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Joachim Du Bellay

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Joachim Du Bellay
Publié le:04/02/2010

A l’occasion du 450e anniversaire de sa mort


Ami et collaborateur de Ronsard, Joachim Du Bellay rédigea Défense et Illustration de la langue française, manifeste de ce qui allait devenir l’école poétique de la Pléiade, dans lequel il exprima sa volonté d’affranchir le français de la tutelle des langues anciennes. Il donna également au sonnet ses lettres de noblesse.

Le défenseur de la langue française

Issu d’une famille illustre mais pauvre, de bonne heure orphelin, Joachim Du Bellay eut une enfance mélancolique, maladive et délaissée. Destiné aux armes et à la diplomatie, il renonce à ces ambitions à cause de son état de santé et suit des études de droit à l’université de Poitiers. Il entre alors (1547) dans le groupe d’humanistes comprenant Muret, Dorat et Peletier du Mans, qui l’initie à ses projets de réforme poétique. Ronsard, qu’il rencontre, selon la tradition, dans une auberge poitevine, l’entraîne à Paris, au collège de Coqueret. Sous la direction de Dorat, ils étudient les Anciens. Ensemble, ils ne tardent pas à former le groupe de la Brigade, qui devient la Pléiade. Il signe, en 1549, Défense et Illustration de la langue française, qui est à la fois le manifeste de la nouvelle école et la réponse à l’Art poétique de Thomas Sébillet, paru un an plus tôt. En même temps, il se fait connaître en publiant plusieurs volumes : l’Olive (50 sonnets pétrarquistes), des Vers lyriques (13 odes à l’antique), un Recueil de poésies (17 odes).

En 1553, en dépit de la maladie et de la surdité (tout comme Ronsard), il est plein d’ambition, et il accompagne à Rome, comme intendant, son oncle le cardinal Jean Du Bellay, chargé par Henri II d’une mission diplomatique auprès du pape. Il en rapporte, quatre années plus tard, ses chefs-d’œuvre : les Regrets et les Antiquités de Rome, qui paraissent en 1558. La veine élégiaque, la verve du poète, la satire de la Ville éternelle, de ses fastes et de sa corruption, la nostalgie du pays natal, les ambitions passées, déçues, la mélancolie de l’exil romain sont à l’origine de ces deux recueils et de leurs plus beaux sonnets : « Comme on passe en été… », « Qui a vu quelque fois un grand chêne asséché… », « Comme le champ semé en verdure foisonne… », « Las ! Où est maintenant… », « France, mère des arts… », « Heureux qui comme Ulysse… », dont le thème fondamental exprime la grandeur et la décadence, l’anéantissement universel auquel retourne inexorablement tout ce qui est.

Nature délicate, âme blessée, attristée par la maladie, il vit encore deux années studieuses pendant lesquelles il écrit Divers jeux rustiques (1558) et le Poète courtisan (1559). Il meurt le 1er janvier 1560 à trente-sept ans. Après avoir ouvert au groupe de la Pléiade, par la théorie et l’exemple, le chemin des ambitions littéraires élevées, Du Bellay, laissant à Ronsard la place de chef et se bornant à chanter ses déceptions, ses souffrances, ses colères, s’est révélé le poète le plus délicat, sinon le plus fragile, de la nouvelle école.

Un manifeste historique

La Renaissance italienne a durablement renouvelé l’admiration profonde des gens de lettres pour les arts antiques. Ce phénomène se double, dans les milieux politiques européens, de l’émergence d’un fort sentiment national, dont la manifestation linguistique majeure est, en France, la promulgation par François Ier de l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) : le français devient la langue officielle du royaume. C’est dans cette optique qu’il faut appréhender Défense et illustration de la langue française, manifeste militant autant que technique rédigé par les poètes de la Brigade (ultérieurement connue sous le nom de Pléiade), regroupés autour de Pierre de Ronsard et de Joachim Du Bellay.

Trois articles majeurs se partagent l’ouvrage.

Le premier article

Il se subdivise en deux sous-parties. D’une part, la « Défense », qui est l’exaltation de la langue française pour elle-même, opposée par sa vigueur au latin abâtardi des scholastiques et à l’intransigeance des tenants du « tout-latin ». D’autre part, l’« Illustration », qui préconise un enrichissement débridé du vocabulaire national, soit en construisant des mots nouveaux sur des racines gréco-latines, soit en puisant dans le réservoir de mots issus des différents terroirs du royaume.

Le deuxième article

Il stigmatise l’obsolescence des formes poétiques médiévales (rondeau, ballade…) préconisées par l’écrivain Thomas Sébillet dans son Art poétique français, formes utilisées notamment par les « grands rhétoriqueurs » tel le poète Marot. Le renouveau littéraire que proposent les poètes de la Pléiade est fortement centré sur la stylistique romaine antique dont il faut, selon eux, s’inspirer, sans tomber dans le formalisme. Ainsi reviennent au premier plan l’ode, l’épopée, l’élégie, l’églogue, ou – de conception plus récente – le sonnet italien. L’imitation des poèmes antiques n’est nullement écartée, mais elle se doit d’être intelligente et édifiante, à l’instar de ce que recommande Pétrarque en Italie. De nouvelles règles de versification sont édictées.

Le troisième article

Il constitue l’apologie de l’art poétique en tant que moyen d’accession à l’immortalité. C’est en effet par la poésie, art noble par excellence, que les souverains et les artistes eux-mêmes passent à la postérité. La Défense n’innove pas tant par le contenu – les idées qu’elle expose se trouvaient chez Sébillet – que par l’impact extraordinaire qu’elle eut sur l’histoire littéraire française. Le succès rencontré par les poètes de la Pléiade confirme le bien-fondé des canons poétiques édictés dans le manifeste. À bien des égards, Défense et illustration de la langue française demeure, aujourd’hui encore, une référence en matière d’écriture poétique.

La Pléiade (1553)

Autour d’un noyau invariable formé par Joachim Du Bellay, Jean-Antoine de Baïf, Étienne Jodelle, Pontus de Tyard et bien sûr Ronsard lui-même, la Pléiade réunit des poètes tels que Jean Bastier de La Péruse (de 1553 à 1554), Guillaume Des Autels (de 1553 à 1556), Peletier du Mans (de 1555 à 1582), Rémi Belleau (de 1556 à 1577) et Jean Dorat (de 1582 à 1588), qui s’étaient donné pour tâche de renouveler l’inspiration et la forme de la poésie par la création d’une poésie nationale en langue française, prenant modèle sur la poésie antique.

La défense de la langue française

C’est autour de l’helléniste Jean Dorat que les jeunes gens qui constitueront le groupe de la Pléiade approfondissent la culture gréco-romaine et cultivent leur goût pour les arts et pour la poésie. Réunis par un même désir de renouveler la langue et la poésie françaises, qu’ils jugent menacées par l’universalité du latin et par la mode de l’italianisme, ils se nomment d’abord « la Brigade ». Joachim Du Bellay se voit chargé de rédiger leur manifeste : Défense et illustration de la langue française (1549) soutient l’idée que le français peut aussi bien que le grec ou le latin être la langue des arts, des idées et des sciences, et se prêter à un style élevé. Pour en faire un instrument digne de ses ambitions, il convient alors de renouveler le vocabulaire, la syntaxe et les formes poétiques héritées du Moyen Âge. Ainsi, même l’imitation des Anciens pourra respecter le génie français. Forts d’un tel programme, les sept membres du groupe se donnent alors le nom de la constellation de la Pléiade.

Du Bellay

Ronsard est le chef de cette école et sa figure la plus marquante. La carrière de Du Bellay, mort plus jeune, est plus brève. Son existence est marquée par un séjour de cinq ans à Rome, que le poète considère comme un exil. C’est pourtant avec enthousiasme qu’il est parti pour l’antique capitale, chargé d’une mission de secrétaire et d’intendant auprès d’un oncle cardinal. Mais Rome le déçoit, la cour pontificale lui déplaît et la maladie l’accable. Cette expérience lui inspire ses deux principaux recueils de poèmes : les Antiquités de Rome et les Regrets, qui paraissent en 1558, à son retour en France. Dans le premier recueil, la permanence de la grandeur romaine se mêle à la mélancolie des ruines. Dans le second, il exprime surtout sa nostalgie, ses souffrances physiques et morales, son amertume devant les intrigues de la cour, avec un lyrisme très personnel qui peut aller de l’élégie à la satire, laquelle lui vaudra quelques ennuis. Endetté, déçu par les échecs de sa carrière diplomatique aussi bien que poétique, devenu sourd, malade, il meurt à trente-sept ans.

Les autres membres de la Pléiade

Outre Ronsard et Du Bellay, les cinq autres membres sont : Dorat lui-même (1508-1588), devenu principal du collège de Coqueret à la mort de Peletier du Mans, et qui laisse plus de souvenirs comme pédagogue que comme poète ; Étienne Jodelle (1532-1573), dont on retiendra surtout les œuvres dramatiques (Cléopâtre captive, 1553) ; Jean-Antoine de Baïf (1532-1589), qui, en 1572, publiera une synthèse de ses œuvres sous les titres d’Amours, de Poèmes, de Jeux et de Passetemps ; Rémi Belleau (1528-1577), dont les œuvres les plus abouties sont les poèmes des Amours et Nouveaux Échanges des pierres précieuses (1576) ; enfin Pontus de Tyard (1521-1605), auteur des Erreurs amoureuses (1549).

L’école de la Pléiade a certainement atteint les buts qu’elle s’était fixés en apportant une contribution majeure à la Renaissance, au nouvel essor de la langue et de la poésie françaises. Son importance peut être comparée à celle de l’école romantique, et c’est d’ailleurs le romantisme qui reconnaîtra plus tard le rôle capital de la Pléiade.

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