provinces, après l’un de ses concerts. Des biographes d’Evita, Marysa Navarro y Nicholas Fraser, ont fait une enquête et ils concluent que cet Augustin Magaldi n’a pas donné à cette époque un spectacle à Junín et sa région. Selon sa sœur aînée, c’est avec sa mère qu’elle se rend à la capitale. L’ami de la famille Don José Alvarez Rodriguez doit d’ailleurs beaucoup insister. Sa mère reste avec elle jusqu’à temps qu’elle trouve un travail. Eva  s’installe chez des amis de sa mère. Mais c’est là l’une des quatre versions. Selon une certaine Mary Main, Eva viole presque Magaldi dans sa loge et mène une vie de débauche dès son arrivée à Buenos Aires.

 

ACTRICE (1934-1945)

 

María Eva Duarte à Buenos Aires en 1935.
María Eva Duarte à Buenos Aires en 1935.
© ?
AGN
Ma vocation artistique me mit rapidement en présence de nouvelles réalités. Je cessais de voir les petites injustices quotidiennes pour découvrir, puis affronter, les grandes injustices. Eva Perón, La razon de mi vida (la raison de ma vie), p.26.

 

Eva Duarte est une adolescente quand elle est arrivé à Buenos Aires le 3 janvier 1935. La photographe Alicia Sanguinetti assure qu’à son arrivée à Buenos Aires, elle ne savait pas ce qu'était une chaussure en cuir et est une petite brune rondelette débarquée à la capitale avec une valise en carton, prête à tout pour décrocher un rôle au cinéma ou à la radio. L’oligarchie méprise et exploite sans vergogne ces migrants venant des campagnes qui par leur travail les enrichissent. Ils parlent de cabecitas negras, expression dédaigneuse et raciste, jadis réservée aux nouveaux arrivants syriens et libanais. Cette ségrégation sociale et raciale va faire de ces déracinés la base sociale du péronisme à partir de 1943. Car Perón a des origines en partie indiennes et il vient de la province, comme eux. Il est d’ailleurs assez amusant que la mère de cette Alicia Sanguinetti parle d’une petite brune rondelette. Les nombreuses photos datant de cette époque nous montrent une jeune fille plutôt belle avec des cheveux châtains n’ayant aucun problème de rondeurs. C’est à son arrivée à Buenos Aires qu’elle se teint les cheveux en noir.

Eva Duarte obtient rapidement un second rôle dans l’une des principales compagnies théâtrales, celle d'Eva Franco. Le 28 mars 1935, elle débute vraiment sa carrière en jouant dans La Señora de Pérez au théâtre Comedia. Les critiques sont bonnes, même si ses rôles sont des plus modestes. Cependant cette période est baptisée la década infame (=  décade infâme) par les Argentins. Eva, comme tous les travailleurs,  connaît la faim et les humiliations. Elle vit dans des pensions bon marché. Son train de vie ne permet en rien de conclure qu’elle est entretenue par de nombreux militaires et des producteurs. D’ailleurs elle ne trouve souvent du travail que grâce à son frère, Juan Ramón, (1914-1953), qui est très proche d’elle. 10 ans plus tard à  Radiolandia elle va se souvenir de cette période difficile de sa vie : Ces années ont été des années pleines de problèmes, de nobles combats, où j'ai connu les aléas de l'adversité aussi bien que la gratification du succès. En juin, elle joue dans Cada uno es un mundo, de Goicoechea et Cordone. En novembre elle obtient un rôle plus important dans la comédie Madame Sans Gêne au Teatro Cómico.

En 1936, elle joue dans La dama, el caballero y el ladrón, de Federico Mateos Vidal. Puis, elle signe avec la Compañía Argentina de Comedias Cómicas  dirigée par Pépita Muñoz, José Franco et Eloy Alvárez, pour effectuer une tournée de quatre mois à Rosario, Mendoza et Cordoue. Pendant cette tournée Eva est juste brièvement mentionnée dans un article du quotidien Diaro la Capital de Rosario le 29 mai. Cependant, le 26 juillet, le même journal publie sa première photo publique en parlant d’actrice prometteuse. Tout cela elle le doit à José Franco, mais il la contraint à coucher avec lui. Sa femme l’apprend et il la chasse. Pourtant bien des années plus tard Evita va avoir pitié de ce couple de vieux artistes devenus très pauvres et elle va leur donner du travail dans sa Fondation.

Alicia Sanguinetti déclare : La première photo d'Evita date de 1938, pour une revue de mode. A l'époque, la petite Duarte se dessine des résilles sur les jambes au crayon, et bourre sa poitrine, trop menue, de boules de flanelle. Selon Alicia Dujovne Ortiz, des détails de ce genre, utilisés par des anti-péronistes viscéraux, sont tendancieux et en rien innocents. Eva s’habille dès son arrivée à Buenos Aires de la manière la plus classique et porte des bas de soie, comme en témoignent ses anciens collègues. Elle ne porte plus d’espadrilles basques comme l’écrivent ses détracteurs. Elle préfère avoir faim qu’être mal habillée.

En décembre 1936, on la voit dans Los inocentes, de Lilian Hellman, au  Teatro Corrientes. En mars 1937, elle joue dans La nueva colonia, de Pirandello. Pendant ces premières années de sacrifices, ses amies comédiennes, Anita Jordán y Josefina Bustamente, la trouvent très maigre et d’aspect maladif, mais elles se souviennent aussi de son caractère gai, de sa volonté inébranlable et de son sens très développé de l'amitié et de la justice. Pierina Dealessi, une actrice qui dirige une importante compagnie théâtrale lui signe un contrat en 1937. Elle confirme les propos de ses amies, et la trouve aussi très timide. Elle précise qu’elle vivait dans des pensions, était très pauvre, très humble. Elle achète régulièrement, selon Pierina Dealessi, des bizcochitos et boit du café au maté. Comme elle est de santé fragile, la directrice y ajoute du lait. Evita va peu à peu la considérer comme sa mamma.

En août 1937, Eva apparaît pour la première fois sur le grand écran, dans le film : Secundos afuera et devient modèle. Elle fait la couverture de quelques revues de spectacles. Alicia Sanguinetti, femme pourtant d’une laideur peu commune, ose écrire : Comment expliquer sinon que cette gamine sans grâce soit finalement devenue une figure du théâtre parlant ? Eva obtient en novembre 1937 un rôle dans No hay suegra como la mía, de Marcos Bronenberg, au Teatro Liceo.

María Eva Duarte à la radio vers 1941.
María Eva Duarte à la radio vers 1941.
© Anne Marie Heinrich
AGN
À la même époque, Radio Belgrano lui offre un contrat pour un rôle important dans une émission dramatique radiodiffusée : Oro Blanco, qui parle de la vie des travailleurs du coton dans le Chaco. Marcos  Zucker, acteur argentin célèbre, constate que le succès va faire d’elle dès 1938 une dame. Il ne se souvient d’une jeune femme fréquentant peu d’hommes, tout à fait le contraire ce qu’affirmeront par la suite une certaine presse et des romans de gare. D’autres témoignages confirment cette version. Mais parfois le travail venant à manquer, elle fait tout pour obtenir un rôle. C’est cela ou mourir de faim, les injustices quotidiennes. Elle rencontre le directeur de la revue Sintonia, qui lui permet d’obtenir quelques rôles, mais cette fois-là elle tombe amoureuse de lui. Contrairement au mythe, qui la noircit systématiquement, c’est lui qui la trompe et l’abandonne. D’ailleurs, elle n’a pas de chance avec les hommes, comme le disent ses collègues. L’un de ses amants la quitte car elle a besoin de piqûres de calcium, à cause de la malnutrition dont elle a souffert. Il juge que ses soins lui coûtent trop cher. Un autre, un jeune comédien, emporte tous ses meubles pendant qu’elle travaille et même ses casseroles.

Au cours des années suivantes, Evita joue à la fois au théâtre, au cinéma, à la radio et fait des publicités. De 1938 à 1940, elle monte sur scène à Buenos Aires en tant que membre des compagnies de Pierina Dealessi, Camila Quiroga et Léopold Tomas Simari. Elle joue au cinéma dans :

  • La Carga de los Valientes (la charge héroïque) en 1940, un film historique sur la Patagonie,
  • El más infeliz del pueblo (le plus malheureux du village), en 1941 avec un comique célèbre Luis Sandrini,
  • et Una novia en apuros  (une fiancée dans le pétrin), la même année de l’américain John Reinhardt.

Couverture de la revue Sintonía. Evita et  Alberto Vila
Couverture de la revue Sintonía. Evita et Alberto Vila
25 octobre 1939 (source AGN)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Elle fait deux fois la une en 1939 de la revue Antena. Désormais elle va apparaître régulièrement dans les revues. Sur Radio Belgrano, elle travaille pour Jaime Yankelevich, directeur talentueux  qui va avoir un rôle fondamental dans la création de la télévision argentine. Elle joue dans plusieurs cycles de feuilletons, dont dans un programme dramatico-historique des rôles de femmes célèbres, Elizabeth Ière d’Angleterre, Sarah Bernhardt et la dernière tsarine de Russie. Elle est désormais tête d’affiche. Hector Pedro Blomberg  (1890-1955), écrivain nationaliste, lui écrit des scénarios sur mesure. Ce succès n’est pas reconnu par la haute société et la gauche argentine qui affichent du mépris pour la culture populaire argentine. Comme le dit très bien Alicia Dujovne Ortiz, du ressentiment social à l’esthétique du tango et du feuilleton radio, elle avait mille raisons de s’entendre avec Perón.

Eva peut en 1942 abandonner les pensions et s’acheter enfin son appartement, face aux studios de Radio Belgrano, situé dans le quartier résidentiel de Recoleta au n° 1567 de la calle Posadas, où trois ans plus tard elle va vivre avec Juan Perón. Son talent d'actrice est désormais reconnu. Elle arrive même à devenir co-propriétaire de la station de radio. Cependant parler de la richesse accumulée grâce à son succès à la radio n’est pas plus conforme à la réalité que voir en elle une petite actrice sans talent.

Le 3 août 1943, Eva devient syndicaliste et fonde la Asociación Radial Argentina (ARA), le premier syndicat des travailleurs de la radio. L’ouvrier anarchiste Libertad Demitrópulos dans son livre sur Evita raconte l’anecdote suivante. Une nuit de l’hiver 1943-1944, dans l’un des quartiers insalubres et dangereux, la femme de son camarade Isais Santin, désespérée, cherche un moyen de le conduire à l’hôpital. Un seul véhicule s’arrête, c’est celui d’Evita. Cette belle jeune fille demande au taxi de les y conduire. Elle passe la nuit au chevet du malade et va continuer à lui rendre visite pour s’assurer de sa guérison. Légende ou réalité ? En tous les cas Isais Santin et Libertad Demitrópulos vont devenir ses amis et  compañeros au sein de la CGT.

Pourtant le député radical Silvano Santader contribue à sa légende sulfureuse en la décrivant comme une Mata Hari financée par des chèques de l’ambassade nazie depuis 1941. Selon Alicia Dujovne Ortiz, les documents qu’il présente sont de grossières falsifications. Cette biographe d’Evita fait remarquer que tous les témoins s’accordent à dire que contrairement aux affirmations de cet anti-péroniste un peu trop passionné, elle ne rencontre le colonel Anibal Imbert qu’après la Révolution du 4 juin 1943. Son rôle dans la préparation du coup d’état est donc nul.

 

Aller à Eva Peron (2)


Aller à Eva Peron (3)

 

SOURCES :

Livres d’Eva Perón :

La razon de mi vida (la raison de ma vie), Editorial Peuzer, Buenos Aires, 1971.

Mi mensaje, Ediciones del Mundo, Buenos Aires, 1987.

Livres sur Eva Perón :

Borroni Otelo, Vacca Roberto (1970), Eva Perón. Buenos Aires: CEAL.

Borroni Otelo, Vacca Roberto (1970). La Vida de Eva Perón. Testimonios para su historia. Tomo I. Buenos Aires: Galerna.

Chávez Fermín (1990). Eva Perón sin mitos. Buenos Aires: Fraterna. 950-9097-92-0.

Duarte Erminda (1972). Mi hermana Evita. Buenos Aires: Centro de Estudios Eva Perón.

Dujovne Ortiz Alicia, Eva Perón, 1995, Édition Grasset & Fasquelle.

Dujovne Ortiz, Alicia (1996). Eva Perón. La biografía. Buenos Aires: Aguilar.

Fraser Nicholas, Navarro Marysa (1981), Eva Perón. New York: W. W. Norton.

Lelait David, Evita, le destin mythique d’Eva Perón, Payot & Rivages 1997.

Navarro Marysa (2002). Evita: mitos y representaciones. Buenos Aires: Fondo de Cultura Económica.

Posse Abel (1995). La pasión según Eva. Barcelona: Planeta.

Gálvez Lucía (2001). Las mujeres y la patria, nuevas historias de amor de la historia argentina. Grupo editorial Norma.

Pigna Felipe (2007). Evita, Planeta

Spencer Joanna, Eva Peron, Bartillat, Paris, 2007