
Chef de l'État : Nicolas Sarkozy
Chef du gouvernement : François Fillon
Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
Constitution :
Entrée en vigueur : 4 octobre 1958
Révision : 1962
Exécutif
Chef de l'État : président de la République
Chef du gouvernement : Premier ministre
Législatif
Le Parlement se compose de l'Assemblée nationale et du Sénat.
Le territoire français, de forme hexagonale, a une configuration à la fois assez massive, articulée et équilibrée (environ 1 000 km du Pas-de-Calais aux Pyrénées et de la Bretagne à l'Alsace). Tant par son climat que par sa structure, la France participe au monde de l'Europe du Nord-Ouest et au monde nord-méditerranéen. Du premier, elle possède les montagnes anciennes et usées, les ensembles de plaines et de bas plateaux des bassins sédimentaires ; du second, les montagnes jeunes et vigoureuses.
D'où une certaine diversité, enrichie par les paysages littoraux, où alternent falaises, plages, marais, voire deltas. S'y ajoute la diversité, sans excès, des ambiances climatiques, du fait d'une large ouverture aux influences océaniques (que le relief et la continentalité dégradent inégalement) et d'une emprise du domaine méditerranéen sur les régions méridionales.
Les plus vieux terrains ont été reconnus dans le Massif armoricain, en baie de Morlaix et au cap de la Hague. Un jalon intermédiaire repéré à Icart, dans l'île de Guernesey, a donné son nom, l'icartien, à cet ensemble de métasédiments et d'orthogneiss datés de 2 milliards d'années. Sur ce môle s'appuient les formations sédimentaires briovériennes, affectées par l'orogenèse cadomienne et traversées par les diorites et les granodiorites du batholite manceau (− 650 à − 500 millions d'années).
Au cours du paléozoïque, la France appartient à un domaine mésogéen large, mais, en fait, il s'agit d'une zone complexe, à évolution rapide, en partie située sur une cordillère qui se comporte comme une véritable dorsale mobile.
Le paléozoïque inférieur est connu dans le Massif armoricain avec une discordance nette à la base du cambrien. Une sédimentation détritique s'installe ensuite jusqu'à la grande transgression ordovicienne, laissant se déposer les grès armoricains. Le silurien, à sédiments variés, fait suite, mais en affleurements plus épais. Des formations synchrones sont identifiées dans le Massif central, la Montagne Noire, fortement tectonisée ; les Pyrénées appartiennent à un autre domaine paléogéographique.
Pendant cette période qui a suivi l'orogenèse calédonienne, le magmatisme se poursuit. Dans le sud du Massif armoricain, le Massif central et les Pyrénées, les témoins de l'activité plutonique de cette époque sont nombreux sous forme d'orthogneiss et d'amphibolites.
Le paléozoïque moyen suit l'événement calédonien, bien marqué en France. Il comporte une évolution du monde vivant, avec des organismes qui sortent des eaux et qui conquièrent le milieu continental. Les Vosges, la Normandie et, en partie, la Bretagne constituent des hauts-fonds instables à sédimentation détritique, alors que le sud de la Bretagne, la Montagne Noire et les Pyrénées voient se sédimenter des calcaires de mer chaude.
La fin du dévonien est une époque d'intense activité tectonique, où s'élabore l'essentiel des structures du sud du Massif armoricain et de l'ouest du Massif central, et où se développe un métamorphisme intense des formations impliquées.
Cette activité se poursuit pendant le paléozoïque supérieur, où les vieux massifs français acquièrent pratiquement leur configuration actuelle avec, en particulier, la mise en place de massifs granitiques, échelonnés entre − 300 et − 290 millions d'années.
Le paléozoïque supérieur débute par une remarquable transgression et voit se mettre en place la chaîne hercynienne. Les formations houillères se déposent durant ce laps de temps ; elles sont le plus souvent de type paralique au nord et de type limnique au sud. Des épisodes détritiques nivellent ensuite les reliefs.
Cette ère voit la phase ultime de l'orogenèse hercynienne et la phase préparatoire de l'orogenèse alpine. La mise en place d'un climat chaud, amorcée au paléozoïque, se confirme.
Au trias, la moitié nord reste émergée et se trouve à la limite d'inondations venues d'Allemagne et se développant sur un pays plat, facilitant ainsi le dépôt d'évaporites. La moitié sud est plus typiquement marine, des Alpes aux Pyrénées et au bassin d'Aquitaine.
Au jurassique, la France est recouverte par des mers successives, avec mise en place d'une sédimentation carbonatée souvent riche en fossiles récifaux. Les terres émergées (Massif armoricain, Massif central, ride anglo-belge, etc.) paraissent sans relief. Il y a concurrence entre les faunes mésogéennes et les faunes boréales.
Durant le crétacé, qui voit l'ouverture de l'Atlantique, un schéma presque identique reste en place, après une régression générale à la fin du jurassique. Au début, seuls la cuvette parisienne, les régions landaises et de l'Adour, et le domaine alpin restent marins. Plus tard, la mer du Nord, la Manche, l'Atlantique et la Mésogée envahiront le territoire, ne laissant émerger que d'anciens môles. La sédimentation reste carbonatée (craie), mais des formations détritiques rythmiques apparaissent sur l'emplacement des Alpes et des Pyrénées (flysch).
Au cours de cette ère, la France prend peu à peu l'aspect que nous lui connaissons. Il faut retenir surtout la mise en place des Pyrénées (éocène) et des Alpes (oligocène), suivie peu après d'une série de glaciations qui vont modeler définitivement notre pays. Durant cette ère alternent encore des régressions et des transgressions, mais leur ampleur va en diminuant : le littoral se rapproche de celui que nous connaissons. Vers la fin de l'ère cénozoïque, on note une intense activité volcanique, de type alcalindans le Massif central et de type calco-alcalin dans le domaine alpin.
Située à l'extrémité occidentale de l'Europe, la France a un relief varié et, dans l'ensemble, assez modéré : son altitude moyenne est de 342 m, tandis que 62 % de sa surface sont au-dessous de 250 m et 7 % à peine au-dessus de 1 000 m. En fait, la majeure partie du territoire est formée de plaines, de collines, de plateaux ou de petites montagnes aux altitudes modérées et aux formes peu vigoureuses. Une grande ligne en S, allant de la Montagne Noire (sud-ouest du Massif central) aux Vosges par les Cévennes, le Vivarais, le Charolais, le plateau de Langres, jalonne la limite entre deux espaces.
À l'ouest, c'est le domaine hercynien et la France des grandes plaines et des bas plateaux, aux horizons marqués par les aplanissements et par l'incision des vallées, ou par le moutonnement des collines dont l'altitude reste faible. Les reliefs sont suffisamment atténués pour que la circulation soit aisée, sauf au cœur du Massif central et des Vosges. La ligne précitée rassemble précisément les points culminants des unités géologiques qui s'y terminent, et les seuils qu'elle comporte s'en trouvent valorisés d'autant. C'est sur elle que prennent naissance un grand nombre de fleuves et de rivières, du Tarn à la Moselle, en passant par la Loire et la Seine ; c'est la limite entre les bassins hydrographiques gagnant l'Océan ou ses mers annexes, et ceux qui sont dirigés vers la Méditerranée. Les premiers ne tiennent pas compte des différentes unités géologiques, tant fut étroite la solidarité morphologique entre les massifs anciens et les bassins sédimentaires.
À l'est et au sud dominent les montagnes mises en place par les grands mouvements tertiaires et leurs avant-pays, ainsi que quelques secteurs effondrés (Alsace, plaine de la Saône). C'est la France aux reliefs jeunes, aux contrastes topographiques accusés, aux systèmes hydrographiques plus complexes, guidés par les accidents structuraux, cependant aérée par des couloirs ou des seuils qui facilitent la circulation. Le long des frontières avec la Suisse, l'Italie et l'Espagne, les communications sont gênées en raison du petit nombre des passages praticables et de l'altitude parfois élevée des cols.
À l'intérieur de ces deux unités, les nuances sont d'un autre ordre. Dans les chaînes de formation récente, les zones géologiques ordonnent la répartition des paysages. Mais d'autres différences proviennent du degré de la marque glaciaire et de l'agressivité des eaux courantes. Ainsi le Jura, atteint par les glaces mais non sculpté par elles, a un relief moins heurté que les Préalpes et les Alpes ; les Alpes du Sud et les Pyrénées orientales doivent beaucoup de leurs traits physiques à la torrentialité méditerranéenne. Dans la France hercynienne, certaines distinctions se fondent surtout sur la nature des roches. Les formes lourdes, les dislocations compactes, les vieilles surfaces creusées de gorges, une dissection dense en rapport avec des terrains imperméables sont le lot des massifs cristallins aux sols acides et lessivés ; les étendues rocailleuses et burinées des plateaux calcaires secs, aux rivières plus rares, affectées de pertes, contrastent avec eux. Mais, ailleurs, l'organisation du relief, dans le détail, combine la structure et l'agencement hydrographique ; les aptitudes physiques y dépendent aussi des terrains superficiels.
En simplifiant, on peut distinguer trois grands types de reliefs : les massifs anciens, les chaînes jeunes et les plaines et les bas plateaux.
En dépit de leur diversité apparente, les collines bretonnes, les hautes chaumes vosgiennes ou les serres cévenols appartiennent à la même famille de reliefs, celle des massifs anciens, ou des massifs « hercyniens ». Ce sont en effet de très vieilles formations, longuement arasées par l'érosion, plus ou moins bousculées lors des mouvements tertiaires et rajeunies par l'érosion, qui y a entaillé des vallées en gorges.
Les vieilles terres des montagnes usées se signalent par des paysages profondément liés à la nature des roches. Celles-ci commandent parfois le modelé de détail ; mais en tout cas elles sont, par leur rigidité, responsables du comportement des terrains lors des mouvements du sol ; leur composition siliceuse se répercute sur les sols qui en dérivent, tout comme leur imperméabilité les prédispose aux landes et aux forêts.
Ces roches sont : des sédiments anciens, fortement redressés et plissés, où dominent les schistes, les grès et les quartzites (les calcaires sont parfois présents, mais dans de faibles proportions) ; des matériaux métamorphiques, c'est-à-dire partiellement « digérés » par les roches cristallines de profondeur (schistes, gneiss) ; ou encore des affleurements de terrains de la famille des granites. Cette composition, même lorsqu'elle est variée, atténue les aptitudes à l'érosion différentielle, qui n'est exploitée que de manière subordonnée. La cohérence des matériaux les a rendus aptes à conserver la trace des surfaces d'aplanissement qui les ont successivement retouchés après le démantèlement posthercynien, et leur résistance à l'incision fait alterner les interfluves lourds et les vallées en gorge, par l'intermédiaire de versants convexes.
Dans les secteurs les plus relevés des massifs et dans leurs parties les plus internes, les formes dominantes sont souvent des dômes lourds (« ballons vosgiens »), des éléments de plateau d'érosion hérissés seulement de quelques blocs résiduels ou de quelques crêtes plus résistantes, ou qui se creusent d'alvéoles dus à l'altération en surface des roches cristallines (Morvan « troué », Massif central). Une partie de ces altérations est d'ailleurs héritée de ce que l'on a appelé la « maladie tertiaire » (attaque chimique sous climat tropical). Les tourbières (fagnes, faings...) et la lande à bruyères et à fougères s'y étendent aisément. Vers l'extérieur et près des artères hydrographiques principales, le défoncement par les cours d'eau réduit ces formes à l'état de lambeaux. Les paysages deviennent ceux de « pays coupés » où les versants s'encombrent parfois de chaos de boules (Huelgoat, Sidobre) ou de débris fins (arènes) d'où suintent les sourcins en bas de pente. Les fonds de vallée, humides, portent des prairies verdoyantes.
En dehors de cas où les lignes du relief proviennent de la lithologie, l'essentiel de la trame des paysages découle des mouvements qui ont relevé des vieilles terres. Leur rigidité leur a fait répondre aux poussées par des gauchissements et des cassures, des basculements, des soulèvements ou effondrements de blocs entiers. D'où encore la possibilité de garder la trace des aplanissements qui les ont affectés.
Terres ingrates, elles voient leurs aptitudes réduites encore par le lessivage des eaux de pluie. Rien d'étonnant alors à ce que la rudesse des traits ne se trouve pas atténuée par l'opulence de la mise en valeur. Même fortement peuplés, les massifs anciens ne se prêtent qu'à une agriculture besogneuse, s'inscrivant souvent dans un cadre de bocage et d'habitat dispersé, grignotée sur les landes ou les forêts qui constituent leurs parures les plus fréquentes.
Des nuances importantes existent toutefois. Le Massif armoricain et l'Ardenne ont plusieurs traits comparables : la faiblesse des altitudes d'abord (les points culminants de l'Armorique ne dépassent guère 400 m, 417 m précisément au mont des Avaloirs, l'Ardenne se tient vers 200 m à l'ouest, 505 m à l'est) ; la nature des terrains ensuite (l'Ardenne est surtout faite de roches sédimentaires anciennes, et le Massif armoricain, plus métamorphique, reste encore apte à la mise en valeur des barres de roches dures, quartzites par exemple, donnant un relief dit « appalachien »). Il en résulte des paysages de crêtes allongées de grès entre des dépressions, à côté des formes planes, qui restent dominantes. Les principaux accidents topographiques sont les vallées encaissées. L'altitude assez faible est due à l'éloignement des zones de surrection montagneuses du Tertiaire. Les déformations n'y manquent pas cependant, qui interfèrent avec la nature des roches pour expliquer la répartition des reliefs. Malgré cela, l'individualisation dans la topographie des terrains anciens par rapport aux assises sédimentaires qui sont venues s'y appuyer, de manière irrégulière souvent, n'a pas toujours été réalisée.
Les Vosges du Sud et le Massif central dans ses parties internes et orientales se signalent par d'autres traits. Les sommets y dépassent 800 m et peuvent atteindre 1 500 m. Les Vosges, plus proches des Alpes que le Massif armoricain et l'Ardenne, ont été plus nettement soulevées et forment une petite montagne, s'élevant jusqu'à 1 424 m. Affectés de mouvements de soulèvement et de bascule, ils ont subi un défoncement plus sensible, guidé par des accidents anciens ayant rejoué.
Le relief des parties élevées reste lourd du fait de la nature essentiellement cristalline des terrains, de la dimension des blocs issus du compartimentage tectonique, de la marque des anciens aplanissements. Mais l'empreinte des glaciers s'y est inscrite ; les morsures des cirques sur les flancs des crêtes, les lacs d'origine glaciaire s'ajoutent aux beautés naturelles des hautes terres froides, que couvrent des chaumes, des « gazons » (Vosges) ou des landes (Margeride, Forez). Les versants de vallées, élargies ou approfondies par les langues glaciaires quaternaires, se prêtent à l'étagement de la végétation et de l'habitat et à l'estivage des troupeaux. Les côtés les plus abrupts, dérivés de grands accidents cassants, sont en revanche l'objet d'une dissection plus marquée, à la faveur du bas niveau de base que constituent les dépressions voisines. Une division des flancs en lanières, ou « serres », y défigure très vite les éléments de surface, qui sont au contraire mieux reconnaissables sur les pentes douces des blocs basculés.
Le Massif central, assez fortement bousculé, forme un ensemble complexe : plateaux plus ou moins élevés (Limousin), petits massifs de roches anciennes (Forez), plaines d'effondrement (Limagnes) et massifs volcaniques (Velay, Auvergne) ; le point le plus haut s'élève ici à 1 885 m au puy de Sancy. Cette région englobe dans sa partie méridionale des terrains sédimentaires secondaires : ce sont les Causses, hauts plateaux calcaires connus pour la netteté de leurs formes karstiques.
Ces hautes terres ont un climat plus rigoureux, humide, et connaissent un enneigement prononcé. Des nuances pourtant y opposent les parties occidentales, très arrosées, et les secteurs orientaux et les dépressions intérieures, plus sèches et plus ensoleillées. Voués aux cultures pauvres, à l'herbe et aux forêts, ces massifs se sont révélés aussi aptes à l'industrie grâce à leurs eaux vives, aux bois et aux gîtes minéraux. Ils ont attiré la première métallurgie, les industries textiles (il convient d'ajouter, pour le Massif central, le rôle du charbon) et la sériciculture. Le tourisme s'y développe, suscité par la beauté des paysages et des forêts, et maintenant par la neige, malgré certains handicaps (irrégularité de la saison de neige, difficulté d'accès et insuffisance des équipements, plus attirés par les hautes montagnes).
Les montagnes jeunes offrent des paysages plus grandioses et plus variés. Les mouvements ont porté les terrains jusqu'à de très fortes altitudes (2 500 à 4 000 m). Les points culminants sont beaucoup plus élevés que dans les massifs anciens : 1 718 m dans le Jura (crêt de la Neige), 2 710 m en Corse (monte Cinto), 3 298 m dans les Pyrénées françaises (Vignemale) et 4 810 m dans les Alpes, au mont Blanc, sommet le plus haut du continent européen, en dehors du Caucase. Malgré l'érosion, ces montagnes forment encore des barrières imposantes, aux sommets vigoureux, ciselés en aiguilles, crêtes et dents, ou modelés en lourdes coupoles. Les vallées profondes, défoncées par les fleuves ou les glaciers, engendrent des dénivellations considérables ; sur les versants et les parois se lisent les actions de la glace (cirques), du gel, des avalanches, de la torrentialité, des glissements de terrain et des éboulements. La raideur des dénivellations, le caractère impétueux des cours d'eau, l'enneigement abondant, la violence des forces d'érosion imposent aux hommes des conditions de vie sévères et incommodes, réduisent les espaces exploitables, freinent la circulation, tandis que le climat frais de l'été, rude de l'hiver limite les cultures.
Du point de vue de leur structure existent plusieurs ressemblances entre Alpes et Pyrénées, Préalpes et Jura. Alpes et Pyrénées comportent une zone axiale granitique ou schisteuse, celle des Pyrénées en position frontalière, celle des Alpes s'étendant du Mont-Blanc à l'Oisans, et une bande de terrains plissés où dominent les assises calcaires. Cette bande est étroite (maximum de 30 km) et vigoureusement redressée, formant un véritable « front », dans les Pyrénées, que devancent seulement sur une modeste longueur des Pré-Pyrénées peu impressionnantes et vite enfouies sous la sédimentation aquitaine. Dans les Alpes, la zone plissée en avant des massifs centraux est plus ample, découpée par de grandes « cluses » en massifs originaux, du Chablais au Vercors, plus confuse dans les pays de la Drôme et de la Haute-Provence où s'observent les chevauchements des « baous ». Les Alpes françaises comptent, en outre, une unité interne, plus violemment plissée en nappes de charriage de dureté variable, aux vallées profondément entaillées.
La disposition des unités et l'organisation des vallées permettent une pénétration aisée des Alpes, montagnes ouvertes par un grand et profond sillon qui court de l'Arly au Champsaur et aérées par les grandes vallées de l'Isère, de l'Arc ou de la Durance et de leurs affluents ; divers ensellements et passages transversaux ajoutent encore à leur pénétrabilité. Celle des Pyrénées est plus restreinte, car il n'existe de sillon qu'avec des tronçons de vallées de l'Ariège et du Salat. Les vallées, transversales, sont en cul-de-sac vers l'amont, et les cols sont élevés, sauf aux extrémités. Une glaciation moins intense dans cette montagne « méridionale » a réduit aussi les défoncements. En compensation, les formes lourdes des Pyrénées comportent, près des sommets, des surfaces étendues, des « plâs », ou « calms », à l'altitude des alpages. Dans les Alpes, ceux-ci se trouvent surtout dans l'encadrement des hautes vallées ; de toute façon, il existe dans les deux chaînes des conditions favorables à l'estivage des troupeaux.
Chacune des deux montagnes a un secteur voisin de la Méditerranée, où la neige est plus rare (la glaciation le fut aussi) et la torrentialité plus accusée. Les Pyrénées, plus « défilées » des vents d'ouest que les Alpes, qui les reçoivent de plein fouet, ne sont très humides qu'en Pays basque et sur le front externe jusqu'à l'Ariège, alors que les Préalpes au nord de la Drôme sont copieusement arrosées, ainsi que les massifs centraux. L'intérieur des deux chaînes connaît une atténuation relative des précipitations, mais celles-ci restent suffisantes pour que de belles forêts poussent aux étages favorables et que les rivières soient bien alimentées. D'où les richesses fort intéressantes des montagnes, encore dotées de gisements minéraux (charbon de La Mure, fer du Canigou et de l'Ariège, autres métaux, pierres) dont dérivent la vieille métallurgie et un artisanat encouragé par la longueur des hivers. D'où aussi l'intérêt hydro-électrique de ces massifs, où les dénivellations et les lacs ne font pas défaut. L'enneigement lui-même est maintenant source de profit (le ski s'ajoutant à l'alpinisme, plus traditionnel) ; les cures d'altitude, le thermalisme résultent également des éléments physiques que l'on a su exploiter.
Entre les Préalpes et le Jura oriental et méridional, les similitudes sont celles qu'offrent des montagnes moyennes (1 000 à 2 500 m) dominées, structuralement, par la disposition plissée de leurs assises : des chaînons parallèles, individualisant des « vals » ou s'ouvrant de dépressions intérieures profondes (« combes ») que dominent les « crêts » calcaires bordiers. Ce sont des montagnes aux horizons plus réguliers aussi, encore que dans les Préalpes les aspérités soient bien plus fréquentes, les plissements ayant été plus énergiques et l'érosion plus importante (altitudes plus fortes, glaciers anciens plus puissants).
L'abondance des précipitations (plus de 2 m) rend verdoyants ces pays calcaires, grâce aussi aux dépôts glaciaires et aux revêtements marneux. De belles prairies, de magnifiques forêts donnent à ces deux unités une certaine ressemblance dans la composition des paysages.
Malgré l'imposante ossature montagneuse, les régions basses dominent. Deux bassins sédimentaires occupent les deux cinquièmes du territoire.
Le premier type de plaines correspond au Bassin aquitain et au Bassin parisien, comblés par des sédiments secondaires puis tertiaires, qui ne furent que très faiblement affectés de déformations. Plus vaste, le Bassin parisien (140 000 km2, soit le quart du territoire) a un relief plus différencié. Les lignes directrices en sont les « côtes », terminaisons abruptes des assises calcaires inclinées vers l'intérieur de la cuvette et mises en valeur par le déblaiement des terrains argilo-marneux sous-jacents, et les talus des entablements subhorizontaux dans la partie la plus centrale. C'est en Lorraine, en Champagne et en Bourgogne que les dénivellations sont les plus marquées : l'alternance de couches dures et tendres, qui sont relevées vers les massifs de la bordure orientale, donne naissance à plusieurs ceintures de reliefs de côtes. Au nord (Picardie, haute Normandie) s'étendent de majestueux plateaux de craie, nappés de limons et tranchés de vallées humides. Les collines d'Artois, qui s'élèvent jusqu'à 200 m, forment une séparation peu élevée avec le bassin sédimentaire flamand, lequel se prolonge en Belgique. À l'ouest, les horizons sont plus monotones, et les vallées plus faiblement entaillées. Plateaux calcaires, buttes de sable et de grès, vallées encaissées forment le décor de la région parisienne. Sur le revers des côtes, en Lorraine, en Normandie, en Sancerrois ou Berry, comme sur le revers de l'Artois et à la surface des étendues de calcaires tertiaires, s'étendent les « champagnes », les unes enrichies de limon superficiel, les autres, non.
Au sud de la Loire, des sables d'âge tertiaire venus du Massif central pour s'étaler dans le Bourbonnais, la Sologne et la Brenne. Paysages ici de plates-formes sèches et rocailleuses traversées par des rivières encaissées, aux versants retouchés par le gel quaternaire, aux boisements médiocres en partie défrichés cependant, là, en revanche, profondément humanisés et intégralement cultivés, aux espaces découverts et sans verdure.
Au contraire, des plaines humides et verdoyantes, quelquefois parsemées d'étangs (Woëvre, Saulnois en Lorraine), se rencontrent en disposition allongée au pied des côtes (Lorraine, Normandie occidentale), aux abords des massifs anciens (Bessin, Terre Plaine morvandelle) ou au cœur d'ondulations éventrées (pays de Bray, Boulonnais) ou à leur lisière (Flandre intérieure). Les champagnes ne sont pas absentes de l'Aquitaine, mais se limitent à la Charente, à la Saintonge et au Périgord, car le relief de côtes n'y est que médiocrement représenté. En revanche, les terres lourdes y sont présentes sous la forme des « terre-forts », sols des collines mollassiques de l'Armagnac et du Toulousain aux croupes multiples et confuses.
Le Bassin aquitain (80 000 km2), principalement drainé par la Garonne, présente un dispositif comparable. Les reliefs de côtes s'y individualisent dans la moitié septentrionale, où affleurent les calcaires crétacés et jurassiques (Charentes, Périgord, Quercy). Il n'en va pas de même au sud de la Garonne, où la molasse tertiaire donne des paysages de collines, de plateaux et de buttes. La vaste plaine des Landes est pour sa part ennoyée sous des sables quaternaires.
Dans les deux bassins sédimentaires aussi existent d'autres plaines, sous forme d'amples vallées : Val de Loire et basse Seine, couloir de la Garonne et « rivières » du Lot, du Tarn ou de la Dordogne ; les sols alluviaux légers (boulbènes en Aquitaine) des terrasses et des graves s'y prêtent aux cultures légumières et fruitières et à la vigne.
Enfin, dans les deux cas, il ne faudrait pas négliger le rôle des dépôts superficiels qui s'y sont formés ou accumulés : argile à silex, sidérolithique et sables aux sols pauvres et froids, pays de gâtines et de « brandes » (landes et bois) devenus des bocages ou des terrains de chasse, sans parler de la vaste nappe sableuse des Landes, récemment assainie et plantée de pins.
La seconde famille de plaines est associée aux effondrements et aux régions de plissement. Dans les fossés, les matériaux provenant des bordures viennent, avec les alluvions des cours d'eau qui les empruntent, y recouvrir les dépôts sédimentaires qui en constituent le substratum : Alsace, Limagne ou Forez, Roussillon, plaine de la Saône. La complexité des jeux tectoniques, la diversité des apports de remplissage, voire le volcanisme (Limagne) expliquent la variété des terroirs. Leur climat d'abri, aux tendances continentales, permet la culture de la vigne et du maïs. Les plaines d'avant-pays montagneux sont encore plus complexes, car s'y ajoutent les matériaux corrélatifs de multiples surrections, des phases glaciaires et interglaciaires. Le sillon rhodanien offre ainsi une marqueterie de sols aux aptitudes inégales. La plaine du Bas-Languedoc est d'un type intermédiaire ; elle se décompose en des revers de plateaux calcaires, les « garrigues », que couvre une végétation de steppe arbustive issue de la dégradation d'une forêt, et des collines caillouteuses, les « costières », avant de passer à une zone basse littorale.
Les abords des littoraux localisent la troisième catégorie de plaines. Issus du remblaiement flandrien, ce sont par exemple les marais de vase ou de bri des côtes de la mer du Nord (Flandre maritime), de la Manche (Marquenterre, basse Seine, marais de Dol) ou de l'Atlantique (Marais breton, Marais poitevin, Marais charentais, palus bordelais). Situés dans des golfes tendant à se déprimer, dans des estuaires ou à l'abri de cordons littoraux, ils se colmatent par les apports marins qu'une végétation halophile fixe et exhausse et que l'homme s'approprie progressivement par des « prises » (polders). Leurs surfaces planes exigent une organisation du drainage et de la protection (chenaux, digues) qui sont les aspects marquants du paysage, encore que l'on y oppose les secteurs externes, asséchés, cultivés ou transformés en prés-salés (voire en marais salants ou en parcs pour les élevages marins), et les parties internes et plus tourbeuses, plus difficilement drainées par suite des tassements (marais « mouillés »).
Régulière et basse, la plaine à lagunes qui s'allonge du Roussillon à la Camargue représente une autre forme de remblaiement, continental celui-là. Formée d'alluvions quaternaires marneuses et sableuses, elle a peu à peu colmaté un ancien golfe dans les lagunes peu profondes dont les « étangs » sont les vestiges. La mer se contente de redistribuer les matériaux que lui apportent des rivières fortement chargées par l'efficacité de l'érosion méditerranéenne. Derrière les cordons qui les isolent, les lagunes tendent d'ailleurs à se combler. Les sols médiocres, sableux ou salés, le pullulement des moustiques, l'absence d'arbres n'avaient pas poussé à un peuplement dense de ce rivage, jusqu'à l'avancée de la vigne à la fin du XIXe s. et à l'aménagement que l'on y réalise aujourd'hui.
La Camargue, enfin, autre construction fluviale, est encore pour un tiers couverte de marécages et d'étangs. Terre amphibie et sauvage, menacée par les crues du Rhône et les infiltrations d'eau salée, elle porte une végétation particulière, l'engane, steppe tout juste bonne à l'élevage ; mais on a pu en améliorer les aptitudes (riz). La Camargue sert aussi d'asile à une faune variée protégée par une « réserve », et possède de vastes salines.
Les bassins sédimentaires sont traversés par de grands cours d'eau (Meuse, Seine, Loire, Dordogne, Garonne, Saône).
Ces divers bassins communiquent entre eux par des seuils qui, depuis un temps immémorial, forment des voies de passage : seuils du Poitou, du Lauragais ou de Bourgogne, autour du Massif central ; porte d'Alsace et seuil de Saverne, à proximité des Vosges, ou à travers elles.
Baignée par la mer du Nord, la Manche, l'Atlantique et la Méditerranée, la France possède 3 100 km de côtes (chiffre que l'on pourrait doubler si l'on tenait compte des nombreuses indentations) ; aucun point du territoire n'est à plus de 400 km d'un littoral. Ces côtes sont souvent fort belles, et leur diversité est le reflet de la variété même de l'arrière-pays. Toutefois, il faut se souvenir que le tracé actuel est hérité des dernières pulsations du niveau marin au Quaternaire et que le caractère dominant d'un littoral ennoyé est dû à la remontée toute récente des eaux (transgression flandrienne).
La topographie des rivages tient compte étroitement des reliefs continentaux. Dans les zones montagneuses (Provence, Alpes maritimes, Corse occidentale, Pyrénées orientales), le littoral est souvent élevé, très articulé, avec des falaises rocheuses déchiquetées, des promontoires indentés, des calanques étroites, des baies évasées. Des îles prolongent les principaux accidents (axes de plis, blocs soulevés). Des contours capricieux caractérisent aussi les côtes du Massif armoricain ; les rocs solides y donnent de belles falaises que la mer cisèle en exploitant les moindres faiblesses (car son action est très sélective), ou des littoraux plus bas, mais tout aussi résistants et tourmentés, déchiquetés en pointes, baies et rias.
Les principaux caps, les alignements d'îles sont liés soit à des môles relevés, soit à des roches plus résistantes. Les embouchures ennoyées (« abers », « rivières ») y multiplient les rentrants, parfois ramifiés. Les rades les plus ouvertes ont les principales plages, mais les anfractuosités logent aussi d'innombrables criques de sable ou de galets.
Dans les secteurs de bassins sédimentaires, le tracé des côtes est de même en étroit rapport avec les ondulations de terrain pour les avancées (Boulonnais, pays de Caux, îles charentaises) comme pour les rentrants (baie de Seine, marais saintongeais). Il est en outre dépendant des affleurements de roches qui se succèdent et que la mer recoupe (Normandie). C'est là que s'observent les principaux reculs, au détriment des falaises crayeuses (pays de Caux) ou marneuses.
Les côtes régularisées par des cordons sont également bien représentées en France : en Flandre, comme en lisière de la Picardie, par exemple, au sud du Cotentin et en Vendée, ou au long des Landes, ou longues côtes basses, sableuses, régulières, ourlées d'étangs ou de lagunes en Aquitaine ou en Languedoc, c'est-à-dire là où de grandes dérives des eaux permettent le cheminement des sables que le vent remodèle en dunes en arrière des vastes plages. Le delta du Rhône est de même retouché dans ses contours.
Les mers qui baignent les côtes sont également diverses quant à l'amplitude des fonds et à la hauteur des marées. Celles-ci, presque nulles en Méditerranée, atteignent 4 à 12 m le long de l'Atlantique et 15 m dans la baie du Mont-Saint-Michel.
À mi-chemin du pôle et de l'équateur, largement baignée par l'Atlantique, la France bénéficie d'un climat tempéré à dominante océanique. Comme toute l'Europe occidentale, elle est presque toute l'année concernée par les perturbations du front polaire, qui lui valent une assez grande instabilité d'un jour à l'autre et aussi une certaine variabilité d'une année à l'autre.
Les températures sont modérées : les moyennes annuelles sont, en gros, comprises entre 10 et 15 °C, et les amplitudes entre les moyennes des mois extrêmes sont le plus souvent d'une quinzaine de degrés. Les précipitations sont également modérées, rarement inférieures à 500 mm, mais ne dépassant guère 1 500 mm ; elles sont surtout assez bien réparties sur la plus grande partie du territoire. Il peut se produire des phénomènes climatiques excessifs (froid rigoureux de l'hiver 1962-1963, sécheresse accusée de l'été 1976, tempêtes de décembre 1999, inondations de 2001, canicule de l'été 2003), dont la fréquence, qui semble augmenter – ce qui nourrit les débats sur l'effet de serre –, reste très inférieure à ce qu'elle est dans la zone intertropicale.
Le climat de la France est cependant fort nuancé. La latitude, l'altitude, l'éloignement de la mer et la disposition du relief constituent autant d'éléments de variété. En simplifiant, on peut distinguer quatre types de climat selon les ambiances climatiques et les couverts végétaux naturels qui leur étaient jadis associés et qui subsistent encore plus ou moins.
Le climat océanique typique caractérise la bordure occidentale du territoire français de la Flandre au Pays basque. Tout au long de la façade littorale, il existe des nuances dans les températures ou les précipitations, mais partout le climat se caractérise par l'agitation de l'atmosphère, la prédominance très nette des vents d'ouest, la nébulosité du ciel, la forte humidité de l'air, la fréquence des pluies (180 à 200 jours en Bretagne), la modération des températures avec des hivers assez doux et des étés relativement frais (7 °C en janvier et 17 °C en juillet sur le littoral breton).
À ce climat correspondait jadis une forêt composée surtout de hêtres ou de chênes ; celle-ci est souvent dégradée en landes à genêts, à bruyères ou à fougères. Aujourd'hui, c'est par excellence le pays des prairies naturelles ou des cultures fourragères.
Le climat océanique de transition concerne une partie importante du territoire français, dans le Bassin parisien, le Bassin aquitain ou les bas pays de la France orientale ; on le qualifie parfois, un peu abusivement, de « semi-continental », car certaines influences continentales s'y manifestent, mais celles-ci comptent beaucoup moins que les influences océaniques. La pluviosité est un peu moins abondante, le nombre des jours de précipitations diminue sensiblement (moins de 150 jours), les gelées sont plus nombreuses et plus prononcées, la neige est également plus fréquente ; les hivers sont plus froids et moins humides, les étés sont plus chauds et plus orageux, mais les températures restent cependant modérées par comparaison avec celles d'Europe centrale ou orientale (en janvier, 3,4 °C à Paris et 0,9 °C à Strasbourg ; en juillet, 19,1 °C à Paris et 19,6 °C à Strasbourg). L'ensoleillement, sans être très généreux, a une durée un peu plus longue que sur le littoral atlantique.
À l'origine, les pays connaissant ce climat océanique de transition étaient également couverts de forêts, mais celles-ci étaient composées de chênes ou de charmes plutôt que de hêtres. Aujourd'hui, c'est le pays du blé, du maïs ou de la vigne.
Le climat de montagne conserve presque partout les traits du climat océanique de transition, mais modifié par l'altitude, avec des températures diminuées et des précipitations augmentées. Au fur et à mesure qu'on s'élève, les hivers deviennent plus froids et plus neigeux, les étés, plus frais et plus arrosés. À 1 500 m, des gelées peuvent se produire en toute saison. L'exposition compte beaucoup et détermine de forts contrastes de température (adret et ubac).
Bien sûr, la végétation varie avec l'étagement climatique : les bas versants sont couverts de feuillus, les pentes moyennes ont surtout des forêts de sapins et d'épicéas, les hauts versants portent des alpages ou sont dépourvus de végétation.
Caractérisant la France du Sud-Est, sur une profondeur de 50 à 100 km en bordure de la mer, il est franchement différent. Le pays donne une impression de sécheresse qui contraste vigoureusement avec le reste de la France. Ici, l'été est chaud et presque complètement sec, avec cependant des épisodes orageux qui peuvent être violents ; les précipitations tombent essentiellement pendant la saison fraîche et de façon irrégulière ; le nombre de jours de pluie est inférieur à 100 et parfois même à 50. Le ciel est souvent dégagé et lumineux, l'ensoleillement est important (en général plus de 2 700 heures par an), les températures sont douces en hiver et élevées en été ; en toutes saisons, la côte provençale a, en moyenne, 3 à 5 °C de plus que Paris ; cependant, il y a parfois des vents froids, désagréables en hiver (mistral, tramontane).
À ce climat correspondait naguère un couvert végétal adapté à la sécheresse, composé surtout de forêts de chênes verts, de chênes-lièges ou de pins ; celles-ci sont souvent dégradées en maquis ou en garrigues, quand elles n'ont pas fait place aux cultures méditerranéennes.
En raison de ses dimensions moyennes et de son relief diversifié, la France n'a pas de grands cours d'eau. La superficie des bassins hydrographiques est relativement réduite : même la Loire, le plus long des fleuves français avec ses 1 020 km, a un bassin de 115 000 km2, qui, bien que représentant plus du cinquième du territoire national, paraît modeste par comparaison avec ceux des grands fleuves européens. Les débits ne sont pas non plus considérables : le Rhône, doté du plus gros débit, a un écoulement d'à peine 2 000 m3/s en moyenne à Arles, à la tête de son delta.
Les régimes sont très variés, mais la plupart des cours d'eau ont un caractère pluvial océanique en accord avec le climat : les hautes eaux ont lieu en hiver, les amplitudes restant cependant modérées. En montagne, toutefois, nombre de cours d'eau ont une alimentation pluvio-nivale, avec de hautes eaux printanières, et quelques-uns, une alimentation glaciaire, avec de hautes eaux estivales. Les cours d'eau méditerranéens ont, de loin, le régime le plus irrégulier, avec des étiages très prononcés et des crues violentes, généralement liées aux grandes averses d'automne qui se produisent sur les reliefs.
Les grands fleuves ont évidemment des régimes complexes, combinant des alimentations diverses ; toutefois, la Seine a un régime assez typiquement pluvial, tandis que la Loire et la Garonne ont un régime pluvio-nival. Ces trois cours d'eau se terminent par de grands estuaires, alors que le Rhône, qui charrie une grande quantité d'alluvions, a construit un delta. Seule la Seine est facilement navigable ; le Rhône n'a été rendu accessible aux péniches de grande dimension qu'au prix d'importants travaux, également destinés à produire de l'électricité.
La population française résulte d'un brassage de peuples extrêmement complexe qui s'est produit au cours des siècles et se poursuit encore de nos jours. La France a été, en effet, le point d'aboutissement d'une série de grandes migrations préhistoriques et historiques ; il y a eu, de ce fait, de nombreux mélanges et de multiples apports, dont les traces sont souvent difficiles à déceler, du fait de l'unification politique et linguistique du pays.
Comme dans les pays voisins, la croissance démographique de la France est restée lente pendant longtemps. Le territoire actuel de la France n'avait encore qu'une population éparse au paléolithique supérieur (à partir de − 33000) : pas plus de 10 000 habitants peut-être. C'est au néolithique (− 6000) que la progression a vraiment commencé et la population atteignait environ 5 millions de personnes au Iers. de notre ère.
Au cours des vingt derniers siècles, la croissance a été nettement plus marquée, en dépit des reculs dus aux grandes épidémies et aux guerres. Ainsi, entre le milieu du XIVe s. et le milieu du XVe s., la population française s'est effondrée, passant d'une vingtaine de millions à une dizaine de millions d'habitants, sous l'impact conjugué de la Peste noire et de la guerre de Cent Ans.
Depuis le XVIIe s., cette croissance s'est poursuivie de façon plus ou moins régulière : de 21 millions d'habitants environ au milieu du XVIIe s., la population est passée à 28 millions en 1801 (date du premier recensement), 35 millions en 1850, 41 millions en 1939, pour atteindre, pour l'ensemble des territoires français, 60 millions en 1999 et 65 millions en 2009. Toutefois, au cours de ces trois derniers siècles, l'augmentation de la population a été nettement plus lente en France que dans les autres pays européens. À l'époque de Louis XIV, et durant encore une centaine d'années, la France était le pays le plus peuplé du continent : elle constituait, à elle seule, 20 % environ de la population totale européenne ; elle n'en représente plus aujourd'hui que 11 % (et 13 % de l'Union européenne), loin derrière l'Allemagne réunifiée, mais quasiment à égalité avec le Royaume-Uni et devançant légèrement l'Italie. Environ 75 % des Français vivent dans les villes, dont près de 40 dépassent 100 000 habitants. L'agglomération parisienne concentre le sixième des Français (loin devant Lyon et Marseille).
Cette évolution particulière est liée à la diminution précoce de la fécondité française, qui a commencé dès la fin du XVIIIe s. À cette date, le nombre moyen d'enfants par femme était encore de 5,5 (environ 6,5 jusqu'au XVIIe s.) ; il a diminué peu à peu, passant à 2 enfants par femme vers 1900, ce qui anticipait d'une cinquantaine d'années au moins le mouvement de baisse constaté dans les autres pays européens, où la transition démographique a été plus longue, de telle sorte que ceux-ci ont vu leur population augmenter plus vite que celle de la France. La fécondité a connu un regain temporaire après chacune des deux guerres mondiales, et spécialement après la Seconde Guerre mondiale, à tel point que l'on a qualifié cette « renaissance » de « baby-boom ». Le mouvement de baisse a repris depuis le début des années 1970 jusqu'à 1994, avec une remontée depuis, l'indicateur conjoncturel de fécondité atteignant 2 en 2006, contre 1,68 en 1994. Malgré cette amélioration, le renouvellement naturel des générations n'est toujours pas assuré (il faut, pour cela, que le nombre d'enfants par femme soit supérieur à 2,08). La baisse tendancielle de la fécondité a été directement liée au développement de la contraception et au fait que l'âge moyen des mères à la naissance de leurs enfants est de plus en plus élevé (29,9 ans, en moyenne, en 2008, au lieu de 27,7 ans en 1986 ; plus d'une mère sur deux est âgée d'au moins 30 ans), ces deux phénomènes correspondant à une évolution profonde de la société. Le taux de fécondité français est cependant, avec celui de l'Irlande, l'un des plus élevé d'Europe, nettement supérieur à celui d'autres pays développés comme l'Allemagne (1,3 enfant par femme) ou l'Italie (1,2).
Depuis la fin des années 1970, le nombre de naissances tend à s'accroître lentement – 830 300 naissances en 2006 – du fait de femmes de 20 à 40 ans moins nombreuses certes que leurs mères ou leurs sœurs aînées, mais plus fécondes. Le taux de natalité (nombre de naissances pour 1 000 habitants) ne cesse, toutefois, de diminuer : il était, en 2008, de 13 ‰ contre 13,6 ‰ en 1990.
La baisse de la mortalité est un phénomène également ancien, qui a commencé probablement à la fin du XVIIIe s., comme pour la fécondité. Mais, sur ce plan, la France a plutôt été en retard sur le Royaume-Uni et l'Allemagne.
L'espérance théorique de vie à la naissance, qui était d'environ 35 ans au moment de la Révolution, est passée à 48 ans en 1910, à 54 ans en 1930 et, enfin, à 79 ans à la fin des années 1990. Mais cela ne doit pas faire oublier que la France a connu, au cours du XXe s., des drames aux graves conséquences démographiques : la Grande Guerre (1,4 million de morts, principalement des jeunes hommes adultes), la grippe espagnole de 1918 (400 000 morts) et la Seconde Guerre mondiale (600 000 morts). L'allongement de la durée de vie a été particulièrement net depuis 1945, du fait des progrès scientifiques et du développement considérable des équipements médicaux, et, surtout, de l'amélioration des conditions de vie et du niveau culturel. La plupart des maladies infectieuses et parasitaires ont disparu pour laisser la place aux affections cardiaques, vasculaires ou cellulaires.
C'est la mortalité des jeunes qui a le plus reculé : le taux de mortalité infantile (nombre de décès d'enfants âgés de moins de un an pour 1 000 naissances) a ainsi considérablement diminué (plus de 300 ‰ vers 1800, 142 ‰ vers 1900, 63 ‰ en 1946, 3,8 ‰ en 2008). Moins spectaculaire, la régression de la mortalité aux âges élevés est devenue cependant sensible depuis 1960.
La structure par âges s'est profondément transformée à partir du XIXe s. sous l'effet des baisses de la mortalité et, surtout, de la fécondité. Sur le long terme, l'évolution s'est faite dans le sens du vieillissement. La proportion des jeunes de 0 à 20 ans est passée d'un peu moins de 50 % vers 1750 à 34 % en 1900 et à 25 % en 2007. Cette dernière valeur est proche de celle observée dans les pays voisins, tout en étant inférieure de moitié à celle de nombreux pays en voie de développement. La proportion des personnes âgées de 65 ans et plus progresse (11,6 % en 1960, 16,6 % en 2009), mais reste comparable à la moyenne de l'Union européenne. Déjà, dans de nombreux départements (essentiellement au sud de la Loire), les décès sont plus nombreux que les naissances. Cette évolution est à l'origine d'un alourdissement des dépenses de santé et de retraites.
Au total, les 15-64 ans représentent à peu près les deux tiers de la population, proportion malgré tout en légère progression par rapport aux années 1960, du fait de l'arrivée à l'âge adulte des générations du baby-boom de l'après-guerre.
Le taux de nuptialité est en net recul depuis le début des années 1970, ce qui peut s'expliquer à la fois par la libéralisation des mœurs que symbolisent les événements de mai 1968 et par la crise économique enclenchée par le premier choc pétrolier de 1973 : on se marie plus tard, lorsque l'on est assuré d'un minimum de sécurité matérielle. Le nombre des mariages est tombé d'une moyenne de 400 000 pour les années 1971-1975 à 256 000 en 2009. Corrélativement, le nombre de pactes civils de solidarité (pacs) continue de croître très sensiblement : 175 000 pacs ont été signés en 2009, avec une progression de 20 % par an, et les unions libres se multiplient, ainsi que les naissances hors mariage, qui dépassent la moitié en 2009 (contre 6,2 % en 1960). Sur ce dernier point, les comportements varient considérablement du nord au sud du continent européen : le taux est élevé dans les pays nordiques, alors qu'il est inférieur à 10 % en Grèce ; la France se situe au carrefour de ces tendances. Les divorces ont fortement progressé à partir du milieu des années 1960 ; 38 % des mariages se soldent désormais par un divorce. Néanmoins, du fait de l'allongement de la vie, la durée moyenne d'un couple légitime a considérablement augmenté en deux cents ans, puisqu'elle atteint aujourd'hui 45 ans contre moins de 20 ans avant la Révolution française.
Comme dans de nombreuses populations, il naît en France plus de garçons que de filles (le taux de masculinité à la naissance est de 1,05). Cette supériorité quantitative ne compense qu'en partie la surmortalité masculine, qui se manifeste à tous les âges de la vie et qui est particulièrement élevée en France. Les éléments d'explication généralement avancés (alcoolisme, tabagisme, maladies et accidents liés à la vie professionnelle, fragilité masculine spécifique…) ne permettent pas d'expliquer totalement ce phénomène. Globalement, les femmes sont plus nombreuses que les hommes (respectivement 33,183 millions et 31,12 millions en 2009 en France métropolitaine) et leur espérance de vie à la naissance est nettement plus élevée (respectivement 84,3 ans contre 77,6 en 2008), soit un écart de 9 %, en légère diminution depuis une dizaine d'années. Les Françaises détiennent ainsi le record du monde de longévité (avec les Espagnoles, les Suédoises, les Japonaises et les Suisses), ce qui n'est pas le cas des Français, qui vivent néanmoins plus vieux que les Américains, les Allemands ou les Belges. Cette longévité féminine explique que le nombre de femmes âgées de plus de 15 ans vivant seules (célibataires, veuves et divorcées non remariées) est particulièrement élevé : 4,4 millions en 1999.
L'hétérogénéité des comportements démographiques est également forte lorsque l'on prend en compte l'appartenance sociale. La fécondité diminue, en gros, vers le haut de l'échelle sociale et, surtout, pour les niveaux d'instruction les plus élevés. L'espérance de vie évolue de manière strictement inverse, avec des écarts qui, s'ils vont en s'amenuisant sur le long terme, demeurent encore importants : elle est, à 35 ans, de 47 ans pour les cadres supérieurs et de 41 ans seulement pour les ouvriers, qui sont souvent, de plus, en moins bonne forme physique. Les facteurs explicatifs sont, plus que l'importance du revenu, la pénibilité et l'insalubrité de la vie professionnelle et des conditions de vie, ainsi que le niveau culturel.
Depuis 1900, la population française a augmenté de 20 millions d'individus. Ce constat souligne que, à côté de l'excédent des naissances sur les décès, variable selon les périodes, l'apport de l'immigration a été important. Alors que le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Italie étaient touchées par l'émigration, la France, au contraire, a constitué, à partir du milieu du XIXe s., un pays d'accueil. L'hécatombe de la Première Guerre mondiale a créé un important déficit en main-d'œuvre qui a attiré de nombreux immigrés (Belges, Polonais, Italiens, Maghrébins), comme, après la Seconde Guerre mondiale, les besoins d'une économie en vive expansion (Espagnols, Portugais, Africains [dont Maghrébins], Antillais). On a évalué à 5 millions le nombre de personnes ayant immigré en France de 1800 à 1936, et il faut sans doute en ajouter 3 à 4 millions supplémentaires pour la seconde partie du XXe s., sans compter le retour des Français, l'arrivée des harkis d'Afrique du Nord au début des années 1960 et l'immigration en provenance de l'outre-mer. La crise économique a été à l'origine d'une politique de fermeture des frontières à partir de 1974, seuls les regroupements familiaux demeurant théoriquement possibles. En 2005, le solde migratoire net officiel des étrangers est estimé à 97 500 personnes. La France fait partie des pays européens où le solde migratoire contribue le moins, en termes relatifs, à l'accroissement de la population : les flux migratoires représentent un quart de l'accroissement en 2004 contre les quatre cinquièmes dans l'ensemble de l'Union européenne.
L'effectif des immigrés en France est important et ce depuis longtemps déjà : 2,2 millions en 1936, 4,9 millions en 2004, soit 8,1 % de la population, compte tenu des « clandestins », dont le nombre, devenu un enjeu du débat politique (comme l'immigration dans son ensemble), fait l'objet d'évaluations contradictoires (entre 200 000 et 1 million). Si l'origine des migrants s'est sensiblement modifiée, les immigrés issus de l'Union européenne demeurent nombreux (1,7 million en 2006), devant les natifs du Maghreb (1,5 million) et les personnes originaires de l'Afrique subsaharienne (570 000 en 2006). Les immigrés sont inégalement répartis en France : ils sont particulièrement nombreux dans les agglomérations de Paris, Lyon, Marseille et dans les villes du Nord et de Lorraine, c'est-à-dire là où d'importantes opportunités d'emploi s'offrent – ou s'offraient – à une main-d'œuvre peu qualifiée (manutention, montage d'automobiles, bâtiment, mines…).
Les naturalisations sont de l'ordre de 60 000 à 70 000 par an et les acquisitions légales de nationalité sont en forte augmentation depuis 1998, avec plus de 120 000 personnes concernées cette année-là. Par le jeu des naturalisations, 40 % des immigrés sont français. En 2006, les étrangers (y compris les étrangers nés en France) étaient 3,64 millions.
Très divers sur le plan géographique (localisation, superficie, milieu naturel), les départements et Régions d'outre-mer et collectivités d'outre-mer (ainsi que la Nouvelle-Calédonie et les terres Australes et Antarctiques françaises) n'en présentent pas moins certaines caractéristiques communes sur le plan démographique, liées au fait que les mouvements de baisse de la mortalité et, surtout, de la fécondité y sont plus récents qu'en métropole. Le nombre d'enfants par femme reste encore très supérieur à la moyenne française (spécialement en Guyane et en Nouvelle-Calédonie), ce qui explique la jeunesse des habitants. Populations autochtones, descendants d'esclaves noirs, de bagnards ou de colons blancs, métis, métropolitains et immigrés étrangers cohabitent dans des proportions variables, comme est variable aussi le métissage. Les habitants d'origine européenne sont particulièrement nombreux à la Réunion et en Nouvelle-Calédonie. La Guyane et Mayotte sont soumises à une forte pression migratoire en provenance des pays voisins. L'urbanisation est le plus souvent très développée, avec un chef-lieu pouvant regrouper la moitié de la population (en Martinique), voire davantage (en Nouvelle-Calédonie et en Guyane). D'une manière générale, les hommes et les activités économiques se concentrent sur les basses plaines côtières tandis que l'intérieur des terres, montagneux et/ou forestier, est très peu peuplé. Le chômage, particulièrement important, explique l'existence d'un fort courant d'immigration vers la métropole, où vivraient environ 400 000 Français originaires des D.R.O.M., en grande majorité des Martiniquais et des Guadeloupéens (Guadeloupe).
Composée à la fois des personnes exerçant un emploi et des chômeurs (définition du Bureau international du travail, B.I.T.), la population active représente près de 27,843 millions de personnes en 2007 (14,707 millions d'hommes et 13,136 millions de femmes). Ce nombre a crû sensiblement depuis 1945 du fait de l'augmentation de la population et de la participation grandissante des femmes à l'activité économique, malgré l'abaissement de l'âge de la retraite et la réduction de la durée de la vie active consécutive au développement des études (allongement de la scolarité, accroissement du nombre des scolarisés). Le taux d'activité professionnelle des femmes en âge de travailler était de 63 % en 2004, contre 55 % en 1980 ; ce taux est très élevé aux États-Unis (71 %) alors qu'il est nettement inférieur (moins de 50 %) dans les pays méditerranéens (Espagne, Italie, Grèce).
Au sein de la population active, par contre, la part des individus occupant effectivement un emploi n'a cessé de diminuer de 1974 à 1997, avec l'approfondissement de la crise économique, et cela malgré la création de nombreux emplois. La situation s'est légèrement améliorée de 1998 à 2001, le nombre des demandeurs d'emploi tombant au-dessous de la barre des 3 millions et des 13 % de la population active pour atteindre 9,5 % en 2000 ; elle s'est à nouveau détériorée depuis le printemps 2001 pour dépasser les 19 % en 2005. Après un recul sensible (7,5 % en 2008), le taux de chômage a dépassé en 2009 la barre des 10 %, soit le niveau de 1999. Il touche 2,7 millions de personnes en France métropolitaine. Le chômage touche inégalement les différentes catégories de la population : il frappe particulièrement les femmes (11 %), les non-diplômés (15 %), les travailleurs non qualifiés, les jeunes à la recherche d'un premier emploi, les ouvriers de l'industrie et du bâtiment ; les immigrés, et particulièrement ceux qui viennent d'Afrique, cumulent généralement plusieurs handicaps (70 % des étrangers ayant un emploi sont des ouvriers), et se retrouvent donc dans une situation des plus précaires. Géographiquement, les taux de chômage présentent des écarts importants selon les régions, allant du simple au double entre les régions les plus favorisées, l'Île-de-France, la Bretagne et le Limousin (7,7 % en 2009), et les régions les moins favorisées, le Nord-Pas-de-Calais (12,7 % en 2009) et le Languedoc-Roussillon (12,4 % en 2009). Globalement, le nord de la France et le Midi méditerranéen sont particulièrement touchés.
Considérée par branches d'activité, la population active ne cesse d'évoluer en raison des changements rapides qui affectent l'appareil économique. Les emplois de l'agriculture continuent de diminuer (3 % des actifs en 2008 contre près de 9 % en 1980), de même que ceux de l'industrie et de la construction (22 % des actifs en 2008 contre 39 % en 1980). Le secteur tertiaire est le seul à enregistrer une forte expansion, passant de 35 % de la population active en 1954 à 55 % en 1980 et à plus de 74 % en 2008, tout en connaissant de nombreux changements internes. Il est marqué, en particulier, par une forte croissance des métiers de l'information, du tourisme, de la santé et des services sociaux et par une régression sensible des métiers liés à la distribution. La France est ainsi entrée dans l'ère postindustrielle, comme tous les pays les plus développés du monde.
Le salariat domine désormais de très loin, puisqu'il concernait en 2006 plus de 91 % des personnes disposant d'un emploi. Mais il se transforme lui aussi profondément, avec le développement du travail à temps partiel (17 % du nombre total des salariés, mais 30 % pour les femmes en 2008) et celui des contrats temporaires (contrats à durée déterminée, intérim). La qualification de la population active est de plus en plus élevée, ce qui constitue un atout pour l'économie, mais contribue aussi à marginaliser les moins diplômés, de nombreux jeunes acceptant, pour échapper au chômage, des postes pour lesquels ils sont surqualifiés.
Les transformations de la population active indiquent que l'économie française a connu une évolution considérable au cours de la deuxième moitié du XXe s. Elles n'en donnent en fait qu'une image partielle, car elles ne peuvent guère rendre compte de phénomènes aussi essentiels que le prodigieux enrichissement du pays, son ouverture sur le monde (et surtout sur l'Europe), les rapides progrès de productivité qu'il a accomplis ou encore le processus de « désétatisation » dans lequel il s'est engagé.
En 1945, l'appareil productif français est dévasté par la guerre. Le pays tout entier s'attelle à le reconstruire sous l'impulsion de l'État (plans de développement, nationalisations et créations de grandes entreprises publics) et avec l'aide financière des États-Unis (plan Marshall). Le niveau de production d'avant-guerre est rapidement retrouvé, mais non le niveau de vie, les efforts faits en faveur de l'investissement limitant la consommation des ménages. La croissance des revenus individuels ne commence véritablement que dans les années 1950.
Quelques éléments permettent de juger des progrès accomplis de 1945 à 1975 (période dite des « trente glorieuses »), difficilement imaginables aujourd'hui : le revenu national réel par habitant est multiplié par 3,5 ; le nombre de voitures passe de 1 million à plus de 15 millions, la part des logements équipés de salles de bains passe de 5 % à 70 %, et la part des logements équipés de réfrigérateurs, de 3 % à 91 %. Corrélativement, le pouvoir d'achat individuel progresse considérablement, dans toutes les couches de la population : il faut, en 1945, huit heures de travail à un ouvrier pour acheter un poulet contre quarante-cinq minutes en 1975. Cet enrichissement général permet également de financer des équipements collectifs (électrification des chemins de fer, autoroutes, hôpitaux, écoles…), eux-mêmes générateurs d'emplois et de revenus. La crise n'a fait que ralentir cette tendance sans la bloquer, à l'exception de courtes périodes de stagnation (1975 et 1993).
La France était avant la Seconde Guerre mondiale un pays vivant très largement en vase clos, les échanges extérieurs se limitant en quelque sorte au strict nécessaire, avec une préférence coloniale marquée. La situation s'est totalement renversée, la France étant aujourd'hui l'un des pays développés les plus « extravertis ». Le rapport commerce extérieur (biens et services) / produit national brut (P.N.B.) atteint 40 %, soit légèrement moins que celui de l'Allemagne ou de l'Angleterre, mais deux fois plus que celui des États-Unis ou du Japon. La part des échanges avec les anciennes colonies s'est effondrée et l'essentiel du commerce extérieur – près des deux tiers – s'effectue désormais au sein de l'Union européenne. L'ouverture des frontières se traduit également par une modification du capital des entreprises, certaines d'entre elles passant en partie ou en totalité sous contrôle étranger, mouvement qui n'est d'ailleurs pas unilatéral, les investissements français à l'étranger pouvant être, selon les années, supérieurs aux investissements étrangers en France. Cette sorte de révolution, qui a été amorcée à la fin des années 1950 lorsque la construction européenne a été lancée, a fortement favorisé la croissance. En contrepartie, la France est devenue plus dépendante des événements économiques extérieurs, comme le prouve sa difficulté à sortir de la crise par ses propres moyens.
Avec l'adoption de l'euro en 1999, troisième étape de l'Union économique et monétaire (U.E.M.), l'unification européenne a fait un véritable bond en avant. L'euro est alors devenu la monnaie de la France et des dix autres États membres de la zone euro, conjointement avec les monnaies nationales qui lui sont liées par un taux de change fixe. En 2002, il a complètement remplacé ces dernières. La responsabilité des politiques monétaires est progressivement transférée à la Banque centrale européenne (B.C.E.).
Longtemps les économistes sont restés persuadés que la productivité était le privilège de l'industrie. L'exemple de la France, comme celui des autres pays développés, prouve que l'agriculture et les services sont aussi concernés.
La mécanisation, l'usage d'engrais, l'irrigation, l'élevage en batteries permettent aujourd'hui un niveau de production jamais atteint, alors que le nombre des agriculteurs a été divisé par plus de deux depuis les années 1950. C'est que, entre-temps, les rendements moyens ont fortement progressé (quadruplement pour le blé et le maïs). Dans les services, le traitement électronique de l'information et l'amélioration des moyens de transport ont d'ores et déjà entraîné de profonds bouleversements, qui se traduisent par des gains de temps et des diminutions de coûts parfois considérables en matière de communications. Dans l'industrie, les travaux publics et le bâtiment, l'effort de modernisation a permis des économies quantitatives sur les matières premières et l'énergie, par la diminution des déchets, l'utilisation systématique des sous-produits et le recyclage.
Ce phénomène quasi général contribue à expliquer la crise structurelle dans laquelle sont plongées de nombreuses industries productrices de produits de base ou intermédiaires (mines, sidérurgie, raffineries…), dont les débouchés se réduisent peu à peu.
Le mouvement de nationalisations qui avait suivi l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 – il avait notamment touché les banques et les assurances – a été très rapidement remis en question avec la première alternance de 1986. Depuis cette date, et quels que soient les gouvernements, la tendance est au désengagement des pouvoirs publics dans les secteurs à vocation économique, ce qui rompt avec le modèle de développement adopté depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le nombre d'emplois dans le secteur public (État, collectivités territoriales, établissements et entreprises publiques) continue cependant d'augmenter, puisqu'il représente environ 5,18 millions d'emplois sur un total de 25,172 millions.
La France demeure, et de loin, la première puissance agricole de l'Union européenne. Elle exporte aujourd'hui environ 20 % de sa production totale (principalement vers ses partenaires de l'Union européenne), vendant surtout des produits industriels (automobiles, avions, etc.) ainsi que des excédents agricoles. Les achats de matières premières minérales et énergétiques (pétrole notamment) pèsent sur la balance commerciale, aujourd'hui largement déficitaire. La situation de la balance des paiements est améliorée par l'excédent du solde du tourisme, mais le pays est très endetté. Après avoir reculé, l'inflation a repris, entraînant une stagnation du pouvoir d'achat. La compétitivité industrielle sur le plan international diminue, alors que la concurrence est vive (entraînant des délocalisations et des pertes d'emplois industriels). Le problème de l'emploi demeure une préoccupation majeure.
Grâce à la diversité de son climat et de ses sols, la France bénéficie de conditions très favorables à l'agriculture et occupe le premier rang dans l'Union européenne pour les superficies cultivées, la production totale, les exportations. Elle domine quantitativement ses partenaires pour les oléagineux, les céréales, les betteraves sucrières, la viande bovine, les volailles. Elle vient au premier rang mondial (en valeur) pour la production et l'exportation de vin. Une part importante de l'activité paysanne traditionnelle relève aujourd'hui de l'industrie agroalimentaire (alimentation du bétail, salaisons, fromages…).
La progression des rendements, la surproduction mondiale et la très forte diminution de la population active agricole se sont accompagnées d'un développement rapide des jachères, en diminution cependant depuis le milieu des années 1990. Parallèlement, les pouvoirs publics ont encouragé le remembrement des exploitations agricoles, facteur de productivité, mais aussi de fragilité (spécialisation, risques écologiques). Tout cela a entraîné une augmentation de la taille moyenne des exploitations, qui dépasse aujourd'hui 40 hectares, et une diminution du nombre des emplois agricoles, qui sont passés pour la première fois en 2004 sous la barre du million. Cependant, la France reste caractérisée par la coexistence d'une grande agriculture riche (plaines céréalières et betteravières du Bassin parisien) et d'une petite agriculture familiale plutôt pauvre et fortement endettée.
Le productivisme, longtemps encouragé par les pouvoirs publics, est la principale raison de cet endettement du monde rural. Il est aussi à l'origine, dans certaines régions, de problèmes écologiques inquiétants (pollution des nappes phréatiques en Bretagne par les nitrates contenus dans les déjections porcines). Comme dans tous les pays développés, l'agriculture française est fortement subventionnée à travers un ensemble de mécanismes complexes qui impliquent l'Union européenne (Politique agricole commune, ou P.A.C.). Ce soutien représente en moyenne près de 40 % du revenu brut des exploitations agricoles, mais il varie très considérablement selon la nature de la production. L'élevage et les céréales sont très fortement subventionnés, à l'inverse de la viticulture.
Cette dernière, ou du moins la partie qui a choisi d'évoluer vers une production de qualité, apporte la preuve qu'une agriculture à la fois plus rentable et plus respectueuse de l'environnement n'est pas une simple utopie. La crise de la « vache folle », l'épizootie de fièvre aphteuse, les débats à propos des O.G.M., du « bœuf aux hormones » et de la « mal-bouffe » témoignent d'une prise de conscience des dangers d'une agriculture trop industrialisée.
Activité traditionnelle des littoraux du nord et de l'ouest de la France, la pêche est dans une situation difficile du fait de la baisse tendancielle des cours liée à la concurrence internationale. La production française ne couvre plus qu'une faible part de la consommation intérieure.
Le secteur regroupe 5 000 navires et 21 000 marins. La Bretagne effectue le tiers du chiffre d'affaires, devant le Nord-Pas-de-Calais.
L'activité forestière n'est pas plus florissante. Malgré l'extension des surfaces boisées depuis la seconde moitié du XIXe s., qui couvrent aujourd'hui le quart du territoire, la forêt française reste sous-exploitée, et la balance commerciale du secteur est encore déficitaire (pâte à papier notamment). Les tempêtes de décembre 1999, qui ont causé d'énormes ravages, ont porté un nouveau coup à cette activité.
Disposant de peu de ressources minières et énergétiques, la France a été amenée, d'une part, à se doter d'un parc de centrales nucléaires pour pallier la quasi-inexistence sur son sol de gisements d'hydrocarbures (77 % de l'électricité produite est d'origine nucléaire, ce qui constitue un record mondial), d'autre part, à réduire sévèrement ses activités minières traditionnelles du fait de la nouvelle donne internationale (demande déprimée, émergence de producteurs plus compétitifs). L'extraction de charbon, dont le volume a été divisé par près de douze entre 1965 (58 millions de tonnes) et 1999 (5 millions de tonnes), a cessé définitivement en 2005 ; la bauxite, qui approvisionne les usines d'aluminium, est désormais totalement importée et la dernière mine de fer de Lorraine a fermé en 1997.
La production française de pétrole est faible et ne cesse de diminuer. Presque tout ce qui est consommé doit être importé. La Norvège est le premier fournisseur de pétrole, devant la Russie et l'Arabie saoudite. Les raffineries sont situées surtout dans la basse Seine et dans la zone étang de Berre-Fos. La production de gaz est un peu plus forte (Aquitaine). La France importe du gaz des Pays-Bas et de la Norvège (plus de 30 % chacun), et, dans une moindre mesure, de l'Algérie (20 %).
Bien qu'en recul relatif (part dans le produit intérieur brut et dans l'emploi total), l'industrie française se situe au quatrième rang mondial avec l'Italie, derrière les États-Unis, le Japon et l'Allemagne. Dans le cadre de la mondialisation des échanges, de la division internationale du travail, elle a connu des fortunes diverses. Sa structure s'est profondément transformée, des branches anciennement développées comme les mines, la sidérurgie, le textile ayant beaucoup souffert de la concurrence étrangère et/ou de la diminution des débouchés. En revanche, dans un certain nombre de branches, elle s'est maintenue ou même développée, sous l'impulsion d'entreprises dynamiques occupant parfois un rang éminent dans la hiérarchie mondiale. C'est le cas en particulier de l'agroalimentaire (680 000 emplois, fort excédent commercial) ; des matériels de transport : automobiles particulières, où elle est le 4e producteur mondial, avions, matériel ferroviaire, pneumatiques ; du bâtiment, des travaux publics et des industries connexes ; de l'énergie ; de la chimie et des sciences de la vie ; de la pharmacie (avec 100 000 personnes employées, la France est le premier producteur européen de médicaments et le groupe Sanofi-Aventis domine le marché mondiaux des vaccins). On notera aussi le développement des activités « écologiques » (traitement des eaux et des déchets). L'industrie française souffre cependant de quelques faiblesses dans des domaines qui revêtent une importance stratégique pour l'avenir, comme les composants électroniques et les machines-outils.
Sur le plan de l'organisation, l'évolution depuis les années 1980 a été caractérisée par le développement de la sous-traitance et par la généralisation de la politique dite « des flux tendus ». Cette dernière consiste à ajuster la production de tous les biens nécessaires à la fabrication d'un produit en fonction des besoins de la chaîne de montage, afin de diminuer au maximum les stocks et de réduire ainsi les coûts de revient. Sous-traitance comme flux tendus, qui ne présentent pas que des avantages (sensibilité aux mouvements sociaux), ont été permis par l'informatisation et par le développement des transports routiers, particulièrement souples.
Les services dominent l'activité économique de la France, tant du point de vue de l'emploi que de la contribution au produit intérieur brut et à l'équilibre des échanges extérieurs (la France est le second exportateur de services au monde, derrière les États-Unis). Leur diversité est considérable, mais certains d'entre eux revêtent une importance particulière. C'est le cas du commerce, activité ancestrale, qui demeure le premier secteur économique français, employant (avec le secteur des réparations) plus de 3,3 millions de personnes. Sa structure s'est profondément transformée : développement des grandes surfaces généralistes et spécialisées qui a entraîné la fermeture de nombreux petits commerces ; multiplication des centres commerciaux ; constitution de grands groupes de distribution.
Depuis le début des années 1980, les transports ont bénéficié d'un important développement des infrastructures. En matière d'autoroutes, non seulement le réseau en étoile centré sur Paris a été complété, mais des liaisons interrégionales ont été mises en service : Nord-Pas-de-Calais/Alsace, Nord-Pas-de-Calais/Normandie, Bretagne/Aquitaine, Aquitaine/Provence-Alpes-Côte d'Azur, Auvergne/Savoie, pour atteindre plus de 10 000 km de voies autoroutières. Les plates-formes aéroportuaires ont été modernisées et agrandies (Roissy). L'événement le plus spectaculaire a sans doute été la construction de lignes de T.G.V. et du tunnel sous la Manche, qui a permis à la S.N.C.F. de récupérer une partie du trafic passagers qu'elle avait perdu au profit des vols aériens intérieurs. Pour ce qui concerne le fret, la route continue d'accentuer sa prééminence, transportant à elle seule plus que le rail et les voies fluviales, ces dernières étant en régression (le trafic fluvial a diminué de moitié depuis 1970).
Le secteur des télécommunications a connu, à partir de la fin des années 1990, une véritable explosion due au développement d'Internet et surtout du téléphone portable dont l'utilisation a crû à une vitesse stupéfiante.
Le tourisme joue un rôle important dans l'économie française. C'est une activité en développement, bien qu'il soit sensible aux aléas conjoncturels (variation du change, attentats, grèves…). La France est le premier pays au monde pour le nombre de touristes étrangers (81 millions en 2007). Le tourisme intérieur progresse sensiblement et représente à peu près le triple des recettes du tourisme étranger. Au total, le secteur emploie directement (restauration, hôtellerie, agences de voyages) plus d'un demi-million de salariés.
Le plus grand centre touristique du pays demeure Paris, l'une des villes les plus visitées du monde. Parmi les autres lieux les plus attractifs figurent le littoral méditerranéen (Côte d'Azur, Côte languedocienne), le littoral atlantique (surtout les côtes de Bretagne, de Vendée et du Pays basque), les Alpes de Savoie et les châteaux de la Loire; il faut également ajouter Lourdes, un des lieux de pèlerinage les plus fréquentés du monde catholique.
Les Français, continuant de vieillir, ont de plus en plus besoin de services de santé, ce qui dynamise les professions intermédiaires de ce secteur et du travail social (médecins, dentistes, pharmaciens, infirmiers, professions paramédicales, soit environ 800 000 praticiens). Cette progression continue s'est traduite par une crise du financement du système, largement assuré par la Sécurité sociale. Les mesures prises par les gouvernements successifs parviennent difficilement à endiguer la progression régulière des dépenses de santé des Français : les dépenses des régimes maladie augmentent de 3 à 5 % par an – soit nettement plus que le produit intérieur brut –, ce qui conduit à un déficit permanent.
L'économie des Départements et Régions d'outre-mer (D.R.O.M.) et des collectivités d'outre-mer est le plus souvent fortement déséquilibrée, avec des capacités productives modestes. L'agriculture, traditionnellement orientée vers la satisfaction des besoins de la métropole en produits tropicaux (canne à sucre, bananes), ne parvient pas à couvrir les besoins de la population en produits vivriers. L'industrie se limite à quelques entreprises agroalimentaires (sucreries, distilleries). Les services sont en revanche hypertrophiés et pèsent lourdement sur les prix (marges commerciales). Le produit intérieur brut par habitant est à peu près trois fois inférieur à celui de la métropole, mais est souvent très supérieur à celui des États de la région (Antilles, Polynésie…). Il provient à 70 ou 80 % des subventions métropolitaines. Le déficit des échanges extérieurs est considérable : pour l'ensemble des D.R.O.M., les exportations ne représentent que le dixième des importations. Leurs balances des paiements traduisent une extrême dépendance à l'égard de la métropole et, corrélativement, une faible intégration dans leur espace régional (Antilles, océan Indien). Seule la Nouvelle-Calédonie, grâce à sa production de nickel (6e rang mondial), échappe pour partie à ce modèle. Mais son économie n'en demeure pas moins fragile.
Du fait de l'ancienneté de son peuplement, l'espace français est très fortement « humanisé » et connaît, depuis des siècles, des transformations plus ou moins continues. Cette perspective historique ne doit pas être perdue de vue, même si l'évolution s'est accélérée avec la révolution industrielle, et davantage encore depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
L'espace français actuel est le fruit de mouvements de longue durée, mais aussi de l'irruption de facteurs nouveaux qui soit amplifient ces tendances anciennes, soit les contredisent. Son analyse en est donc particulièrement complexe et forcément simplificatrice.
La continuité se manifeste clairement dans un certain nombre de domaines : le poids écrasant (politique, économique, démographique) de Paris et, désormais, de sa Région (Île-de-France) ; la « déruralisation » et, corrélativement, l'urbanisation, qui touche 80 % de la population ; la persistance de certains contrastes de peuplement (faible densité dans les zones montagneuses, attraction des moyennes et basses vallées fluviales).
Les ruptures sont souvent la conséquence des bouleversements que connaît l'économie française : disparition des activités minières, qui a sinistré des régions entières (Nord-Pas-de-Calais, Lorraine) ; transformation des sites industriels avec l'abandon du modèle de l'usine géante et l'émergence des technopôles ; essor du tourisme, qui favorise le développement des espaces littoraux et montagnards, jadis délaissés… Elles sont aussi liées à certains facteurs socio-économiques qui ont profondément modifié les modes de vie, comme la diminution de la durée du travail et le développement corrélatif des activités de loisirs, les nouvelles exigences en matière d'habitat, la généralisation de l'automobile : tout cela a donné naissance à un tissu urbain de type nouveau, relativement peu dense, dévoreur d'espace, et qui caractérise aussi bien les anciennes villes nouvelles (Sénart, Saint-Quentin-en-Yvelines…) que les périphéries des vieilles cités provinciales.
La prise de conscience du déséquilibre Paris-province est ancienne, et l'État, en mettant en place une politique d'aménagement du territoire, s'est efforcé de répondre à ce défi, parfois avec succès, notamment par le biais de subventions et d'avantages fiscaux. Mais le rôle des pouvoirs publics apparaît ambigu. Ainsi, dans le domaine essentiel des transports, le vieux schéma en étoile autour de Paris a été reconduit pour les autoroutes puis pour le T.G.V. Ce n'est que très récemment que le souci de l'interrégionalité a commencé à être pris en compte. L'essentiel du pouvoir politique et économique demeure toujours concentré dans la région parisienne, voire dans Paris intra-muros.
L'image qui prévalait jusque dans les années 1960 d'une France coupée en deux par une ligne Le Havre-Marseille, au nord et à l'est de laquelle se situaient les régions les plus peuplées, les plus urbanisées, les plus industrielles et les plus dynamiques, ne correspond plus à la réalité d'aujourd'hui. Le Nord et la Lorraine se remettent difficilement de la crise minière et métallurgique. Symétriquement, la Bretagne, l'Aquitaine, le Languedoc-Roussillon sont sortis de leur léthargie grâce à l'industrie, à une agriculture performante, au développement de technopôles ou au tourisme.
L'espace français actuel apparaîtrait plutôt comme un ensemble relativement vide d'où émergeraient des régions de prospérité, comme l'Île-de-France, dont la prépondérance est écrasante : avec 11 millions d'habitants, une densité (plus de 900 hab./km2) près de dix fois supérieure à la moyenne nationale et environ 30 % du produit intérieur brut national, c'est la première région industrielle française, la seconde région touristique et le principal pôle du pouvoir politique et économique. D'autres régions se distinguent assez nettement de leurs voisines immédiates par leur poids relatif, tant démographique qu'économique. C'est le cas, notamment, du Nord-Pas-de-Calais, de l'Alsace, de Rhône-Alpes, de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) et du Languedoc-Roussillon. Corrélativement se dessine une large « diagonale du vide » qui traverse la France des Ardennes aux Pyrénées.
Cette France morcelée est néanmoins plus complexe qu'il n'y paraît. L'image de la « diagonale du vide » ne rend pas compte du « vide » alpin ni de celui du sud-ouest du Bassin parisien, de même qu'elle gomme diverses exceptions, dont celle, notable, de la vallée de la Garonne. Surtout, elle englobe des « vides » très différents (Champagne, Auvergne, Pyrénées) du point de vue des activités, du niveau de vie, mais aussi de la dynamique du peuplement (solde migratoire négatif dans le Nord et le Centre, mais positif dans le Midi). Quant aux régions industrialisées, elles sont loin de correspondre à un modèle unique. Outre la région parisienne qui fait figure d'exception, quelques-unes sont attractives (Alsace, vallée du Rhône, littoral méditerranéen), d'autres sont placées devant un difficile problème de reconversion industrielle (Nord-Pas-de-Calais, Lorraine), certaines ont été dynamisées par la décentralisation (ouest d'une ligne allant de Nantes à Montpellier).
Le monde rural se dépeuple de ses paysans, les superficies cultivées décroissent régulièrement, la spécialisation et le productivisme agricoles altèrent les paysages et menacent les équilibres biogéologiques. Malgré un relatif changement de tendance au cours des années 1990, les centres-villes se sont vidés de leurs habitants, à l'image de Paris intra-muros, au profit de banlieues tentaculaires, dévoreuses d'espace, impersonnelles. Malaise paysan, crises des banlieues : ces deux maux français de la fin du XXe s. prouvent à l'évidence que de nouvelles formes d'occupation de l'espace sont à inventer. Cette révolution passe non seulement par la poursuite d'une politique de solidarité envers les régions défavorisées, mais aussi peut-être par l'abandon d'un modèle de croissance hérité de l'après-guerre, axé sur le quantitatif, une telle exigence allant apparemment à l'encontre des impératifs de concurrence dictés par la mondialisation des économies. Le défi est certes considérable, mais laisser son espace se banaliser et se désagréger serait probablement une erreur stratégique de la part d'un pays dont l'image à l'étranger est restée synonyme de qualité.
baptême de Clovis, roi des Francs Saliens, peuple dont le centre de gravité se situe entre Tournai et Cologne, et qui a étendu sa domination sur la Gaule du Nord.
507 : victoire de Clovis sur les Wisigoths à Vouillé, qui fait de lui le maître des pays entre Loire et Pyrénées, sauf de la côte méditerranéenne.En 511, à la mort de Clovis, se forment trois royaumes : l'Austrasie, la Neustrie et la Bourgogne, qui se combattent et ne retrouvent un semblant d'unité que sous Clotaire Ier (558-561), Clotaire II (613-629) et Dagobert Ier (629-639). La période suivante, du milieu du VIIe s. au milieu du VIIIe s., est celle des rois fainéants. L'Aquitaine et l'Armorique sont perdues. L'aristocratie (notamment les maires du palais) s'affermit aux dépens du pouvoir royal. En 687, Pépin de Herstal devient le chef réel des trois royaumes. De 721 à 741, son fils Charles Martel est maître des trois royaumes ; il écrase les Sarrasins à Poitiers (732). En 751, Pépin le Bref se débarrassera du dernier Mérovingien, Childéric III.
Le roi considère le royaume comme son patrimoine et dirige ses sujets comme un propriétaire ses paysans. Ses serviteurs constituent un embryon d'administration (maréchal, sénéchal, maire du palais) ; en province, le comte a les pouvoirs du roi (sauf la justice, rendue par les rachimbourgs), mais les évêques sont d'autres agents du pouvoir royal.
La vie rurale reste dominante, la forêt recouvrant encore d'immenses espaces. Les grands domaines à la romaine constituent la principale forme d'exploitation. Cependant, une classe de petits propriétaires, possesseurs de manses, se développe sous l'influence germanique. Le monachisme, revigoré à la fin du VIe s. par les Irlandais (Colomban, fondateur de Luxeuil, vers 590), puis par les bénédictins, s'inscrit naturellement dans l'existence paysanne. Les villes se maintiennent, mais elles perdent leur rôle administratif et commercial pour ne garder que le double caractère militaire et religieux.
Pépin le Bref, fondateur de la dynastie carolingienne, couronné roi des Francs par saint Boniface (751), écrase les Lombards et donne au pape la région de Ravenne. Il conquiert la Septimanie sur les Arabes et annexe l'Aquitaine.
768-814 :Charlemagne, protecteur de la papauté, couronné empereur d'Occident par le pape Léon III, à Rome (800). Création d'un empire de l'Èbre à l'Elbe. Annexion de la Lombardie (774) et de la Bavière (788). Soumission des Saxons (772-804) et des Avars en Pannonie (791-805). Échec en Espagne : massacre de Roland à Roncevaux et conquête limitée à la Catalogne.
814-840 :Louis Ier le Pieux ne peut maintenir la cohésion de son empire face à la révolte de ses fils : Lothaire Ier (empereur, 840-855), Louis le Germanique (roi des Francs orientaux [817-843], puis de Germanie [843-876], Charles II le Chauve (roi de France).
843-877 :Charles II le Chauve, premier roi de France (Francia occidentalis). Alliance de Louis le Germanique et de Charles par le serment de Strasbourg ; partage de l'Empire par le traité de Verdun (843). Décadence de l'Empire carolingien ; nouvelles vagues d'invasions : raids sarrasins en Provence, razzias des Normands. Naissance de principautés territoriales, désormais aux mains des grandes familles.
877-884 : règnes de Louis II le Bègue (877-879), de Louis III et de Carloman (879-882), puis de Carloman seul (882-884).884-887 : régence du royaume à Charles III le Gros, roi de Germanie, incapable de conjurer le péril normand.888 :couronnement du comte Eudes, défenseur de Paris, roi de 888 à 898. Après lui, la couronne de France alterne entre ses descendants (Robertiens) et les Carolingiens : Charles III le Simple (898-923), Robert Ier (922-923), Raoul de Bourgogne (923-936), Louis IV d'Outremer (936-954), Lothaire (954-986), Louis V (986-987).
911 : installation des Normands en Normandie (traité de Saint-Clair-sur-Epte).987 :mort du dernier souverain carolingien et élection de Hugues Capet. Début de la dynastie capétienne.
Le roi tente de gouverner directement par l'envoi en province d'enquêteurs (missi dominici) et par des réunions régulières des grands propriétaires, qui ratifient les décisions impériales et rendent la justice. L'Église est un instrument de gouvernement et le guide de la civilisation ; évêques et surtout moines sont les éléments essentiels de la renaissance carolingienne (lettres et arts). La vassalité et le « bénéfice » sont introduits dans l'organisation de l'État : c'est la naissance de la féodalité.
La base matérielle du pouvoir carolingien réside dans les domaines royaux, qui, par leur mode d'exploitation, leur structure et leur rôle économique, forment le type des zones de grande propriété, caractéristiques de l'époque carolingienne ; de nombreux esclaves (serfs) y sont employés. À ces domaines royaux, il faut joindre les grands domaines ecclésiastiques. À côté de manses serviles se développent des manses libres.
Avec les Capétiens, il n'y a jamais de minorité : à chaque avènement, le roi est un adulte. Hugues Capet, de son vivant, prend soin de faire sacrer son fils. Le sacre fait du roi un personnage différent des autres féodaux, même si nombre de ceux-ci sont autrement puissants que lui.
987-1108 :Hugues Capet (987-996), Robert II le Pieux (996-1031), Henri Ier (1031-1060) et Philippe Ier (1060-1108), les premiers Capétiens, sont impuissants face aux grandes principautés qui les entourent. À l'intérieur de leur propre domaine, ils sont en butte à de puissants seigneurs. En politique extérieure, les premiers Capétiens ne jouent aucun rôle : ils ne participent pas à la première croisade, et le faible Philippe Ier ne peut empêcher son puissant vassal, le duc de Normandie, Guillaume Ier le Conquérant, de devenir roi d'Angleterre en 1066. L'époque est marquée par un premier essor de la civilisation, dû à la fin des invasions. La rénovation religieuse vient non pas des évêques – trop liés au système patronal de la féodalité –, mais des moines (Cluny) ; pèlerinages, croisades, trêves de Dieu, chevalerie en sont des manifestations.
1108-1180 :règnes décisifs de Louis VI le Gros (1108-1137) et de son fils Louis VII le Jeune (1137-1180), dont l'abbé de Saint-Denis, Suger (?-1151), est le conseiller. Ces souverains poursuivent la reprise en main de leur domaine propre par les armes, les rachats et les alliances matrimoniales. De plus en plus fréquemment, le roi est appelé à intervenir comme arbitre et juge (chartes communales) ; Paris devient décidément la capitale du royaume.Par un jeu subtil, les Capétiens s'efforcent d'agrandir leur domaine aux dépens des grands barons, sur les domaines desquels le roi exerce des droits de suzeraineté. Le seul véritable danger pour la royauté vient du duc de Normandie, devenu, en 1066, roi d'Angleterre et bientôt maître, en France même, sous les Plantagenêts, du vaste « Empire angevin ».
Un net accroissement de population (malgré épidémies et famines) coïncide alors avec un bouleversement considérable de la vie agricole traditionnelle. Les petites tenures se multiplient au bénéfice des cellules familiales et villageoises ; les seigneurs attirent des « hôtes », qui jouiront d'une condition non servile, d'un terrain, et d'une maison pour lesquels ils versent une modique redevance. La vie de relation renaît : hommes, marchandises et idées (cathares, vaudois) circulent intensément sur des routes terrestres et fluviales en pleine rénovation ; une classe de financiers, de négociants se crée ; les foires deviennent les rendez-vous périodiques des professionnels de la marchandise. On assiste à la naissance d'agglomérations nouvelles (bourgs, faubourgs). Dans ce milieu urbain se développe une bourgeoisie de plus en plus puissante, ayant le sens de la solidarité et avide d'autonomie militante et d'émancipation (communes). Le progrès se manifeste aussi dans la transmission du savoir (Abélard, Anselme) et dans la formation des maîtres autour des cathédrales et dans les monastères. L'Antiquité resurgit dans l'art de raisonner et aussi dans l'architecture et la décoration, qui trouvent leur épanouissement avec l'art roman, puis avec l'art gothique.
1180-1223 :règne du fils de Louis VII, Philippe II Auguste, qui affirme la puissance de la monarchie capétienne et lui donne son caractère national. Il fait preuve, dans sa lutte contre la puissance des Plantagenêts, d'une inflexible volonté. Sa politique annexionniste suscite contre la France la coalition de l'Angleterre, de la Flandre et de l'Empire, que Philippe Auguste brise aux batailles de la Roche-aux-Moines et de Bouvines (1214), provoquant le premier sursaut d'un véritable sentiment national.
1223-1226 : règne de Louis VIII, qui soumet le Languedoc (son successeur héritera du comté de Toulouse [traité de Paris en 1229]).1226-1270 :règne de Louis IX, ou Saint Louis. Blanche de Castille assure d'abord la régence et réprime les troubles suscités par les féodaux. Louis IX apparaît comme le garant de la justice, de la paix et de l'ordre chrétien ; il sera le dernier roi chevalier (7e et 8e croisade).
1270-1285 :règne de Philippe III le Hardi, qui s'illustre surtout par l'inféodation de la politique royale aux ambitions méditerranéennes de Charles d'Anjou.
1285-1314 :règne de Philippe IV le Bel. Le conflit franco-anglais se rallume ; s'il acquiert le Barrois et le Lyonnais (1301), le roi ne peut mettre la main sur la Flandre (échec de Courtrai, 1302). Une monarchie résolument nationale s'affermit, qui s'appuie sur le droit romain, joue de l'effacement de l'Empire et contribue à celui du Saint-Siège (conflit avec Boniface VIII).
1314-1328 :après le court règne de Louis X le Hutin (1314-1316), la couronne passe à un fils posthume de ce dernier, Jean Ier, qui ne règne que quelques jours (1316). C'est alors qu'on décide d'écarter les femmes du trône de France en se référant à une prétendue loi salique. En réalité, on craint de voir un prince étranger régner sur la France. Aussi la couronne passe-t-elle à un frère de Louis X, Philippe V le Long (1316-1322), puis à un autre frère, Charles IV le Bel (1322-1328) ; ces rois ne laissant que des filles, le trône reviendra à un Valois, Philippe VI.
Le roi d'Angleterre Édouard III est par sa mère, Isabelle de France, le petit-fils de Philippe le Bel, alors que le nouveau roi de France, Philippe VI (1328-1350), n'est que son neveu, en ligne masculine. Mais, par le traité de Paris de 1259, le roi d'Angleterre doit l'hommage au roi de France pour ses possessions continentales, comme l'Aquitaine, et il relève par là de la juridiction française, source d'infinies contestations. La guerre commence en 1337 avec le refus d'hommage d'Édouard III, qui cherche à faire valoir ses droits à la couronne de France. La France subit de sérieuses défaites (L'Écluse, 1340 ; Crécy, 1346 ; Calais, 1347). Mais, en 1349, Philippe VI reçoit le Dauphiné en héritage.
La Peste noire, qui ravage la France et l'Europe occidentale (1348-1349), suspend les hostilités. Celles-ci reprennent sous Jean II le Bon (1350-1364), lorsque le fils d'Édouard III, le Prince Noir, dévaste l'Aquitaine. C'est en voulant le contrer que Jean le Bon est battu en 1356 à la bataille de Maupertuis, près de Poitiers, et est fait prisonnier.
La captivité du roi engendre des troubles à Paris, où le mécontentement éclate aux états convoqués en 1356 par le dauphin Charles, devenu en l'absence de son père lieutenant général du royaume. Effrayés, les bourgeois se rassemblent derrière le Dauphin.
Au traité de Brétigny (1360), Édouard III renonce au trône de France, mais il conserve l'Aquitaine, le Poitou, l'Aunis, la Saintonge et Calais. Jean le Bon est libéré contre une forte rançon ; ne pouvant l'acquitter, il retourne en Angleterre, où il meurt presque aussitôt (1364). Devenu roi, son fils Charles V (1364-1380), en exploitant les ambiguïtés du traité de Brétigny, va, aidé de Du Guesclin, récupérer la plupart des possessions anglaises. Charles V sait s'entourer d'excellents conseillers et fortifie le pouvoir royal (fiscalité). L'année même de son avènement, Du Guesclin remporte sur Charles le Mauvais la bataille de Cocherel, puis il débarrasse la France des Grandes Compagnies. Par une suite d'opérations bien conduites, il s'empare de presque tout le Sud-Ouest ainsi que de la Bretagne. À la fin du règne de Charles V, les Anglais ne possèdent plus en France que Calais, Bordeaux et Bayonne.
Tout est compromis sous le règne de Charles VI (1380-1422) : la folie du roi, survenue en 1392, livre le royaume à ses oncles, à son frère Louis d'Orléans et à la reine Isabeau de Bavière. Le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, fait assassiner Louis d'Orléans en 1407 : ce meurtre est à l'origine du conflit entre Armagnacs et Bourguignons. Ces derniers s'allient au roi d'Angleterre Henri V, qui bat à Azincourt les Armagnacs et les troupes royales (1415). Cependant, inquiet des progrès anglais, Jean sans Peur tente de se rapprocher du Dauphin. À l'entrevue du pont de Montereau, il est assassiné dans une rixe avec les gens du Dauphin (1419). Sa mort fait passer son héritier, Philippe le Bon, dans le camp anglais. Au traité de Troyes de 1420, Philippe le Bon, Henri V et Isabeau de Bavière s'entendent pour déposséder le Dauphin de ses droits. Le roi d'Angleterre épouse la fille de Charles VI, Catherine, et devient l'héritier du trône de France. Henri V meurt deux mois avant Charles VI (1422). Le jeune roi de France Charles VII (1422-1461) ne possède à son avènement que quelques terres au sud de la Loire. Jeanne d'Arc lui donne confiance et force les Anglais à lever le siège d'Orléans. Elle bat ensuite Talbot à Patay et va à Reims faire sacrer Charles VII (juillet 1429). Ni son échec devant Paris, ni sa captivité, ni son supplice par les Anglais à Rouen (1431) n'arrêtent l'impulsion donnée par elle. À la paix d'Arras (1435), Charles VII se réconcilie avec le duc de Bourgogne, puis s'emploie à remettre de l'ordre dans le royaume. En 1438, par la pragmatique sanction de Bourges, il réorganise l'Église de France et affirme son indépendance vis-à-vis du pouvoir pontifical. Il met fin ensuite à une tentative de révolte des derniers grands féodaux, la Praguerie.
bien conseillé par son trésorier Jacques Cœur, Charles VII reconstitue ses finances et dote le royaume d'une solide armée et d'une excellente artillerie, qui lui permettent de chasser définitivement les Anglais hors de France (1450-1453). Ceux-ci ne possèdent plus en France que Calais.
1461-1483 :règne de Louis XI, qui lutte à son tour victorieusement contre les grands seigneurs, unis dans la ligue du Bien public (1465), et qui s'emploie à agrandir le royaume. En 1481, il recueille l'héritage de la maison d'Anjou, c'est-à-dire la Provence, le Maine et l'Anjou. Il a enlevé le Roussillon à l'Aragon. Sa tâche la plus lourde consiste à briser la maison de Bourgogne en la personne de Charles le Téméraire ; il y parvient partiellement, acquérant la Bourgogne (1482), mais il n'a pu empêcher le mariage de Marie de Bourgogne, fille de Charles, avec Maximilien de Habsbourg.
règne de Charles VIII, qui, en épousant (1491) l'héritière de Bretagne, Anne, prépare l'annexion de la Bretagne à la France. Héritier de la maison d'Anjou à Naples, le roi mène une expédition aventureuse en Italie (1494-1497) ; il doit céder devant la coalition du pape, de Venise, de Ferdinand d'Aragon et de l'empereur Maximilien.
1498-1515 :règne de Louis XII, et continuation de cette politique, qui s'aggrave des prétentions de la maison d'Orléans sur le Milanais. Après quelques succès à Agnadel (1509) et surtout à Ravenne (1512), Louis XII perd l'Italie.
1515-1547 :règne de François Ier, Valois de la branche d'Angoulême. Il a épousé en 1514 Claude de France, fille de Louis XII et d'Anne ; ainsi, le duché de Bretagne restera définitivement à la France (1532). Le roi reconquiert le Milanais après la victoire de Marignan (1515). La paix perpétuelle est signée avec les cantons suisses (1516) : elle donne au roi de France le droit de lever régulièrement des mercenaires suisses. Mais la menace vient désormais de la maison d'Autriche : Charles de Habsbourg, héritier des possessions bourguignonnes (Pays-Bas, Franche-Comté), roi d'Espagne, est élu empereur du Saint Empire, en 1519, sous le nom de Charles Quint. Enserré de toutes parts par les possessions du Habsbourg, qui désire de plus conserver la Bourgogne du Téméraire, François Ier entame une lutte de longue haleine. S'il est battu et fait prisonnier à Pavie en 1525, il peut, à la paix des Dames en 1529, conserver la Bourgogne. Allié des Ottomans, François Ier fait triompher une politique d'équilibre, mais il a échoué dans sa tentative d'alliance avec les Anglais (1520), qu'il aura aussi à combattre.
1547-1559 :règne d'Henri II, qui poursuit la lutte, marquée par une alternance de revers et de succès. Au traité du Cateau-Cambrésis (1559), la France perd ses conquêtes en Italie, mais garde Calais (repris aux Anglais en 1558) et les Trois-Évêchés (Metz, Toul et Verdun). Début des guerres de Religion.
Sous François Ier, l'autorité royale s'enracine. Les nobles passent progressivement sous la dépendance royale au sein d'une cour fastueuse, mais nomade (châteaux de la Loire). Le clergé se soumet à la domination royale (concordat de Bologne, 1516) ; des secrétaires d'État sont mis en place (quatre en 1547) ; l'administration provinciale se développe (institution des généralités et création des « commissaires départis » sous Henri II). En 1539, l'ordonnance de Villers-Cotterêts impose l'emploi du français à la place du latin dans les actes officiels. L'afflux de métaux précieux américains suscite un intense mouvement commercial, qui enrichit le pays mais fait monter les prix. À l'accélération économique générale sont liés l'intensification du grand commerce maritime (création du Havre) et le développement des industries de luxe, conséquence du développement du crédit public et de la capacité d'épargne.
La France est travaillée par l'esprit de réforme religieuse, l'évangélisme. Humanistes et réformateurs se rejoignent dans une commune volonté de revenir à la Bible. Au début, le pouvoir se montre tolérant, voire bienveillant, envers le mouvement évangélique de Lefèvre d'Étaples et de Guillaume Briçonnet, et laisse les doctrines luthériennes pénétrer en France. Après l'affaire des Placards (1534), François Ier sévit, mais la Réforme va continuer ses progrès, surtout grâce à Calvin.
1559-1589 :sous les trois fils d'Henri II, François II (1559-1560), Charles IX (1560-1574) – qui vivent dans l'ombre de la reine mère Catherine de Médicis –, puis Henri III (1574-1589), la France est dévastée par les terribles guerres de Religion, qui, à travers des épisodes favorables tantôt à l'un tantôt à l'autre parti, culminent avec le massacre de la Saint-Barthélemy (1572). Le règne du dernier Valois, Henri III, est particulièrement dramatique, car au roi et au protestant Henri de Navarre s'oppose la Ligue catholique, qui fait appel aux Espagnols et se fait l'instrument de l'ambition des Guises. En 1588, Henri de Guise oblige Henri III à s'enfuir de Paris et à se réfugier à Blois, où le roi convoque les états généraux. À Blois, Henri III fait exécuter le duc Henri de Guise et son frère Louis, cardinal de Lorraine. Au début de 1589, il s'allie avec Henri de Navarre ; les deux armées viennent mettre le siège devant Paris, où Charles, duc de Mayenne, frère d'Henri de Guise, et la Ligue ont pris le pouvoir. C'est alors qu'un fanatique, Jacques Clément, assassine Henri III (1589), dont l'héritier est Henri de Navarre (Henri IV).
Le roi remporte d'abord les victoires d'Arques (1589) et d'Ivry (1590) sur les ligueurs, qui refusent de le reconnaître, mais il échoue devant Paris. La Ligue et les Espagnols s'allient contre lui. La fille de Philippe II, Isabelle, prétend à la couronne de France (états généraux de Paris, 1593). Mais l'abjuration d'Henri IV à Saint-Denis (25 juillet 1593) sauve la France du protectorat espagnol. Le roi est sacré à Chartres (février 1594). Il entreprend la pacification et la reconstruction de la France. L'édit de Nantes (13 avril 1598) donne la liberté de culte aux protestants, garantie, notamment, par l'occupation, pendant huit ans, d'une centaine de places de sûreté. Les protestants recouvrent tous leurs droits civiques et conservent leurs synodes provinciaux et nationaux. Le traité de Vervins (mai 1598) confirme le traité du Cateau-Cambrésis.
L'autorité royale se rétablit : limitation du droit de remontrance des parlements, restriction des pouvoirs des gouvernements de province, abaissement des Grands.
Les finances et l'économie sont restaurées grâce à Sully, surintendant général des Finances en 1598 ; la colonisation reprend (fondation de Québec, 1608) ; un véritable mercantilisme national est instauré par Barthélemy de Laffemas. Le 14 mai 1610, Henri IV est assassiné par Ravaillac.
Le roi n'a que neuf ans à son avènement, et le parlement déclare régente la reine mère Marie de Médicis. Celle-ci se laisse dominer par des aventuriers italiens, les Concini. Les protestants, inquiets de l'influence d'un catholicisme conquérant lié à la Contre-Réforme et les Grands s'agitent.
Le 24 avril 1617, Concini est assassiné avec le consentement du jeune roi, qui donne sa confiance à un favori, Luynes ; ce dernier doit faire face à des soulèvements nobiliaires et à la révolte des protestants du Midi. Luynes meurt après avoir échoué à Montauban (1621).
Pour concilier les intérêts de l'Église et ceux de la diplomatie française, la reine mère fait entrer au Conseil Richelieu, qui en devient le chef (1624). Richelieu s'emploie à éliminer le danger politique protestant. Après la prise de La Rochelle (1628), les protestants sont contraints à la reddition. L'Édit de grâce d'Alès (1629) leur confirme la tolérance, mais supprime leurs places de sûreté. Le cardinal entreprend la lutte contre les Grands et les oligarchies d'officiers ; il doit déjouer de nombreux complots, soutenus par la famille royale ; Chalais (1626), le duc Henri II de Montmorency (1632), Cinq-Mars (1642) sont exécutés.
La guerre de Trente Ans favorise le développement de l'absolutisme et la centralisation monarchique. Généralisation des « commissaires départis », devenus « intendants de justice, police et finances ».
L'empire colonial s'étend : développement de la colonisation au Canada (fondation de Ville-Marie [Montréal], 1642) ; installation française à la Guadeloupe et à la Martinique (1635) ; comptoirs au Sénégal et à Madagascar.
Assez vite, Louis XIII et le cardinal sacrifient tout à la lutte contre les Habsbourg (guerre de Trente Ans). L'économie française subit les contrecoups de cette guerre, qui se prolongera jusqu'en 1659. Écrasées d'impôts, les populations rurales se révoltent en de nombreux endroits.
Le 18 mai 1643, le parlement annule le testament de Louis XIII. Le Conseil de régence est supprimé ; le jeune souverain n'ayant que cinq ans, les pleins pouvoirs sont donnés à Anne d'Autriche, qui appelle Mazarin comme chef du gouvernement. La guerre continuant (victoire de Condé à Rocroi en 1643, à Lens en 1648, juste avant les traités de Westphalie), les finances sont dans un état déplorable ; le gouvernement recourt aux expédients. Les abus de l'État provoquent l'intervention du parlement, dont les meneurs (Broussel) sont arrêtés. Alors éclate la Fronde parlementaire (1648-1649), que suit la Fronde des princes (1650-1652), dont le bilan politique, pour les frondeurs, est entièrement négatif. Mazarin est alors plus fort que jamais. Le traité des Pyrénées (1659), en consacrant le triomphe de la France sur l'Espagne, lui vaut l'Artois et le Roussillon ; complété par la paix d'Oliva (1660) en Europe du Nord, il fait de la France l'arbitre de l'Europe. En 1660, Louis XIV épouse l'infante Marie-Thérèse, mariage qui ouvre les perspectives d'une succession d'Espagne.
La première moitié du XVIIe s. est l'âge d'or de l'Église de France. L'école française de spiritualité rayonne sur le monde, mais l'art et la littérature baroques influencent les œuvres françaises. Cependant, au plus fort de son élan, la Réforme catholique s'interroge et se divise : c'est la crise du jansénisme.
Lorsqu'il meurt en 1661, Mazarin a déjà fait de Louis XIV le Grand Roi. Tout le pouvoir est entre les mains de ce dernier, qui sait s'entourer d'excellents seconds comme Colbert, Lionne, Le Tellier et Louvois.
Le clergé est strictement hiérarchisé ; tous les pouvoirs spirituels appartiennent aux évêques, bien tenus en main par le roi. Quant à la noblesse, elle n'est pas homogène ; la grande noblesse de cour, prisonnière du luxe versaillais et des dettes qu'elle y contracte, dépend entièrement du roi, dont elle attend charges et gratifications. La bourgeoisie commerçante est désireuse de paix et d'ordre, tandis que monte, favorisé par les dépenses de guerre, le groupe social des financiers.
En 1682, le clergé vote la Déclaration des Quatre Articles, qui donne sa charte à l'Église gallicane. Le roi lutte contre l'influence du pape (affaire de la Régale ; occupation d'Avignon, 1689-1690 ; affaire de la garde corse, etc.). Toute tendance hétérodoxe est pourchassée ; le jansénisme est persécuté durant tout le règne (destruction de Port-Royal en 1709). La révocation de l'édit de Nantes, en 1685, provoque l'exil de plus de 300 000 réformés et la persécution des autres : elle culmine avec la révolte des camisards à la fin du règne (1702-1710). Les mystiques même sont suspects. Fénelon est disgracié, puis condamné en 1699 pour avoir soutenu le quiétisme. Le règne de Louis XIV est marqué aussi par une immense tentative d'équipement économique, dont Colbert – partisan du mercantilisme – est le principal animateur.
Si Colbert assure à Louis XIV une marine efficace, Louvois lui fournit une armée bien équipée. À la paix de Nimègue (1678), la France reçoit la Franche-Comté, le reste de l'Artois, Cambrai, Valenciennes, Maubeuge. Louis XIV prétend résoudre par voie d'autorité les problèmes territoriaux qui subsistent entre la France et ses voisins, notamment l'Empire. C'est la discutable politique des réunions (Alsace, Palatinat). La ligue d'Augsbourg se forme en 1686 ; malgré les victoires de Luxembourg, la paix de Ryswick (1697) ne donne à la France que Strasbourg. La coûteuse guerre de la succession d'Espagne (1701-1714) mène la France au bord du gouffre. Mais la victoire de Denain (1712) permet d'éviter le pire. Aux traités d'Utrecht et de Rastatt (1713-1714), si Philippe V reste roi d'Espagne, la France est ramenée aux limites du traité de Ryswick. Le règne de Louis XIV se termine dans la lassitude générale.
Le successeur du Roi-Soleil, son arrière-petits-fils, Louis XV, est un enfant de cinq ans. Le duc d'Orléans, Philippe, assure la régence. Cette période est caractérisée par une réaction générale contre l'austérité de la fin du règne de Louis XIV. La dette s'est accrue ; devant l'insuffisance des résultats des premières mesures, le Régent fait appel à John Law, qui crée d'abord une banque privée, puis tente vainement une conversion de la dette publique (1716-1720).
Après la mort du Régent (1723) et le ministère du médiocre duc de Bourbon (1723-1726), Louis XV, majeur depuis 1723, confie l'État au cardinal Fleury, qui fait régner la paix, l'ordre et la prospérité. L'essor du commerce est remarquable et porte particulièrement sur les produits coloniaux.
Fleury maintient l'alliance avec l'Angleterre, tout en recherchant celle de l'Autriche. La guerre de la Succession de Pologne, dans laquelle il est contraint d'intervenir en 1733, fait de Stanislas Leszczynński, au traité de Vienne (1738), le duc d'une Lorraine qui, à sa mort (1766), reviendra à la France. Après la mort de Fleury (1743), Louis XV gouverne par lui-même.
La guerre de la Succession d'Autriche (1740-1748) voit l'Angleterre, dans le camp autrichien, se faire battre à Fontenoy (1745) par les Français de Maurice de Saxe, et en Inde, par La Bourdonnais, qui s'empare de Madras (1746). La paix d'Aix-la-Chapelle (1748) ne rapporte rien à la France. En Inde et en Amérique, les hostilités se poursuivent avec l'Angleterre sous le couvert des compagnies de commerce. En 1756, le « renversement des alliances », qui voit la France s'unir à l'Autriche et l'Angleterre à la Prusse, précède de peu la guerre de Sept Ans (1756-1763). Sur le continent, la France est battue par Frédéric II à Rossbach (1757), et les Anglais s'emparent du Canada (1760) et de l'Inde (1761). Le traité de Paris (1763) fait perdre à la France le Canada, la Louisiane et l'Inde, et consacre la prépondérance coloniale et économique de l'Angleterre.
Des tentatives de réforme financière (impôt du vingtième) menées par Machault d'Arnouville, se heurtent à l'opposition des privilégiés. De 1758 à 1770, Choiseul, absorbé par la guerre et la diplomatie, dirige une politique d'accommodement. Après le traité de Paris, des réformes militaires et navales sont mises en place, mais les parlements de Rennes et de Paris s'opposent à la levée de nouvelles taxes ; Choiseul, accusé de soutenir les parlements, est renvoyé (1770). Cependant, celui-ci a enregistré des succès en politique extérieure : réunion de la Lorraine en 1766, achat de la Corse en 1768.
Le triumvirat Maupeou-Terray-d'Aiguillon (1740-1774) est substitué à Choiseul. Maupeou supprime le parlement de Paris (1771) et le remplace par six conseils supérieurs ; il abolit la vénalité des offices. Les banqueroutes partielles tentées par Terray coïncident avec une grave disette (1773).
Depuis 1740, le pays connaît une véritable révolution démographique, due à la fin des famines et des grandes épidémies, et aux progrès de la médecine. La longévité augmente et la mortalité infantile diminue. En 1789, la France aura 26 millions d'habitants. Cet essor favorise la consommation et, partant, la production. C'est aussi un facteur d'urbanisation et donc d'industrialisation.
La bourgeoisie, amie de la vie opulente, adopte et patronne les « lumières » propagées par les philosophes et les Encyclopédistes, lumières qui, en se répandant, font de l'Europe une « Europe française ».
À partir de 1774, le contrôleur général Turgot adopte une politique de libéralisme économique. Mais ses réformes échouent devant l'opposition des privilégiés et des spéculateurs. Turgot est renvoyé (mai 1776), alors qu'une grave récession économique touche la France. Son successeur, Necker, préfère, à des réformes profondes, une politique fondée sur l'emprunt et la simplification de l'administration financière (développement de la régie). La création d'assemblées provinciales, en vue de faire participer la nation à l'administration du royaume, se heurte à l'opposition des parlements. En 1781, Necker publie un « compte rendu au roi » concernant la situation budgétaire ; la violente réaction des courtisans privilégiés provoque son renvoi.
De 1783 à 1787, Calonne essaie alors une politique de facilité : « Dépenser pour rétablir la confiance ». De grands travaux sont lancés pour stimuler l'économie (Le Havre, Cherbourg) ; mais, en février 1787, la réunion de l'assemblée des notables s'oppose à toute réforme supprimant les privilèges ; Calonne est renvoyé en avril. À l'extérieur, Vergennes pratique une politique de prestige ; il intervient dans la guerre de l'Indépendance de l'Amérique sans pour cela abattre la puissance anglaise.
Loménie de Brienne, qui succède à Calonne, ne peut plus rien d'efficace, car il se heurte aux puissants parlements, notamment en Béarn, en Bretagne et dans le Dauphiné. Il pousse la réforme de Lamoignon (8 mai 1788), qui dissocie les pouvoirs politiques et judiciaires des parlements, mais il se heurte à une telle opposition que la réunion des états généraux, réclamée par l'opinion, est accordée (8 août 1788). Le 25 août 1788, Loménie de Brienne est renvoyé et remplacé par Necker, dont la popularité s'accroît quand il accorde le doublement du tiers état pour la représentation aux États généraux. Les élections se déroulent au printemps de 1789 dans un calme troublé par les émeutes de la faim (récolte désastreuse de 1788).
Les États généraux se réunissent à Versailles le 5 mai 1789. Les partisans des réformes (tiers, bas clergé et quelques nobles) sont numériquement les plus nombreux et souhaitent le vote par tête. Le roi ne décidant rien, le tiers se déclare Assemblée nationale et s'engage par le serment du Jeu de paume (20 juin) à donner une constitution au pays. Louis XVI cède et, le 9 juillet, les États généraux deviennent Assemblée nationale constituante ; le renvoi de Necker (11 juillet) et la prise de la Bastille par les Parisiens (14 juillet) relancent le conflit.
Une municipalité révolutionnaire et une garde nationale s'installent à Paris, bientôt imité par les villes de province. L'ancienne administration s'effondre tandis que la révolte agraire arme les campagnes contre leurs seigneurs et les privilèges. Cette révolte se mue (seconde quinzaine de juillet) en un mouvement plus vaste et déroutant, une panique collective qu'on appelle la Grande Peur et qui déconcerte l'Assemblée bourgeoise ; celle-ci va désormais contrôler et diriger la Révolution populaire. Dans la nuit du 4 août 1789, elle abolit les privilèges et les droits féodaux, avant de voter la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (26 août). Le rappel de quelques troupes à Versailles mécontente les Parisiens, qui, les 5 et 6 octobre, envahissent Versailles et ramènent de force la famille royale à Paris. Avant même l'achèvement du texte constitutionnel, la pression des besoins financiers entraîne la Révolution à mettre à la disposition de la nation les biens du clergé (2 novembre 1789). Les acquéreurs de ces biens nationaux (un dixième du territoire) seront surtout des bourgeois ou des paysans aisés, qui vont former une masse (3 millions d'individus) naturellement attachée aux réalisations de la Révolution.
Cette nationalisation est inséparable de la fonctionnarisation qu'entreprend la Constitution civile du clergé (12 juillet 1790) ; celle-ci provoque une cassure entre prêtres ayant prêté le serment civique et les réfractaires, et bouleverse en fait la vie chrétienne en France (Église constitutionnelle). La Constituante remplace toutes les structures administratives de l'Ancien Régime, souvent incohérentes ; 83 départements vont servir de cadre aux institutions et fonctions publiques, religieuses, financières de la France contemporaine.
Le 14 juillet 1790, l'achèvement de la Révolution est célébré par la fête de la Fédération. Mais la fuite de Louis XVI et son arrestation à Varennes (nuit du 20 au 21 juin 1791) provoquent un grand trouble. Alors que des pétitionnaires, animés par le club des Cordeliers, réclament la déchéance du roi, La Fayette, commandant la garde nationale, fait tirer sur eux (17 juillet 1791). Et, tandis que l'émigration alimente à l'extérieur des complots contre la France révolutionnaire, nombre de provinces (Ouest et Midi surtout) sont travaillées par un fort mouvement contre-révolutionnaire, auquel s'oppose, à Paris et dans les villes, un mouvement de sans-culottes fortement politisé et qui pousse à la chute de la royauté. La Constitution de septembre 1791 maintient une monarchie héréditaire jouissant d'un veto suspensif face à une Assemblée législative unique ; elle consacre la distinction entre citoyens actifs et citoyens passifs.
Les révolutionnaires bourgeois élus à cette assemblée se divisent en deux clans : les Feuillants, qui veulent « arrêter » la Révolution ; les brissotins ou Girondins, qui veulent la poursuivre dans l'union du peuple et de la bourgeoisie. La guerre va préciser et durcir les attitudes. Elle est voulue à la fois par le roi et la Cour, qui jouent la politique du pire, par La Fayette, à la recherche de la gloire, et les Girondins, qui veulent démasquer le roi. L'Europe, elle, s'inquiète de l'annexion par la France d'Avignon et du comtat Venaissin (septembre 1791). Le 20 avril 1792, la guerre est déclarée « au roi de Bohême et de Hongrie ». Les armées françaises, désorganisées, reculent aux Pays-Bas devant les Autrichiens, tandis que commence l'invasion prussienne en Lorraine. Le 11 juillet 1792, l'Assemblée proclame la patrie en danger ; des volontaires sont levés. Le 10 août 1792, devant la menace prussienne (manifeste de Brunswick, 25 juillet), l'émeute parisienne aboutit à la création d'une Commune insurrectionnelle. L'Assemblée proclame la suspension du roi, qu'elle remplace par un Conseil exécutif provisoire.
D'août à septembre 1792, le péril extérieur s'aggrave (prise de Longwy [23 août], de Verdun [2 septembre]), et la Commune fait régner la première terreur (massacres de Septembre). L'invasion est arrêtée à Valmy le 20 septembre 1792. Le 22, la république est proclamée.
La cassure de la bourgeoisie révolutionnaire, amorcée le 10 août 1792, est confirmée dans la nouvelle Assemblée par l'opposition des Girondins, pour qui le retour à l'ordre est essentiel, le péril social primordial, et des Jacobins (la Montagne), qui opposent à l'aristocratie intérieure et étrangère une révolution décidément populaire.
Au début, les victoires favorisent les Girondins. La Savoie et la Belgique (Jemmapes, 6 novembre 1792) sont annexées. Mais les Montagnards imposent le procès du roi, qui est condamné à mort et exécuté. Autour de l'Angleterre se forme, en février 1793, la première coalition contre la France. À l'intérieur, c'est la crise financière, l'inflation, la crise des subsistances, la misère ouvrière.
Après la défaite de Neerwinden (18 mars 1793), les conquêtes sont perdues, et la France est menacée, d'autant qu'éclate l'insurrection vendéenne. Un Comité de défense générale, un Tribunal révolutionnaire et un Comité de salut public sont créés. Ils se substituent progressivement à l'Assemblée girondine, jugée inactive. Le 2 juin 1793, les Girondins, qui s'opposent aux mesures d'exception, sont éliminés. La province se révolte (Lyon, Est, Midi, Ouest), des mouvements fédéralistes éclatent. Devant la conjonction des périls, la Montagne – dominée par Robespierre, Danton, Marat, Saint-Just – fait bloc avec les forces populaires gagnées par l'hébertisme. Des mesures exceptionnelles sont prises : le maximum, la Terreur, la loi des suspects. Un gouvernement révolutionnaire est constitué : la Convention est assistée de deux conseils, le Comité de salut public et le Comité de sûreté générale (Paris). Des représentants munis de pleins pouvoirs partent en mission en province. Dans le domaine religieux, c'est la « déchristianisation », et, dans le domaine économique, la loi du « maximum général » (septembre 1793). La « levée en masse » (23 août 1793) fournit des hommes aux frontières. La situation à l'extérieur est renversée (victoire de Wattignies, octobre 1793 ; reprise de Toulon, décembre 1793) ; l'insurrection intérieure est matée : défaite vendéenne, reprise de Lyon (octobre 1793). Les robespierristes prennent dès lors les affaires en main ; ils éliminent successivement les hébertistes (mars 1794), puis les indulgents, ou dantonistes (avril 1794). C'est le « règne » de Robespierre (aggravation de la Terreur, culte de l'Être suprême). Mais la victoire de Fleurus (26 juin 1794) et la reconquête de la Belgique rendent, aux yeux de l'opinion, la Terreur inutile, et la désunion du gouvernement révolutionnaire permet à la Convention de se débarrasser de Robespierre (9 et 10 thermidor, 27 et 28 juillet 1794).
Se produit alors une violente réaction antirévolutionnaire qui va jusqu'à l'insurrection royaliste, d'ailleurs réprimée à Quiberon par Hoche (juillet 1795) et à Paris par Bonaparte (vendémiaire an IV).
La Convention thermidorienne est le temps du luxe étalé par les « fripons » qui ont abattu Robespierre, le temps de la misère et des révoltes des sans-culottes parisiens (avril et mai 1795), révoltes écrasées par la force. Les traités de Bâle et de La Haye (avril-juillet 1795) disloquent la première coalition, dont se retirent Prusse, Hollande et Espagne ; la France est maîtresse de la Belgique et de la rive gauche du Rhin. La Constitution de l'an III (1795) instaure le Directoire et entérine le régime censitaire, propice au gouvernement des « propriétaires » ; le décret « des deux tiers » reconduit le personnel thermidorien.
Les révolutionnaires enrichis se maintiennent par des coups de force. En mai 1796, l'armée réprime le complot des babouvistes (conjuration des Égaux). Par le coup d'État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797), les députés royalistes sont arrêtés et déportés. Les députés jacobins sont invalidés par le coup d'État du 22 floréal an VI (11 mai 1798). Le coup d'État du 30 prairial (18 juin 1799) voit la majorité jacobine des conseils contraindre trois directeurs à démissionner.
Régime aux caisses vides, le Directoire utilise la guerre de conquête pour l'argent qu'elle rapporte. Si 1796 voit l'échec du plan Carnot contre l'Autriche (Jourdan, Moreau), Bonaparte mène de mars 1796 à avril 1797 une campagne victorieuse en Italie, et le 18 octobre 1797 est signée la paix de Campoformio : les « Pays-Bas autrichiens » sont annexés ; des États à influence française (les « républiques sœurs ») sont créés. Populaire, Bonaparte emmène ses troupes dans la campagne d'Égypte, dirigée contre l'Angleterre. Mais 1799 voit la formation de la deuxième coalition entre l'Autriche, la Russie et l'Angleterre. La victoire de Masséna à Zurich (septembre 1799) sauve la France.
Bonaparte, de retour d'Égypte (octobre 1799), prend la tête d'un parti révisionniste et renverse le Directoire par le coup d'État des 18 et 19 brumaire an VIII (novembre 1799).
Bonaparte entame aussitôt une série de réformes institutionnelles. En décembre 1799, il rédige la Constitution de l'an VIII et la fait approuver par plébiscite. Elle donne la réalité du pouvoir au Premier consul Bonaparte : celui-ci, en 1802, obtiendra le consulat à vie. En février 1800, l'administration est réorganisée : les institutions locales sont affaiblies au profit d'une forte centralisation (création des préfets et sous-préfets). En mars 1800, la justice est réorganisée : centralisation et hiérarchie entre les juridictions ; suppression de l'élection des juges ; création des cours d'appel. La réorganisation financière se déroule de 1799 à 1801 : les impôts sont centralisés et simplifiés, la Banque de France est créée en février 1800. En mai 1802, la réforme scolaire est promulguée ; les lycées remplacent les écoles centrales.
En même temps, Bonaparte poursuit une politique d'apaisement et de fermeté. À l'égard des royalistes d'abord : 52 000 émigrés sont autorisés à rentrer (octobre 1800) ; les chouans sont amnistiés. Mais, après l'attentat de la rue Saint-Nicaise (décembre 1800) et surtout après celui de Cadoudal, la répression frappe les irréductibles (exécution du duc d'Enghien, 21 mars 1804).
À l'égard des Jacobins ensuite : garantie des biens nationaux, mais répression des conspirations vraies ou supposées. Enfin, il est procédé à la pacification religieuse, notamment par le concordat de 1801. Devant le risque d'opposition anticléricale, Bonaparte ajoute les articles organiques sans consulter le pape. Dans le domaine économique sont prises des mesures protectionnistes (tarifs douaniers).
À l'extérieur, à l'issue d'une nouvelle campagne d'Italie (1800), Bonaparte amène l'Autriche à signer le traité de Lunéville (1801) et récupère en Italie les territoires perdus en 1799. L'Angleterre, isolée, se décide à traiter à son tour (paix d'Amiens, 1802). La popularité du Premier consul est à son zénith. Mais, dès 1803, la paix d'Amiens est rompue par l'Angleterre, inquiète de l'expansion française en matière de colonie (Saint-Domingue) et d'économie. Bonaparte prépare l'invasion de l'île.
En 1804, par la Constitution de l'an XII, ratifiée par plébiscite, Bonaparte devient empereur des Français sous le nom de Napoléon Ier. Il est sacré à Notre-Dame de Paris par le pape (2 décembre). Le régime impérial sera un régime personnel avec quelques apparences libérales (maintien d'assemblées élues, mais elles sont sans pouvoir et elles sont recrutées parmi les notables) et d'autres de caractère monarchique : institution de la Légion d'honneur, qui devient un corps uni au souverain par une allégeance personnelle ; création d'une cour impériale et d'une noblesse d'Empire. Avec la suppression du Tribunat en 1807, l'évolution se fait dans le sens du despotisme. Les moyens de gouvernement se fondent sur la centralisation, une magistrature nommée et surveillée, le développement des impôts indirects par la création de monopoles (tabac), l'importance de la police (Fouché), la surveillance de la presse et des livres, l'action de l'Église, qui soutiendra l'Empereur jusqu'en 1808, le monopole de l'enseignement par l'État (1808) et la surveillance des maîtres.
En matière économique, on note les progrès de l'agriculture, avec des cultures nouvelles, betteraves sucrière (rendue nécessaire par le Blocus continental), chicorée, etc. L'industrie textile (Nord) se développe, ainsi que l'extraction du charbon (Sarre) et la métallurgie (Lorraine, Liège). De nouvelles voies de communication sont créées (Simplon, Mont-Cenis, canal de Saint-Quentin). Mais l'événement capital est l'extinction – due aux défaites navales et au Blocus continental – du grand commerce maritime de la façade atlantique (Nantes, Bordeaux) et de la façade méditerranéenne (Marseille) ainsi que de l'activité économique de l'arrière-pays.
En matière sociale, on assiste à la montée de la bourgeoisie, tandis que se crée une réserve de « notables ». Mais les ouvriers demeurent dans une condition précaire. Si les paysans aisés sont prospères (achat des biens nationaux), le Blocus continental et l'économie de guerre posent de graves problèmes sociaux aux campagnes, où se recrute surtout l'armée impériale. Les ouvriers agricoles sont dans la misère. La conscription, le chômage, les mauvaises récoltes (1811) vont devenir des ferments d'opposition au régime.
L'Empire connaît le fracas des armes. Décidé à envahir l'Angleterre, Napoléon concentre son armée au camp de Boulogne. Pour détourner le danger, les Anglais suscitent la coalition de la Prusse et de l'Autriche contre la France. En octobre 1805, la flotte française est battue à Trafalgar. L'Empereur tente alors de vaincre l'Angleterre sur le continent en combattant ses alliés. La bataille d'Austerlitz (2 décembre) démantèle la 3e coalition (traité de Presbourg). Héritier de la mystique expansionniste révolutionnaire, Napoléon remplace les anciennes républiques sœurs par des royaumes vassaux qu'il distribue à ses parents au fur et à mesure de ses conquêtes. Lui-même est roi d'Italie et protecteur de la Confédération du Rhin, d'où est exclue l'Autriche et qui est érigée sur les ruines du Saint Empire romain germanique. Durant dix années, c'est une suite de victoires contre une coalition toujours vaincue et toujours reformée : Iéna et Auerstedt en 1806, Eylau et Friedland en 1807 (4e coalition) ; Wagram en 1809 (5e coalition). Mais ni les défaites de ses alliés, ni le Blocus continental (1806), ni la guerre de course ne font plier l'Angleterre, qui, libre sur mer, gonfle encore l'Empire colonial britannique au détriment des Français et des Hollandais.
Si la Russie, en 1807, à Tilsit, fait la paix avec Napoléon, son empire reste pratiquement intact ; en 1808, l'Empereur entame en Espagne une guerre qui va le conduire à la ruine ; en occupant Rome (1809) et en traitant le pape Pie VII comme un prisonnier, il s'aliène les catholiques de l'Empire. En 1810, il épouse Marie-Louise d'Autriche ; il est au faîte de sa puissance. Son empire comprend 130 départements français et s'étend de la mer du Nord à l'Adriatique. En 1811, l'Empereur a un fils, à qui il donne le titre de roi de Rome.
Napoléon décide en 1812 d'aller forcer le tsar sur son propre sol à respecter le Blocus continental. L'invasion de la Russie, la bataille de la Moskova, la prise de Moscou, puis la terrible retraite et la défaite de la Berezina sont le signal attendu par l'Europe pour secouer le joug imposé par Napoléon. En 1813, la Prusse et l'Autriche font défection ; toute l'Europe se soulève. Les batailles de Lützen, Bautzen et Leipzig ne peuvent endiguer le flot des armées ennemies, qui, en 1814, malgré la campagne de France, envahissent le territoire national et obligent Napoléon à abdiquer (6 avril).
Louis XVIII, frère de Louis XVI, est rétabli par les Alliés ; il octroie au pays une Charte constitutionnelle (régime censitaire, deux chambres) et maintient l'essentiel des transformations opérées pendant la Révolution et l'Empire. Le 30 mai 1814 est signé le premier traité de Paris, qui ramène la France dans ses frontières de 1792. Le nouveau régime, qui favorise ouvertement les émigrés et l'Église, mécontente l'opinion. Profitant de cet état d'esprit, Napoléon quitte l'île d'Elbe, débarque à Golfe-Juan (1er mars 1815) et gagne Paris, d'où s'enfuit Louis XVIII. Mais l'Empereur ne met pas en place un régime plus libéral (Acte additionnel) ; il doit, de plus, faire face à l'Europe, de nouveau coalisée. C'est la campagne de Belgique, Waterloo (18 juin) et bientôt la seconde abdication de Napoléon (22 juin), que les Anglais enverront mourir à Sainte-Hélène. La France, envahie, occupée, perd, au second traité de Paris (20 novembre), plusieurs territoires conquis.
Trois tendances politiques s'affrontent : les ultras, partisans du retour de l'Ancien Régime, prenant appui sur le comte d'Artois, frère du roi ; les constitutionnels, partisans de la Charte ; les libéraux, coalition disparate de bonapartistes et d'héritiers de la Révolution. Pendant l'été de 1815, c'est la Terreur blanche, qui frappe surtout des fidèles de l'Empereur. En août est élue une chambre ultraroyaliste, la « Chambre introuvable », qui pratique une politique de réaction. Elle est dissoute en septembre 1816 par Louis XVIII, qui fait appel à des modérés : ministères Richelieu (1816-1818), Decazes (1818-1820). En 1818, au congrès d'Aix-la-Chapelle, la France obtient le retrait des forces militaires alliées. Le 13 février 1820, l'assassinat du duc de Berry provoque le renvoi de Decazes et oriente la politique vers la réaction (ministère Villèle). Par contrecoup s'amorce un mouvement révolutionnaire (1820-1822), animé surtout par le carbonarisme et qui échoue en fin de compte. Louis XVIII meurt en 1824 ; le comte d'Artois devient roi de France sous le nom de Charles X.
Le nouveau roi incarne, aux yeux des libéraux, la contre-révolution cléricale et absolutiste. Sous le ministère Villèle sont promulguées la loi sur le sacrilège et celle du « milliard » des émigrés (en réparation de la vente des biens nationaux) [en fait 700 000 francs ont été versés aux anciens propriétaires]. Mais l'opposition se manifeste dans la rue et à la Chambre, que Villèle dissout (1827). De nouvelles élections voient la défaite de ce dernier, qui démissionne (1828). Après l'intermède inefficace d'un ministère plus libéral présidé par Martignac (1828-1829), les ultras reviennent en force au pouvoir avec le prince de Polignac (1829). La Chambre libérale manifeste son opposition ; c'est l'« Adresse des 221 » députés libéraux, qui expriment leur méfiance au ministère (mars 1830). Le 25 juillet, les quatre ordonnances de Saint-Cloud sont promulguées : restriction de la liberté de la presse, dissolution de la Chambre, limitation du droit de vote aux dépens des industriels et des commerçants, et organisation de nouvelles élections. Aussitôt Paris se soulève : ce sont les Trois Glorieuses (27, 28 et 29 juillet). Charles X abdique, et Louis-Philippe, duc d'Orléans, devient lieutenant général du royaume avant de devenir roi des Français.
Louis-Philippe, roi des Français, prête serment devant les Chambres le 9 août 1830. Plusieurs concessions libérales sont faites : révision de la Charte, rétablissement du drapeau tricolore, abaissement du cens électoral. Le régime de la monarchie bourgeoise doit tenir compte d'une triple opposition : celle des légitimistes, celle des bonapartistes et celle des républicains. Quant aux tenants du régime, particulièrement méfiants à l'égard des « classes laborieuses », ils se divisent en « parti du mouvement » (libéral) et en « parti de la résistance » (conservateur). Le ministère du « mouvement » Laffitte (2 novembre 1830-13 mars 1831) est incapable d'enrayer le désordre. Le ministère de la « résistance » Casimir Perier (13 mars 1831-16 mai 1832) réprime brutalement l'agitation (révolte des canuts de Lyon, novembre 1831 ; à Paris, quartier Saint-Merry, avril 1834). En 1835, l'attentat de Fieschi contre Louis-Philippe (28 juillet) est suivi par des mesures répressives, notamment envers la presse (lois de septembre). De mai 1839 à octobre 1840 se succèdent les ministères Soult, puis Thiers. Celui-ci est écarté parce qu'il veut la guerre contre l'Angleterre. Or, la bourgeoisie au pouvoir est pacifiste. Le roi fait appel à Guizot. Celui-ci, d'abord ministre des Affaires étrangères (1840-1847), puis président du Conseil (1847-1848), détiendra le pouvoir réel. Il mène une politique de stabilité intérieure, favorisée par les candidatures de fonctionnaires. Hostile à toute réforme, il encourage le développement économique et l'enrichissement général (caisses d'épargne). Il organise l'enseignement primaire.
À l'extérieur, la France s'efface : concessions à l'Angleterre à propos de Madagascar (affaire Pritchard) et traité de Londres (1840) ; l'Algérie est conquise peu à peu (prise de la smala d'Abd el-Kader, 1843 ; reddition de l'émir, 1847).
Le développement du prolétariat urbain et la grande dépression économique de 1846-1847 favorisent le renforcement de l'opposition idéologique (catholiques libéraux avec La Mennais, Lacordaire, Montalembert ; socialistes avec Louis Blanc, Pierre Leroux, Proudhon), cependant que se développe le prolétariat urbain. À la Chambre, l'opposition réclame la réforme électorale ; sur ce thème se déroule la campagne des Banquets réformistes. Les 22-24 février 1848, l'interdiction du banquet à Pais provoque une manifestation. Louis-Philippe renvoie Guizot, mais la fusillade du boulevard des Capucines entraîne le soulèvement de Paris, la prise de l'Hôtel de Ville et l'abdication de Louis-Philippe (24 février).
De février à avril 1848, un gouvernement provisoire (Lamartine, Ledru-Rollin, Louis-Antoine Garnier-Pagès, Louis-Blanc…) est imposé par les révolutionnaires parisiens. La république est proclamée à l'Hôtel de Ville (24-25 février), le suffrage universel instauré (2 mars), les libertés (presse) rétablies, la peine de mort et l'esclavage supprimés, tandis que sont créés des ateliers nationaux (27 février) et que la journée de travail est réduite. Mais la Constituante, élue en avril 1848, est en majorité conservatrice et antisocialiste. Elle supprime les ateliers nationaux, augmente l'impôt direct et fait brutalement réprimer par Louis Eugène Cavaignac l'insurrection ouvrière parisienne des 23-26 juin 1848.
En novembre 1848 est votée et promulguée la Constitution de 1848 (un président élu pour 4 ans au suffrage universel, mais non immédiatement rééligible ; une seule Assemblée législative). Le 10 décembre, Louis Napoléon Bonaparte, neveu de l'Empereur, est élu président de la République.
L'élection de l'Assemblée législative, en mai 1849, voit le triomphe des orléanistes, légitimistes et catholiques, qui se groupent en un parti de l'Ordre (plus de 450 députés sur 750). L'Assemblée prend une série de mesures de réaction contre l'« esprit de 1848 », notamment la loi Falloux (mars 1850), qui abolit le monopole scolaire de l'Université et renforce le contrôle de l'enseignement par le clergé, réduit le suffrage universel (obligation de résidence au minimum 3 ans) [mai], diminue la liberté de la presse (juillet).
Le prince-président, désirant pérenniser son pouvoir et profitant de l'impopularité de l'Assemblée, dissout celle-ci par le coup d'État du 2 décembre 1851. Les tentatives de résistance sont écrasées ; des républicains et des socialistes sont arrêtés et exilés.
Dès janvier 1852, une Constitution de style monarchique est établie : les fonctionnaires sont mis en tutelle, des limitations sont apportées à la liberté de la presse. Louis Napoléon Bonaparte est proclamé empereur le 2 décembre 1852, à la suite d'un plébiscite triomphal, sous le nom de Napoléon III.
Dans une première période (1852-1860), le régime se caractérise par l'autoritarisme. Le gouvernement et l'Administration sont tout-puissants et bénéficient de l'appui du clergé, de la bourgeoisie d'affaires, de l'armée. La vie politique est étouffée (surveillance des élections, découpage des circonscriptions électorales, candidatures officielles). L'opposition est faible et divisée. En 1858, l'attentat manqué d'Orsini contre l'empereur permet à ce dernier de s'attaquer à l'opposition républicaine (qui a eu 5 élus en 1857) : loi de Sûreté générale, arrestation de nombreux suspects.
La politique étrangère de l'empereur s'appuie sur les principes de la recherche de prestige militaire ou diplomatique, de la révision des traités de 1815, de la poursuite de l'expansion coloniale (intervention en Kabylie, 1857), du respect du principe des nationalités en Europe. La guerre de Crimée (1854-1856) est sanglante, mais le traité de Paris (30 mars 1856) qui la clôt donne à la France une place prépondérante en Europe. À la suite de l'intervention militaire en Italie de 1859, le traité de Zurich (novembre 1859) cède le Milanais à la France, qui le donne au Piémont. Par le traité de Turin (mars 1860), la Savoie et Nice sont rattachés à la France.
Dans une seconde période (1860-1870), le régime se libéralise. Les causes en sont la défection des milieux d'affaires, qui redoutent la concurrence des produits anglais avec l'abaissement des tarifs douaniers (traités de commerce avec l'Angleterre, 1860), et des catholiques (politique italienne de Napoléon III interprétée comme hostile au pouvoir temporel du pape). Aussi l'empereur, recherchant des appuis à gauche, est-il amené à faire des concessions politiques et sociales. Politiques : le Corps législatif recouvre progressivement les prérogatives parlementaires (droit d'adresse, 1860 ; droit d'interpellation, 1867 ; initiative des lois, 1869) ; la surveillance sur la presse se relâche (1868) ; le droit de réunion est accordé en 1868. Sociales : la loi sur les coalitions (1864) admet le droit de grève. Mais l'empereur ne réussit pas à rallier les masses ouvrières, de plus en plus attirées par le socialisme révolutionnaire et international. L'opposition légale se renforce (32 opposants aux élections de 1863 ; plus de 70 en 1869). En 1869, Gambetta expose le programme républicain de Belleville. Napoléon III sent l'opinion lui échapper : le sénatus-consulte du 20 avril 1870, qui équivaut à une nouvelle Constitution, est cependant ratifié massivement par le plébiscite du 8 mai.
En outre, la politique extérieure, après des interventions réussies (intervention militaire en Syrie en faveur des chrétiens maronites [1860], conquête de la Cochinchine [1859-1867] et instauration du protectorat sur le Cambodge [1863]), connaît des échecs : d'abord celui de l'expédition au Mexique (1862-1867), puis celui de l'intervention diplomatique dans la guerre austro-prussienne (1866). Napoléon III se laisse manœuvrer par Bismarck, qui veut renforcer l'unité allemande par une défaite française.
En juillet 1870, il déclare la guerre à la Prusse. Les armées impériales sont rapidement refoulées d'Alsace et de Lorraine. Le 2 septembre 1870, dans Sedan investi, Napoléon III doit se rendre, suivi bientôt par l'armée de Mac-Mahon. Le 4 septembre 1870, les républicains bourgeois proclament la république à Paris.
La France, grâce à la révolution du charbon, prend son visage moderne : industrialisation sur le modèle anglais, favorisée par le libre-échange (traité de commerce de 1860). La situation monétaire s'améliore ; l'industrie manufacturière et le grand commerce, favorisés par le crédit privé et le crédit public, et partiellement inspirés par le saint-simonisme, se développent. Les communications se modernisent rapidement, l'urbanisation s'intensifie, la concentration industrielle (Saint-Étienne, Decazeville, Le Creusot, bassins de Lorraine, etc.) modifie en profondeur les conditions de vie des couches sociales défavorisées. Paris est transformé par les travaux d'Haussmann. Cet essor a comme envers la paupérisation du prolétariat et la prise de conscience de ses problèmes (grèves suivies d'interventions des troupes). À partir de 1867, les nombreuses grèves – souvent écrasées par la force – témoignent de la montée de la classe ouvrière.
Le gouvernement de la Défense nationale, malgré les efforts de Gambetta, ne peut desserrer le carcan que forment les troupes allemandes autour de Paris, qui, après un siège terrible, capitule le 28 janvier 1871. Le même jour est signé l'armistice, lié à l'élection d'une Assemblée nationale chargée de faire la paix. L'Assemblée, élue le 8 février, est constituée massivement par des monarchistes, favorables à la paix et hostiles à Paris. Réunie à Bordeaux, elle ratifie (1er mars) les préliminaires de paix (cession à l'Allemagne de l'Alsace, sauf Belfort, et d'une partie de la Lorraine, occupation militaire, indemnité de 5 milliards), qu'entérinera le traité de Francfort (mai). Le 17 février, elle confie à Thiers le pouvoir exécutif en attendant une restauration monarchique ; elle-même s'installe à Versailles, par méfiance à l'égard de Paris. Le 18 mars 1871 éclate la Commune de Paris. Ce mouvement, essentiellement populaire et appuyé sur la garde nationale, est écrasé par Thiers et Mac-Mahon après la « semaine sanglante » (21-28 mai). La gauche est décapitée (20 000 à 30 000 morts ; 7 500 déportations).
Après un manifeste intransigeant du comte de Chambord, la fusion orléaniste-légitimiste échoue (5 juillet) ; Thiers est nommé « président de la République française » (août). Il réorganise l'État et l'Administration. Mais la majorité monarchiste de l'Assemblée renverse Thiers et appelle le légitimiste Mac-Mahon à la présidence de la République (24 mai 1873).
Le duc de Broglie forme le ministère. Le gouvernement, l'Assemblée et les catholiques s'accordent en faveur de la restauration. L'intransigeance du comte de Chambord, prétendant légitimiste, qui refuse le drapeau tricolore, fait avorter ce projet (27 octobre 1873). Une loi fixe à sept ans les pouvoirs du président de la République (novembre 1873).
En mai 1874, le cabinet de Broglie tombe : les modérés se rapprochent des républicains. Les lois constitutionnelles sont votées en février-juillet 1875. La république est fondée (un président de la République élu par le Congrès ; un Sénat élu par un collège ; une Chambre des députés élue au suffrage universel). L'Assemblée nationale se sépare (décembre 1875). Les élections de 1876 amènent une faible majorité de droite au Sénat et une forte majorité de républicains à la Chambre. Le 16 mai 1877, le ministère Jules Simon, en désaccord avec Mac-Mahon, démissionne, et celui-ci dissout l'Assemblée. Une Chambre à majorité républicaine est élue en octobre : Mac-Mahon se soumet et accepte le ministère Dufaure (décembre). Enfin, les élections de janvier 1879 au Sénat donnent la majorité aux républicains. Mac-Mahon démissionne. L'Assemblée élit le républicain Jules Grévy à la présidence de la République. Les Chambres et le gouvernement reviennent à Paris : en juillet 1880, une loi d'amnistie sera votée en faveur des déportés de la Commune.
Les républicains vainqueurs se divisent en radicaux (Clemenceau) et en opportunistes (Jules Ferry et Gambetta), mais font tous de l'anticléricalisme l'arme principale contre la réaction de droite. Les ministères seront tous « opportunistes » jusqu'en 1885 : Freycinet (1879-1880 ; 1882), Gambetta (novembre 1881-janvier 1882), Ferry (septembre 1880-novembre 1881, février 1883-mars 1885). Les républicains opèrent de profondes réformes : l'enseignement primaire devient gratuit (juin 1881), puis laïque et obligatoire (mars 1882). Dans le secondaire sont créés des lycées de jeunes filles. Dans le supérieur, seul l'État confère désormais les grades. Les libertés de réunion (juin 1881), de la presse (juillet 1881), des associations professionnelles ou syndicales (mars 1884) sont accordées.
Mais le pays entre dans une période de dépression économique, avec la crise du phylloxéra, la concurrence des blés étrangers, une crise bancaire (krach de l'Union générale [1882]). Cependant, les républicains se lancent dans l'expansion coloniale (Tunisie, Afrique noire, Indochine).
La crise économique renforce les adversaires au régime. Grévy, élu en 1885, doit démissionner en 1887. La crise s'accompagne de mouvements de grève (Decazeville, Vierzon) ; on assiste à la renaissance de mouvements monarchistes et nationalistes. Autour du général Boulanger se cristallise une opposition hétéroclite, et une crise éclate en janvier 1889 quand le général, élu triomphalement à Paris, hésite à marcher sur l'Élysée. Les élections de 1889 marquent le triomphe des républicains. Léon XIII recommande le ralliement des catholiques à la république (1892). Le nombre des députés socialistes de toutes tendances augmente (Jaurès, Millerand).
À la présidence de la République et au gouvernement, les modérés (Jean Casimir-Perier, Félix Faure) mènent une politique d'apaisement dans la lutte anticléricale, prennent des mesures protectionnistes (loi Méline de 1892) et d'hostilité à l'égard de nouvelles mesures sociales.
À la suite du scandale de Panamá, le personnel au pouvoir se renouvelle (Poincaré, Barthou, Delcassé). Une vague d'attentats anarchistes secoue le pays ; Sadi-Carnot est assassiné à Lyon en juin 1894, ce qui entraîne le vote des « lois scélérates », dont le transfert devant les tribunaux correctionnels des délits de presse.
L'affaire Dreyfus (1894-1899) a pour conséquence le développement d'une agitation nationaliste et antisémite, à laquelle répond la formation du Bloc des gauches.
En politique extérieure, la France sort de son isolement grâce à l'alliance franco-russe (1891-1894). L'expansion coloniale se poursuit (occupation et pacification de Madagascar, jonction entre l'Afrique du Nord, l'Afrique occidentale et l'Afrique équatoriale). Mais la France doit s'humilier devant l'Angleterre à Fachoda (1898).
Le nationalisme (Action française) reçoit une doctrine avec Maurras, tandis que le socialisme s'unifie progressivement autour du marxisme et, en liaison avec la IIe Internationale, avec Jules Guesde et Jean Jaurès. La plupart des syndicats (autorisés en 1884) se regroupent en 1895 dans la Confédération générale du travail (Congrès de Limoges). Quant à la démocratie chrétienne, elle veut allier l'idéal évangélique aux principes républicains ; mais la condamnation du Sillon en 1910 lui porte un coup très dur.
Le Bloc des gauches, qui sera au pouvoir jusqu'en 1905, pratique une politique résolument républicaine et anticléricale (ministères Waldeck-Rousseau [1899-1902] et Combes [1902-1905]). Avec la loi sur les associations (juillet 1901), il s'attaque aux congrégations religieuses, qui désormais devront être autorisées pour pouvoir enseigner. En juillet 1904, après une série de mesures anticléricales, dont la dernière est l'interdiction de l'enseignement à toutes les congrégations, c'est la rupture avec le Saint-Siège. En novembre, l'affaire des Fiches provoque la chute de Combes (janvier 1905). Sa loi sur la séparation de l'Église et de l'État est votée le 9 décembre 1905 sur l'apport d'Aristide Briand. L'accord franco-britannique du 8 avril 1904 a inauguré l'Entente cordiale.
En avril 1905, les socialistes (Briand, Jaurès, Guesde) se regroupent au sein de la IIe Internationale et créent la S.F.I.O. Certains socialistes se séparent de celle-ci (Viviani, Briand) en 1906. La S.F.I.O. rompt tous les liens avec les radicaux, qui seront au pouvoir d'octobre 1906 à juillet 1909 avec Clemenceau. Celui-ci, en 1907, maîtrise par la force les grèves de fonctionnaires et l'agitation viticole dans le Midi. L'opposition socialiste juge insuffisantes les réformes sociales (journée de 8 heures pour les mineurs). La période de 1909 à 1914 est marquée par l'instabilité ministérielle.
Sur le plan extérieur, la période est dominée par la menace pangermaniste (Guillaume II), révélée par les deux crises marocaines (Tanger, 1905 ; Agadir, 1911). La France en profite d'ailleurs pour s'installer au Maroc et agrandir ainsi son empire d'Afrique du Nord.
Sur le plan économique, à la veille de 1914, elle est devenue l'une des quatre puissances mondiales. Elle est au premier rang pour l'industrie automobile et l'aéronautique. Elle reste cependant un pays d'agriculture, domaine dans lequel, pourtant, la modernisation des pratiques et des structures est à peine entamée. La monnaie est solide. Mais la faiblesse démographique entrave le développement et, dans le domaine social, l'exode rural continue d'accroître le prolétariat urbain, dont l'existence est toujours marquée par l'insécurité, les conditions de travail pénibles, les bas salaires, les logements insuffisants, voire insalubres.
L'Allemagne déclare la guerre à la France le 3 août. L'avance allemande arrêtée par Joffre et Gallieni sur la Marne (5-10 septembre 1914), les armées adverses s'enlisent dans la guerre des tranchées. Les Français repoussent les Allemands de Verdun (1916) et lancent l'offensive du Chemin des Dames (1917). En 1917, l'entrée en guerre des États-Unis compense la défection de la Russie révolutionnaire. Nommé généralissime des armées alliées, Foch reprend l'initiative en Champagne en juillet 1918, tandis que Franchet d'Espèrey attaque dans les Balkans en septembre. Le 11 novembre 1918, l'Allemagne signe l'armistice. Le traité de Versailles (28 juin 1919) rend à la France l'Alsace-Lorraine ; mais, tout de suite, le problème posé par les réparations dues par les Allemands se révèle insoluble. Le bilan de la guerre est catastrophique : près de 10 % de la population active a disparu et près de 20 % de celle-ci est frappée par un handicap, plus de 50 000 km de routes sont détruits, plus de 300 000 logements sont démolis, 3 millions d'hectares de terre sont inutilisables pour la culture pendant plusieurs années. Au cours de l'après-guerre, la crise économique est endémique (inflation, endettement croissant du Trésor public). Dès 1919, des grèves monstres éclatent un peu partout (sidérurgie, textile, chemins de fer) ; elles se soldent presque partout par des échecs.
Les élections de 1919 voient le succès des groupes de droite (Chambre bleu horizon). Les socialistes et les communistes se séparent après le congrès de Tours (1920). Le Bloc national est soutenu par les milieux financiers. Le relèvement économique est relativement rapide : le pétrole et l'électricité passent au premier plan de l'expansion ; mais celle-ci ne touche ni l'agriculture, ni le commerce, ni l'industrie dans son ensemble.
Aux élections de 1924, le Cartel des gauches triomphe et contraint à la démission le président de la République, Millerand, accusé d'avoir voulu exercer une influence politique trop personnelle. Édouard Herriot constitue un ministère radical homogène, qui se heurte à des difficultés financières considérables (le Mur d'argent). En 1926, un cabinet d'union nationale (Poincaré) regroupe tous les partis, à l'exclusion des communistes et des socialistes, et stabilise le franc (1928).
En politique étrangère, les vainqueurs se désunissent. La France n'obtient qu'une simple promesse d'assistance anglaise et américaine en cas d'attaque allemande. Les États-Unis refusent de se laisser engager dans les affaires continentales. En France, la question des réparations passe d'abord au premier plan. Les rapports avec l'Allemagne ne sont qu'une alternance de compromis (conférences de Londres [1921], de Cannes [1922]) et d'épreuves de force (occupation de la Ruhr, 1923). Mais, à partir de 1924, Aristide Briand mène une politique de conciliation avec l'Allemagne : accords de Locarno (octobre 1925), pacte Briand-Kellogg (août 1928), plan Young (nouvel allégement au remboursement allemand [1929] succédant au plan Dawes), projet des États-Unis d'Europe.
La crise mondiale qui a éclaté en 1929 se répercute en France à partir de 1931 (mévente agricole, effondrement industriel, paralysie du commerce, accroissement du chômage). Aux élections de 1932, la droite cède la majorité aux radicaux, aux socialistes et à leurs alliés. Mais l'instabilité ministérielle manifeste les divisions de la gauche, tandis qu'éclatent des scandales financiers et politiques (affaire Stavisky, 1933-1934). Une double opposition menace le régime : à gauche les communistes, à droite les mouvements de Doriot, de l'Action française, des Croix-de-Feu du colonel de La Rocque. Elle aboutit à l'émeute parisienne du 6 février 1934, à laquelle répliquent les premières manifestations communes des socialistes et des communistes depuis 1920 (9 février). Une tentative de révision constitutionnelle échoue sous le ministère d'Union nationale de Doumergue (février-novembre 1934). De juin 1935 à janvier 1936, Pierre Laval pratique une politique de déflation impopulaire. Une coalition de la gauche (radicaux, socialistes et communistes) conduit à la victoire le Front populaire (élections de mai 1936), que vient renforcer un formidable mouvement de grèves avec occupations d'usines. Les accords Matignon (7 juin 1936) entre la C.G.T. et la Confédération générale du patronat français, qui apportent les congés payés et la semaine de 40 heures, marquent la fin du mouvement. De juin 1936 à juin 1937, Léon Blum, chef de la S.F.I.O., peut mener à bien d'importantes réalisations sociales. Mais des désaccords politiques et économiques apparaissent rapidement entre les partenaires du Front populaire. De plus, la gauche se divise à la suite de la politique de non-intervention en Espagne lors de la guerre civile. Léon Blum démissionne en juin 1937. Il tente vainement, en mars-avril 1938, de reconstituer le Front populaire. Il est remplacé par Édouard Daladier, qui donne le priorité aux questions financières, en recourant aux décrets-lois, dont Paul Reynaud peut user pour mener une politique financière libérale.
À l'extérieur, après l'avènement de Hitler en Allemagne (1933), la France recherche des alliances. Laval a signé les accords de Rome avec Mussolini (1935), mais, après l'affaire d'Éthiopie et le ralliement de la France aux sanctions contre l'Italie, le duce se tourne vers Hitler. Le traité d'assistance mutuelle signé par Laval avec les Soviétiques en mai 1935 provoque la dénonciation des accords de Locarno par Hitler, qui, en mars 1936, réoccupe militairement la Rhénanie. En mars 1938, c'est l'Anschluss. En septembre, le gouvernement Daladier accepte la cession des Sudètes à l'Allemagne (accords de Munich). En mars 1939, Hitler annexe toute la Bohême-Moravie, signe le pacte d'acier avec Mussolini (mai), puis, le 1er septembre, envahit la Pologne. Le 3 septembre, l'Angleterre et la France déclarent la guerre à l'Allemagne.
La France ne peut soutenir efficacement la Pologne envahie par les Allemands ; elle s'installe dans la « drôle de guerre » (septembre 1939-mai 1940) tout en organisant une campagne en Norvège. Mal préparée à une guerre de mouvement, l'armée française, en mai 1940, lors de l'offensive allemande aux Pays-Bas, en Belgique, puis sur la Meuse, est vite débordée par une armée solidement appuyée par l'aviation et les divisions blindées mobiles. Le maréchal Pétain, qui a remplacé Reynaud (mars 1940-juin 1940) à la tête du gouvernement, demande l'armistice (juin 1940), tandis qu'à Londres le général Charles de Gaulle appelle la nation à la résistance (appel du 18 juin). Les Allemands reprennent l'Alsace-Lorraine, occupent militairement les deux tiers du territoire et envoient en Allemagne 2 millions de prisonniers français. Seules la flotte et les colonies restent libres. Les Chambres, réunies à Vichy en Assemblée nationale, confient tous les pouvoirs (10 juillet) au maréchal Pétain, qui se proclame chef de l'État le 12 juillet. Le régime de Vichy s'efforce d'instaurer une politique nationaliste, maurrassienne, fondée sur les valeurs traditionnelles (« travail », « famille », « patrie) ; sur le plan social, il cautionne un retour au corporatisme d'État. Sous la pression de Pierre Laval et surtout des extrémistes de droite, Pétain mène une politique de collaboration avec l'Allemagne, collaboration qui s'accélère à partir de 1942 (arrestation et déportation des juifs, institution du S.T.O., etc.). Cette année-là, le débarquement allié en Afrique du Nord provoque l'occupation de toute la France par les troupes allemandes (novembre 1942).
Une Résistance efficace s'organise, qui comptera de nombreux martyrs ; peu à peu, le général de Gaulle en rassemble les forces éparses dans le Conseil national de la Résistance (mai 1943), tandis que des volontaires, avec Leclerc, se regroupent au sein des Forces françaises libres et, avec l'armée d'Afrique (Juin, de Lattre de Tassigny), jouent un rôle important dans les batailles de la Libération.
Reconnu par les Alliés, un Comité français de libération nationale (C.F.L.N.) est constitué en juin 1943 à Alger, présidé à partir d'octobre par le général de Gaulle seul. Le 3 juin 1944, le C.F.L.N. devient le Gouvernement provisoire de la République française et s'installe dans Paris, libéré le 25 août 1944. Les troupes françaises participent activement à l'offensive finale contre l'Allemagne. La France (absente des conférences de Yalta et de Potsdam) est présente lors de la reddition du Reich (8 mai 1945).
La France déplore 600 000 victimes de la guerre ; son outillage économique est terriblement touché, ce qui aggrave son retard technologique. Un redressement net de la natalité n'influencera que peu à peu une démographie affaiblie depuis longtemps. Dans l'Empire colonial, la guerre a favorisé la montée des mouvements nationalistes.
De profondes réformes sont aussitôt entreprises par le général de Gaulle : vote des femmes, nationalisations, généralisation des allocations familiales et de la sécurité sociale, institution des comités d'entreprise, création du Commissariat général du plan. Le 21 octobre 1945, le pays élit une première Assemblée constituante, qui confirme dans ses fonctions de chef du Gouvernement provisoire le général de Gaulle (13 novembre 1945). Celui-ci démissionne dès janvier 1946, en désaccord avec la majorité. Après son départ est inauguré un premier gouvernement, comprenant communistes, socialistes et Mouvement républicain populaire (M.R.P.) [tripartisme]. Le 5 mai 1946, les électeurs rejettent un premier projet de Constitution qui prévoyait un régime d'assemblée unique. Une nouvelle Assemblée constituante est élue (juin-novembre 1946), qui rédige un texte transactionnel, créant une seconde assemblée à pouvoirs limités, le Conseil de la République ; cette Constitution est adoptée par le pays à une faible majorité (référendum du 13 octobre 1946). Les élections pour la première Assemblée nationale ont lieu le 10 novembre 1946, puis celles pour le Conseil de la République le 24 novembre et le 8 décembre. Le socialiste Vincent Auriol est élu président de la République (janvier 1947). En 1947, le gouvernement rencontre une double opposition : celle du parti communiste, qui refuse d'approuver les crédits militaires pour l'Indochine et est exclu du gouvernement en mai 1947 ; celle du Rassemblement du peuple français (R.P.F.), mouvement gaulliste (avril 1947). Aussi, mettant fin au tripartisme, tente-t-il un élargissement de la majorité parlementaire sur sa droite : c'est le temps (1947-1952) de la « troisième force » (socialistes, M.R.P., radicaux). Dans le mouvement syndical, de grandes grèves aboutissent à la scission de la C.G.T. en deux confédérations (création de la C.G.T.-F.O. en avril 1948). En 1950, les socialistes quittent le gouvernement, et les élections de 1951 voient le succès du R.P.F.
La France, de 1945 à 1951 – notamment grâce au plan Marshall à partir de 1948 –, a vécu avec l'aide des États-Unis, ce qui lui a permis de financer ses importations essentielles et de renforcer son premier plan de modernisation et d'équipement.
Le ministère Pinay (6 mars-23 décembre 1952) mène la lutte contre l'inflation, lutte consolidée par une expansion continue de la production. La fin de l'année 1953 voit l'élection difficile de René Coty à la présidence de la République. En 1954, tandis que l'agitation politique se développe en Tunisie et au Maroc, la détérioration de la situation en Indochine (Diên Biên Phu, 7 mai) aboutit aux accords de Genève (Mendès France), en juillet, qui mettent fin à la guerre d'Indochine. L'insurrection algérienne éclate le 1er novembre 1954.
En décembre 1955, l'Assemblée est dissoute. Guy Mollet, un des leaders du Front républicain (radicaux et socialistes essentiellement), forme le gouvernement (1956-1957). Le Maroc et la Tunisie accèdent à l'indépendance en 1956, tandis que la loi-cadre Defferre accorde une large autonomie à Madagascar et aux territoires d'Afrique noire. Mais, en Algérie, le conflit s'aggrave. Pour protéger les intérêts franco-anglais en Égypte, une expédition militaire est envoyée à Suez (octobre-décembre 1956). Celle-ci se révèle comme un échec diplomatique, les États-Unis et l'U.R.S.S. s'étant interposés. Après une période de stabilité monétaire (1953-1955), l'inflation reprend (1955-1959). En 1957, la C.E.E. est créée.
Les événements d'Algérie (émeutes d'Alger, 13 mai 1958) aboutissent au retour du général de Gaulle. Dès le 28 septembre, une nouvelle Constitution, qui accroît les pouvoirs du président de la République, est ratifiée par référendum.
Le général est élu président de la République (78,5 % des suffrages) le 21 décembre. Désireux de réagir contre l'instabilité ministérielle qui caractérisait la IIIe et la IVe République, le chef de l'État veut assurer un pouvoir exécutif fort et stable, la nation étant consultée par voie de référendum. Une nouvelle Assemblée nationale est élue en novembre 1958, avec une importante majorité de députés gaullistes (U.N.R.). Michel Debré devient Premier ministre (janvier 1959). Les problèmes économiques sont les premiers abordés : stabilisation de la monnaie, dévaluation du 27 décembre 1958, création du franc lourd, etc.
Mais le régime est confronté avant tout au problème de l'Algérie, où la guerre sévit. Le processus de paix est engagé par de Gaulle d'une manière qui déconcerte puis révolte les partisans de l'Algérie française. Au cours de l'année 1960, de Gaulle évoque plusieurs fois l'« Algérie algérienne », tandis que treize États africains francophones accèdent à l'indépendance. Les résultats du référendum de janvier 1961 sur la politique algérienne du gouvernement lui sont largement favorables. À Évian se rouvrent les négociations avec le Gouvernement provisoire de la République algérienne (G.P.R.A.) ; mais le blocus de Bizerte aggrave le contentieux franco-tunisien.
Le 22 avril 1961, un putsch militaire éclate à Alger ; il échoue rapidement. Mais une Organisation armée secrète (O.A.S.) se développe : les attentats se multiplient en Algérie. De Gaulle prolonge l'application de l'article 16 de la Constitution. Les accords d'Évian sont paraphés le 18 mars 1962 et approuvés par référendum le 8 avril.
En avril 1962 est constitué le ministère Pompidou. Une forte opposition se manifeste au Parlement, due surtout à la politique européenne du régime (l'« Europe des États », retrait de l'O.T.A.N.), et le gouvernement doit faire face au malaise paysan grandissant. Le chef de l'État, désirant assurer la pérennité des institutions, prépare l'opinion à un référendum sur l'élection du président de la République au suffrage universel ; 280 députés votent la censure, le ministère Pompidou démissionne, l'Assemblée est dissoute (octobre). Le référendum du 28 octobre donne 13 millions de « oui », mais 8 millions de « non » au projet du chef de l'État. Les élections de novembre 1962 renforcent la majorité gouvernementale. Le second cabinet Pompidou est formé en décembre. Le gouvernement, aux prises avec l'inflation, la hausse des prix et les conflits sociaux, promulgue un « plan de stabilisation » et entame une politique contractuelle. À l'extérieur, hostile à l'entrée dans le Marché commun de la Grande-Bretagne, le chef de l'État accentue la coopération franco-allemande (1962).
Les élections municipales de mars 1965 sont marquées par les progrès de l'opposition. Au premier tour des élections présidentielles (5 décembre), de Gaulle est mis en ballottage par le candidat unique de la gauche, F. Mitterrand, qui obtient encore au second tour (19 décembre) 44,8 % des suffrages exprimés. De Gaulle entame un second septennat et reconduit le cabinet Pompidou. L'alliance des partis de gauche joue à plein lors des élections législatives de mars 1967 ; les gaullistes gardent la majorité absolue, mais celle-ci est très réduite. Georges Pompidou constitue un nouveau gouvernement, qui prend en août des ordonnances relatives à la participation des salariés aux profits des entreprises, à la réforme de la Sécurité sociale, etc.
La crise qui éclate en mai 1968 a son origine dans le malaise profond qui existe dans le monde étudiant. La classe ouvrière participe à son tour au mouvement, encore que le parti communiste et la C.G.T. la mettent en garde contre l'« aventurisme » ; le pays est paralysé par les grèves, tandis que de durs affrontements se produisent. Pompidou signe avec les syndicats les accords de Grenelle (27 mai).
Le 30 mai, le chef de l'État réaffirme son autorité et dissout l'Assemblée nationale. Les élections des 23 et 30 juin 1968 aboutissent à une nette victoire de l'Union pour la défense de la République (U.D.R). Georges Pompidou est remplacé par Maurice Couve de Murville. Le ministre de l'Éducation nationale, Edgar Faure, fait voter une réforme fondée sur la participation des étudiants et des enseignants à la gestion d'établissement dotés d'une large autonomie (octobre 1968), et la loi de décembre 1968 reconnaît l'existence de la section syndicale d'entreprise. En 1969, le général de Gaulle propose un référendum visant à la fois à la création des régions et à la réforme du Sénat, qu'il compte fusionner avec le Conseil économique. Le 27 avril 1969, les « non » sont plus nombreux que les « oui ». De Gaulle se retire à Colombey-les-Deux-Églises, où il mourra en novembre 1970.
Devant les élections présidentielles, la gauche se divise : elle n'est représentée par aucun candidat au deuxième tour, où Georges Pompidou l'emporte sur Alain Poher. Le nouveau président prend comme Premier ministre Jacques Chaban-Delmas ; la majorité s'élargit en incorporant une fraction du centrisme. La notion de « contrats de progrès » semble l'emporter sur celle de la participation ; la régionalisation marque le pas. À l'extérieur, tout en demeurant dans la ligne d'indépendance et d'arbitrage tracée par le général de Gaulle, le gouvernement éprouve moins de réticences à l'égard d'une Europe élargie (admission de la Grande-Bretagne, de l'Irlande et du Danemark dans le Marché commun) et à l'égard des États-Unis. En juillet 1972, Jacques Chaban-Delmas est remplacé par Pierre Messmer, qui constitue une équipe dont la mission semble être de « contrer » une gauche (P.S.-P.C.F. et radicaux de gauche) qui a trouvé son unité (programme commun). Aux élections législatives de mars 1973, l'U.D.R. et ses alliés perdent une centaine de sièges, mais gardent la majorité à l'Assemblée nationale. À partir de 1973, la crise monétaire et la crise pétrolière se répercutent en France dans tous les domaines. L'inflation amène le gouvernement à prendre des mesures économiques autoritaires et à dévaluer en fait le franc (janvier 1974) ; le climat social s'alourdit : les grèves se multiplient. Georges Pompidou meurt le 2 avril 1974.
Aux élections présidentielles des 5 et 19 mai 1974, Valéry Giscard d'Estaing l'emporte, au second tour, avec 50,8 % des voix contre 49,2 % à François Mitterrand, candidat de l'Union de la gauche. Jacques Chirac est appelé à présider le gouvernement. Le nouveau pouvoir manifeste une certaine volonté réformatrice (droit de vote à 18 ans, réforme de l'O.R.T.F., loi sur l'interruption volontaire de grossesse).
La situation économique et sociale restant tendue, la France décide de participer de nouveau au serpent monétaire européen (mai 1975) ; un accord sur l'indemnité de chômage est signé par les syndicats et le patronat (23 juin). En novembre, le nombre de chômeurs dépasse le million. À l'extérieur, tout en consolidant l'amitié franco-allemande et en réaffirmant l'indépendance de la France par rapport aux États-Unis, Valéry Giscard d'Estaing applique en Afrique noire une politique de prestige.
Jacques Chirac démissionne en août 1976 ; il est remplacé par Raymond Barre, qui, dès le 22 septembre, présente son plan de lutte contre l'inflation. Les élections municipales des 13 et 20 mars 1977 marquent un net succès de l'Union de la gauche ; à Paris, cependant, Jacques Chirac est élu maire, charge récemment rétablie dans la capitale. Le gouvernement adopte un plan d'action de douze mois, comportant notamment un « pacte national pour l'emploi » (28 avril). À l'approche des élections législatives, l'Union de la gauche est rompue, socialistes et communistes étant divisés sur l'actualisation du Programme commun, notamment sur les nationalisations. Les élections législatives des 12 et 19 mars 1978 consolident la majorité R.P.R. (l'ancienne U.D.R., dirigée à présent par Jacques Chirac) et U.D.F. (291 sièges) devant l'opposition (200 sièges). Les militaires français interviennent au Tchad et au Zaïre (avril-mai). En 1979, la situation sociale s'aggrave, provoquant, notamment dans la sidérurgie, en voie de « restructuration », une agitation quasi permanente. Alors que le système monétaire européen entre en vigueur (13 mars), un accord sur la réforme de l'indemnisation du chômage est signé par le patronat et les syndicats (27 mars). Les élections pour l'Assemblée européenne voient le succès de l'U.D.F. (10 juin).
L'arrivée de la gauche au pouvoir, après la victoire de François Mitterrand sur V. Giscard d'Estaing au second tour de l'élection présidentielle, le 10 mai 1981, avec 51,8 % des voix, constitue un tournant dans l'histoire de la Ve République. Avec elle, en effet, commence une période d'alternance entre la gauche et la droite, bientôt prolongée par des épisodes de cohabitation. Cette victoire surprend l'opinion, et la perspective de réformes radicales, si elle réjouit les uns, inquiète les autres. En réalité, il apparaît rapidement que la continuité l'emporte sur le changement, même en matière économique, avec un retour à une gestion classique après une brève période au cours de laquelle sont tentées un certain nombre de transformations structurelles. La continuité est particulièrement marquée en matière institutionnelle : F. Mitterrand, autrefois très hostile à la Constitution de 1958, se soumet sans réticence à ses règles. Continuité aussi de la politique étrangère, avec la poursuite de la construction européenne et, plus controversé, le maintien du style traditionnel des relations avec l'Afrique noire. En fait, ce n'est pas la France, mais le monde qui va connaître, durant ces quatorze années, les plus profonds bouleversements (chute du mur de Berlin, réunification de l'Allemagne, guerre de Yougoslavie, génocide au Rwanda…).
Ces événements se déroulent sur fond de crise économique. Le chômage, en progression régulière, ne peut qu'inquiéter les jeunes comme les moins jeunes quant à leur avenir. Générant l'exclusion, il suscite néanmoins de nouvelles solidarités, notamment au sein des familles. L'effondrement du bloc de l'Est concourt au triomphe du libéralisme, dont les remèdes – renforcement de la concurrence, déréglementation, limitation du poids de l'État et des droits des salariés – déstabilisent une opinion majoritairement peu convaincue de leur efficacité, et qui garde en mémoire les brillants résultats des « trente glorieuses ». Mais, alors que l'économie stagne, le secteur financier progresse considérablement. Pour se prémunir, les Français épargnent donc, restreignant leur consommation, ce qui ne peut que retarder la reprise économique.
Dans le même temps, l'incertitude de l'avenir semble conduire les Français à se retourner sur leur passé : la décennie 1980 marque le début d'un engouement particulier pour les commémorations et, plus significatif encore, voit se développer un débat public sur la France de Vichy et sa responsabilité dans le massacre des juifs. Pour la première fois, des procès pour crimes contre l'humanité sont organisés en France (Klaus Barbie, 1987 ; Paul Touvier, 1994 ; Maurice Papon, 1997-1998).
D'autres procès, de plus en plus nombreux, mettent en cause des personnalités du monde des affaires et de la politique. Pour l'opinion, c'est le signe d'une dégradation des mœurs de ses dirigeants. En réalité, il faut y voir d'abord la conséquence d'une attitude nouvelle de la presse et de la justice, qui, profitant de l'alternance et de la cohabitation, se sentent moins soucieuses qu'autrefois d'étouffer les « affaires ».
Dans ce contexte particulier se développe le Front national. Ce parti joue sur les anxiétés des classes populaires, qui découvrent dans les populations immigrées une concurrence dangereuse ; il table sur une solution démagogique et xénophobe, la « préférence nationale », pour conforter sa base électorale. À cela s'ajoutent les craintes d'une partie de la classe moyenne qui ressent la présence des immigrés comme une menace pour sa sécurité. Le Front national s'installe brutalement dans le paysage politique, attirant de 13 à 15 % de l'électorat, et faisant de la France une exception au sein des démocraties occidentales.
La nouvelle Assemblée nationale qui est élue en juin, après la dissolution prononcée le 22 mai, offre à l'exécutif une majorité imposante, le parti socialiste détenant à lui seul plus de la moitié des sièges. Le gouvernement que dirige Pierre Mauroy, et qui comprend quatre ministres communistes, peut ainsi s'atteler à la mise en œuvre des réformes promises pendant la campagne électorale. Quatre axes sont privilégiés : la modernisation de la justice, avec la suppression de la Cour de sûreté de l'État et de la peine de mort ; la relance économique par l'augmentation du pouvoir d'achat des catégories les moins favorisées (hausses du S.M.I.C., des allocations familiales, création d'emplois publics…) ; la restructuration de l'économie par les nationalisations (industries d'armement, banques, assurances, divers grands groupes industriels) ; la décentralisation, qui renforce les pouvoirs exécutifs des Régions et des départements. Cette politique ambitieuse se heurte à la rigidité de l'appareil productif et se traduit par un fort accroissement des déficits des finances publiques et du commerce extérieur, alors que le chômage continue de progresser (2 millions de sans-emploi en janvier 1982), ainsi que par un maintien de l'inflation à un taux élevé (plus de 10 % par an). Ainsi, le franc doit être dévalué trois fois.
Après des élections municipales qui traduisent un net recul de la gauche, le gouvernement de P. Mauroy est profondément remanié et adopte, le 25 mars, un plan de rigueur qui marque la conversion des socialistes aux règles de l'économie de marché. Pour autant, ces derniers ne retrouvent pas le soutien de l'opinion. Une partie de celle-ci se radicalise autour du Front national, qui, à la faveur d'élections partielles, entre pour la première fois dans un conseil municipal (Dreux, septembre 1983). Le parti communiste voit son audience décroître : il dépasse à peine le F.N. aux élections européennes de juin 1984. Il apparaît alors clairement que la droite est majoritaire, ce que confirme le même mois la puissante manifestation à Paris en faveur de l'« enseignement libre », que menacerait le projet du ministre de l'Éducation nationale, Alain Savary. La nomination d'un jeune Premier ministre, Laurent Fabius (juillet 1984), ne permet pas de renverser ces tendances. La conjoncture demeure défavorable et le chômage poursuit sa courbe ascendante, malgré les mesures de « traitement social » que met en place le nouveau gouvernement. Le P.C.F., qui a décidé de ne pas participer au gouvernement, se montre de plus en plus critique à l'égard de la politique de rigueur. La fin de la législature est morose. Elle est marquée notamment par l'affaire Greenpeace (en juillet 1985, dans le port d'Auckland, en Nouvelle-Zélande, les services secrets français coulent le Rainbow Warrior, un bateau de cette organisation, qui proteste contre les essais nucléaires français dans le Pacifique ; il y a un mort), unanimement condamnée par l'opinion internationale. Sur le plan intérieur, la manière hésitante et peu claire avec laquelle le pouvoir socialiste tente de se justifier lui aliène une partie de son électorat.
L'adoption du scrutin proportionnel (loi du 17 juillet 1985) pour les législatives et les régionales ne fait que limiter l'ampleur de la victoire de la droite aux élections du 16 mars 1986 et permet au F.N. de faire jeu égal avec les communistes. À l'Assemblée, l'union R.P.R.-U.D.F. obtient de justesse, avec l'apport des « divers droite », la majorité absolue, F.N. et P.C.F. faisant élire chacun 35 députés. Avec les régionales, premières du genre au suffrage universel direct, la droite prend le pouvoir dans 20 Régions sur 22 ; le F.N. a 137 élus (sur un total de 1 830 conseillers régionaux). Plus que la défaite de la gauche, prévisible, c'est la percée du Front national qui constitue l'événement majeur de ces élections.
F. Mitterrand, qui avait déclaré qu'il ne démissionnerait pas en cas de victoire de la droite, nomme Jacques Chirac, président du R.P.R., Premier ministre. C'est la première fois dans l'histoire de la Ve République que les deux têtes de l'exécutif appartiennent à des bords politiques opposés. L'expérience, que l'on prend l'habitude d'appeler « cohabitation », suscite des controverses, mais plus encore de la curiosité. Contrairement à certaines prévisions pessimistes, elle ira jusqu'à son terme, sans crise majeure, le président de la République se bornant généralement à exprimer publiquement ses réserves sur un certain nombre de projets gouvernementaux. Et elle apparaîtra de ce fait comme une figure normale de la vie institutionnelle française, permettant de limiter les risques d'hégémonie d'un bloc majoritaire. J. Chirac ne se contente pas de s'attaquer aux deux principaux symboles de la politique menée par la gauche, les nationalisations – un train de privatisations est mis en œuvre – et l'impôt sur les grandes fortunes, qui est aboli. Des réformes remettent également en cause des principes pourtant bien établis : suppression de l'autorisation administrative de licenciement, abrogation des ordonnances de 1945 sur le contrôle des prix et la concurrence, assouplissement de la loi sur les horaires de travail, privatisation de TF1… On rétablit également le scrutin majoritaire pour les législatives. Le ministre de l'Intérieur, Charles Pasqua, dénonçant le laxisme de ses prédécesseurs, fait adopter une série de dispositions répressives en matière de terrorisme et d'immigration. Il s'efforce par ailleurs d'exploiter l'affaire « Carrefour du développement » dans laquelle est compromis l'ancien ministre socialiste de la Coopération, Christian Nucci. Mais le gouvernement doit reculer parfois devant l'hostilité de l'opinion. La jeunesse lycéenne et étudiante manifeste massivement (sur le thème du refus de la sélection à l'entrée de l'université) contre le projet Devaquet-Monory de réforme de l'enseignement supérieur, puis contre la mort de Malik Oussekine, survenue lors des affrontements avec la police (novembre-décembre 1986). Le projet est abandonné, comme l'est aussi la proposition d'Albin Chalandon de construire des prisons gérées par le secteur privé.
F. Mitterrand, qui a longuement entretenu le suspense sur sa candidature, sort nettement vainqueur de l'élection présidentielle d'avril-mai 1988, qui a vu s'affronter au premier tour deux candidats de la droite parlementaire, J. Chirac et Raymond Barre, alors que le leader du Front national, Jean-Marie Le Pen, obtenait plus de 14 % des voix, et que le candidat du parti communiste réalisait un score catastrophique (moins de 7 %). Entre les deux tours, le ministre des D.O.M.-T.O.M., Bernard Pons, a décidé d'employer la manière forte pour libérer des otages détenus par des indépendantistes en Nouvelle-Calédonie. Ils sont libérés, au prix de la mort de deux militaires et de dix-neuf Kanaks, dans des conditions peu claires. Cette affaire d'Ouvéa contribue sans doute à décider un certain nombre d'électeurs hésitants à voter pour le candidat du P.S.
Le succès le plus spectaculaire du nouveau Premier ministre, Michel Rocard, apôtre du « parler vrai » et du « gouverner autrement », est justement de parvenir à un accord entre les deux parties adverses de Nouvelle-Calédonie, mettant fin à un conflit devenu aigu depuis plusieurs années (accord de Matignon, juin 1988). Tant par conviction que par nécessité, il va utiliser cette méthode du consensus dans l'ensemble de l'action gouvernementale : les élections législatives de juin, consécutives à la dissolution de l'Assemblée nationale, ne donnent qu'une majorité relative au P.S. C'est donc un gouvernement « d'ouverture », avec quelques personnalités centristes, que constitue M. Rocard. Dans un climat qui reste lourd – grèves, profanation du cimetière juif de Carpentras (mai 1990), effervescence dans les banlieues, affaire du foulard islamique… –, le Premier ministre parvient à mettre en place un certain nombre de réformes importantes, dont l'institution du R.M.I. (revenu minimum d'insertion) financé par l'impôt de solidarité sur la fortune (I.S.F.), avatar de l'impôt sur les grandes fortunes, supprimé en 1986, et celle de la C.S.G. (contribution sociale généralisée), qui amorce un nouveau mode de financement de la protection sociale par l'impôt et non plus seulement par les cotisations des seuls actifs. Il échoue par contre lorsqu'il tente de parvenir à un accord entre la majorité et l'opposition sur les problèmes de l'immigration et la lutte contre le racisme (mars-mai 1990). Il commet par ailleurs une erreur politique en introduisant dans la loi sur le financement des partis politiques (janvier 1990) une disposition amnistiant les délits commis antérieurement, ce qui heurte l'opinion.
Le remplacement inopiné de M. Rocard par Édith Cresson puis la nomination, moins d'un an plus tard, de Pierre Bérégovoy comme Premier ministre sont les principales étapes du déclin de la gauche mitterrandienne. En semblant vouloir donner des gages à l'opposition (déclaration de É. Cresson sur l'utilisation de charters pour expulser les immigrés clandestins, politique du « franc fort » de P. Bérégovoy), les deux gouvernements s'aliènent de larges franges de l'électorat de gauche et du centre, déjà désorienté par les affaires qui se multiplient ou prennent de l'ampleur (financement des partis, corruption, abus de biens sociaux…, mais surtout affaire du sang contaminé). En outre, le débat sur le traité de Maastricht instaurant l'Union européenne (référendum de septembre 1992) fait apparaître des lignes de fracture partageant aussi bien la majorité que l'opposition, ce qui relativise le traditionnel clivage gauche-droite. Les élections régionales et cantonales de mars 1992 constituent un sévère avertissement pour le P.S., qui recueille moins de 20 % des voix.
Les législatives de mars 1993 sont un véritable désastre pour la gauche, qui n'obtient que 93 sièges sur 577. Le suicide de P. Bérégovoy, le 1er mai suivant, jour de la fête du Travail, ajoute la dimension d'un drame humain à cette déconfiture politique. La droite ne profite que médiocrement de la situation. Malgré l'écrasante majorité dont il dispose au Parlement, le nouveau Premier ministre, Édouard Balladur, ne parvient pas à rétablir la situation là où il est le plus attendu, c'est-à-dire sur le terrain économique. Le déficit budgétaire dérape dans des proportions inquiétantes, le projet de contrat d'insertion professionnelle (C.I.P.) doit être abandonné. L'année 1993 se solde par une croissance négative du P.I.B. et la Bourse perd plus de 17 % en 1994. Par contre, c'est sans aucune difficulté que C. Pasqua, de nouveau ministre de l'Intérieur, peut faire adopter tout un dispositif législatif réformant dans un sens restrictif le Code de la nationalité, le droit d'asile, les contrôles d'identité (juillet-novembre 1993). Mais, conçues dans une stricte perspective sécuritaire, ces lois seront pour partie censurées par le Conseil constitutionnel.
L'approche de la fin du second septennat de F. Mitterrand pèse lourdement sur le climat politique. Le président est gravement malade – il mourra quelques mois après la fin de son mandat, le 8 janvier 1996 – et les informations qu'il livre sur son passé comme sur sa vie privée déconcertent l'opinion. Sa succession fait l'objet d'âpres rivalités, tout au moins dans les rangs de la droite, qui dispose de deux candidats déclarés et crédibles, tous deux membres du R.P.R., J. Chirac (qui en est le président) et É. Balladur. Au P.S. par contre, on laisse sans trop de réticences à Lionel Jospin, peu connu du grand public, le soin de défendre un camp promis à la défaite.
Grâce à une campagne dynamique, axée sur la réduction de la fracture sociale, J. Chirac sort vainqueur de l'élection présidentielle (7 mai 1995), alors que les sondages donnaient Édouard Balladur gagnant. Lionel Jospin crée une seconde surprise : en tête au premier tour, il obtient 47,2 % des voix au second, score inespéré pour un parti socialiste que l'on dit exsangue.
Alain Juppé, fidèle adjoint de Jacques Chirac, est nommé Premier ministre. Son gouvernement constitue une innovation, avec un nombre record de femmes. La conjoncture demeurant morose, il doit renoncer peu à peu aux promesses de la campagne électorale : loin de diminuer les impôts, il augmente la T.V.A. de 2 points. En novembre, le gouvernement est « resserré », et les femmes secrétaires d'État sont les principales victimes de ce remaniement. Dès lors, Alain Juppé s'attache en priorité au sauvetage de la Sécurité sociale, dont les déficits vont croissant. Son « plan », mais aussi son style, jugé technocratique, le rendent impopulaire. Fin 1995, grèves dans les transports publics et manifestations imposantes se multiplient, avec le soutien de la majorité de l'opinion. Maintenu dans ses fonctions, Alain Juppé doit faire face à un problème supplémentaire, celui des « sans-papiers », qui mobilise de nombreuses personnalités du monde du spectacle. La manière forte utilisée pour évacuer l'église Saint-Bernard de Paris (août 1996) choque, y compris à droite. Le 21 avril 1997, à la surprise générale, Jacques Chirac décide de dissoudre l'Assemblée nationale. La campagne électorale, menée par Lionel Jospin, aboutit à une nette victoire des socialistes aux législatives de juin et à une déstabilisation de la droite.
Le gouvernement de Lionel Jospin, dit de la « gauche plurielle », fait preuve d'un réformisme réel mais prudent. La lutte contre le chômage et l'exclusion constitue le premier axe de son action. Il mise sur les emplois-jeunes et sur la réduction du temps de travail ou R.T.T., (lois de 1998 et 2000 sur les « 35 heures ». La situation économique se redresse : le nombre des chômeurs tombe au-dessous des 3 millions dès 1998 et continue ensuite de diminuer. Par ailleurs, un bon accueil est fait à la couverture maladie universelle (C.M.U., juin 1999).
D'autres réformes modernisent le cadre juridique de la vie sociale française : pacte civil de solidarité (pacs) ; parité hommes/femmes dans les élections ; acquisition de la nationalité française facilitée. La régularisation des sans-papiers est jugée trop timorée par une partie de la gauche et la réforme de la Justice, tendant à une plus grande indépendance des juges, divise les états-majors politiques et socio-professionnels. Les réformes constitutionnelles (mandat présidentiel de cinq ans) et « inversion du calendrier » des élections sont perçues comme un jeu politicien. Enfin, la capacité du gouvernement à résoudre le problème corse, revenu au premier plan de l'actualité avec l'assassinat du préfet Érignac (février 1998), est durement mise à l'épreuve. Les négociations, entamées au début de l'an 2000 avec toutes les parties concernées, y compris les nationalistes, s'enlisent et le climat politique de l'île se dégrade à nouveau.
En politique étrangère, la continuité caractérise l'action du gouvernement Jospin (construction de l'Europe, modernisation de la Défense, participation aux opérations internationales de maintien de la paix), malgré quelques infléchissements. Le sommet de Nice (décembre 2000), qui clôt une phase de présidence française de l'Union européenne assez terne, témoigne d'un essoufflement général de la dynamique unitaire. L'État prend une certaine distance par rapport à l'interventionnisme traditionnel en Afrique noire (intégration du ministère de la Coopération au sein des Affaires étrangères, neutralité de la France lors du coup d'État en Côte d'Ivoire de décembre 1999). Enfin, les réserves de Paris à l'égard d'une justice pénale internationale sont partiellement levées.
Les élections municipales de mars 2001 mettent en lumière un réel malaise politique. Malgré un bilan « honorable » du gouvernement, la droite apparaît majoritaire en voix. À gauche, les « révolutionnaires », mécontents du « social-libéralisme » du gouvernement, marquent des points, ainsi que les écologistes, alors que les socialistes stagnent et que le parti communiste continue sa chute. La droite, de son côté, n'est qu'à moitié satisfaite : les querelles de partis et/ou de personnes mettent à mal des positions solides (perte de Lyon et de Paris). L'extrême droite maintient son potentiel aux alentours de 15 % de l'électorat, mais, du fait de sa division, disparaît pratiquement des conseils municipaux. Plus significative encore est la progression de l'abstention, particulièrement forte chez les jeunes. Le décalage entre les attentes des citoyens et le fonctionnement de la démocratie représentative s'accentue.
Ce malaise politique va éclater au grand jour le 21 avril 2002, au premier tour de l'élection présidentielle. Les Français, médusés, apprennent que Lionel Jospin est battu et que le second tour opposera Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen. Avec moins de 4 % des voix, le parti communiste connaît une régression considérable. Les abstentionnistes (28,40 %) n'ont jamais été aussi nombreux à une élection présidentielle. L'extrême-droite recueille 19,20 %, l'extrême gauche, 10,44 %, et Chasse, Pêche et Tradition, 4,23 %.
À l'exception de Lutte ouvrière, tous les partis démocrates appellent à voter au second tour pour Jacques Chirac. Ce « front commun » est efficace : le 5 mai, l'abstention tombe à 20 % et Jacques Chirac obtient 82,21 % des suffrages. Mais, avec 5,5 millions de voix, le Front national fait désormais jeu égal avec le P.S. et le R.P.R.
Aux législatives de juin, tout se passe comme si les Français, ayant élu un président de droite, s'attachaient à lui donner les moyens de gouverner : ils élisent une nouvelle « chambre introuvable » dans laquelle la droite dispose de 399 sièges contre 178 à la gauche. Cependant, le malaise perdure : l'abstention atteint des sommets historiques (35,59 et 39,68 %).
Jean-Pierre Raffarin, président D.L. du Conseil régional de Poitou-Charentes, est nommé Premier ministre. Perçu comme un modéré libéral, il va s'attacher à mettre en œuvre les promesses du candidat Chirac, notamment la lutte contre l'insécurité, la baisse des impôts sur le revenu et la réforme des retraites. Mais des difficultés ne tardent pas à surgir. Le thème de la sécurité est l'occasion pour le très dynamique ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, de se mettre en avant et d'afficher ouvertement ses ambitions présidentielles, ce qui affaiblit la cohésion du gouvernement. La réforme des retraites inquiète une très large partie de l'opinion. La baisse de l'impôt sur le revenu se heurte à la mauvaise conjoncture économique (croissance en berne, stagnation des recettes fiscales et accroissement du chômage) et le gouvernement est conduit à rogner de nombreux budgets, hormis la Défense et l'Intérieur. La décentralisation chère à Jean-Pierre Raffarin apparaît à beaucoup comme un moyen pour l'État de se « défausser » d'une partie de ses charges sur les collectivités territoriales ; la réforme du statut des intermittents du spectacle se heurte à l'opposition virulente de ces derniers ; le ministre de l'Éducation nationale déclenche par ses propositions de réformes la colère des enseignants (juin 2003), une catastrophe sanitaire due à la canicule (15 000 décès parmi les personnes âgées) met en évidence la vacance du pouvoir (août)… Ainsi, peu à peu, la cote du Premier ministre et la confiance dans le gouvernement s'effondrent-elles.
Le président souffre moins de cette désaffection de l'opinion. Sans doute lui est-elle reconnaissante de son refus de suivre les États-Unis dans leur guerre contre l'Iraq. Elle approuve également l'envoi puis le maintien de militaires français en Côte d'Ivoire, qui s'en tiennent, jusqu'à présent, à leur rôle de force d'interposition. Elle ne semble pas lui tenir rigueur de l'isolement croissant de la France au sein de l'Europe (non-respect du « pacte de stabilité », menées franco-allemandes pour en modifier la donne, rejet initial du projet de Constitution européenne, ratification mal engagée du traité finalement établi).
Le paysage politique manque de relief. Les partis de gouvernement s'érodent. À droite, l'Union pour un mouvement populaire (U.M.P.), fondée en novembre 2002 en tant que grand parti conservateur, apparaît comme une création à caractère électoraliste, sans véritable projet de société, au point de susciter ce qui pourrait devenir une véritable dissidence, sous l'impulsion du centriste François Bayrou et de ce qui reste de l'U.D.F. La gauche plurielle n'existe plus, le parti communiste peine à se reconstruire, le parti socialiste, toujours traumatisé par le 21 avril 2002, menace de tomber dans les querelles de présidentiables et son message politique est brouillé. L'opposition politique reste atone et les manifestations de rue sans grand effet.
Dans ce contexte, les résultats des élections cantonales et surtout régionales des 21 et 29 mars 2004 créent la surprise. D'une part, pour la première fois depuis vingt ans, l'érosion de la participation est stoppée, les électeurs se sont fortement mobilisés. D'autre part, les partis extrêmes ne profitent pas de la situation : le Front national confirme son ancrage dans le paysage politique mais ne progresse pas, l'alliance Ligue communiste révolutionnaire (L.C.R.) et Lutte ouvière conduit les vieux rivaux trotskistes à un désastre électoral. La gauche, que l'on disait désunie, enregistre une progression spectaculaire, et s'apprête désormais à diriger 21 Régions sur 22 en métropole. Le parti communiste lui-même reconquiert un peu du terrain perdu. À l'évidence, les électeurs ont voulu sanctionner la politique menée par le gouvernement Raffarin, qu'ils jugent, notamment, peu soucieuse de justice sociale et alignée sur les vœux patronaux. Le remaniement qui s'ensuit ne leur paraît être qu'un replâtrage, remplaçant les quelques représentants de la société civile dont l'action et les projets de réforme ont cristallisé les mécontentements par des professionnels de la politique. Aussi, les élections européennes du 13 juin 2004 constituent-elles un nouveau coup de semonce pour le gouvernement et son parti, l'U.M.P., qui plafonne à 16,6 % des voix. La droite républicaine (37 %), qui inclut cette formation aux côtés d'une U.D.F. dopée par un bon score (près de 12 %, contre un peu moins de 10 % en 1999), et des souverainistes emmenés à nouveau – mais séparément cette fois – par Philippe de Villiers et Charles Pasqua (6,7 % et 1,7 %, contre 13,2 % pour leur liste commune en 1999), est devancée par une gauche (43 %) tirée par le P.S., redevenu le premier parti de France avec 28,9 % des suffrages. Les Verts et le parti communiste sont en recul par rapport à 1999, avec respectivement 7,4 % et 5,2 % des voix, contre 9,7 % et 6,8 %. Privé du soutien populaire, plombé par les mauvais chiffres du chômage (qui repasse au-dessus de la barre des 10 % de la population active), le gouvernement ne peut se prévaloir de la réforme de la Sécurité sociale pour faire pièce au pessimisme ambiant (crainte de délocalisations, inquiétudes sur le pouvoir d'achat) : celle-ci fait figure d'expédient. Surveillé de près par N. Sarkozy, qui a quitté ses rangs pour être élu à la tête de l'U.M.P. à la fin novembre 2004, il mène une campagne difficile pour le référendum sur le traité constitutionnel européen. Le rejet net de celui-ci par les Français le 29 mai 2005 (54,68 % des suffrages en faveur du « non » contre 45,32 % pour le « oui »), dans un contexte de forte participation (69,34 %), constitue un cinglant désaveu pour le président Jacques Chirac et le gouvernement. Le 31 mai, Jean-Pierre Raffarin démissionne. Dominique de Villepin est nommé Premier ministre.
À peine entré en fonction, Dominique de Villepin marque la rupture qu'il veut incarner par rapport à l'action des précédents gouvernements en affichant sa détermination à faire reculer le chômage. Pourtant ses marges de manœuvre, en l'absence de perspectives nettes de croissance, demeurent réduites ; par ailleurs, l'équipe dont il s'entoure comprend nombre d'anciens ministres de Jean-Pierre Raffarin ; quant à N. Sarkozy, il est à nouveau titulaire du portefeuille de l'Intérieur, et numéro deux du gouvernement, ce qui crée une source potentielle de conflit politique au sommet. Le plan de bataille pour l'emploi mis en œuvre Dominique de Villepin débouche en août sur le contrat nouvelle embauche (C.N.E.) qui assouplit, à l'attention des petites entreprises, les conditions d'embauche par C.D.I. La fermeté dont le Premier ministre fait preuve par la suite, lors du conflit social à la Société nationale maritime Corse Méditerranée (S.N.C.M.) et des développements de la question corse, ne lui aliène nullement le soutien d'une opinion publique qui semble apprécier de plus en plus son style. Il doit cependant affronter à la fin d'octobre une crise sans précédent récent, la révolte des banlieues, qui enflamme pendant près de trois semaines, du 27 octobre à la mi-novembre, plus de 400 quartiers dans le pays : ce n'est qu'en ressortant une loi d'exception datant de la guerre d'Algérie que le gouvernement finit par mettre un terme aux accès de colère de cette frange, déshéritée, de la société et de la jeunesse.
Par ailleurs, la stature présidentielle que Dominique de Villepin adopte à la suite de l'accident vasculaire cérébral du chef de l'État, en septembre 2005, ravive la rivalité entre les possibles prétendants à la succession de Jacques Chirac. C'est dans ce contexte de tension à droite, de malaise social et de désarroi des jeunes que le Premier ministre tente d'imposer début 2006 le contrat première embauche (C.P.E.) – mesure assouplissant les règles d'embauche des moins de 26 ans et destinée à leur permettre d'entrer plus facilement sur le marché du travail. Devant l'opposition manifestée, des semaines durant, par les étudiants, les lycéens et les syndicats, qui y voient un début de remise en cause du Code du travail, le Premier ministre est finalement contraint de renoncer à appliquer le C.P.E., ce qui paraît sonner le glas de ses ambitions présidentielles. Éclate alors l'affaire Clearstream, un scandale qui vise, sans toutefois provoquer trop de dommages, Nicolas Sarkozy, et qui, surtout, révèle la permanence de fortes tensions au sein du gouvernement et de l'U.M.P. à propos des échéances de 2007. L'été 2006 est marqué par l'adoption de la loi relative à l'immigration et à l'intégration (loi Ceseda, Code sur l'entrée et le séjour des étrangers et sur le droit d'asile) ainsi que par les résistances d'une partie de la population à une vague d'expulsions. En novembre, au terme de la primaire inédite que le P.S. a organisée auprès de ses adhérents, Ségolène Royal est élue candidate officielle avec 60,65 % des voix contre 20,69 % pour Dominique Strauss-Kahn et 18,66 % pour L. Fabius. En janvier 2007, l'U.M.P. officialise la candidature de N. Sarkozy. F. Bayrou, le candidat centriste de la « nouvelle U.D.F. » fait bientôt figure de « troisième homme » dans les sondages. Le 11 mars, J. Chirac annonce sa décision de ne pas briguer un troisième mandat. La campagne officielle, qui débute quelques jours plus tard, oppose douze candidats, dont quatre principaux, que d'infimes marges d'intentions de vote semblent tout d'abord devoir séparer.
La campagne, que dominent la personnalité et les propositions du candidat de l'U.M.P., passionne de toute évidence les Français, comme le confirme le taux de participation très élevé du premier tour : près de 84 % des inscrits – chiffre proche du record de 1965 – se sont rendus aux urnes, pour placer en tête N. Sarkozy (31,18 % des voix), devant S. Royal (25,87 %), F. Bayrou (18,57 %) et J.-M. Le Pen (10,44 %). Le recul du score du Front national, qui perd, essentiellement au profit du premier, un million de voix par rapport au premier tour des élections de 2002, est spectaculaire, tout comme l'effondrement des Verts et des petits partis d'extrême gauche. Malgré l'appel de ces derniers à faire barrage à la droite, et la neutralité bienveillante de F. Bayrou envers S. Royal, N. Sarkozy, finalement soutenu par le gros de l'appareil U.D.F., remporte un second tour plus mobilisateur encore (84 % de participation) avec 53,06 % des voix contre 46,94 % à sa rivale socialiste. Investi le 16 mai, il nomme François Fillon au poste de Premier ministre.
Bien décidé à mener la politique du pays et à occuper tout l'espace politique, quitte à court-circuiter son Premier ministre, N. Sarkozy ouvre le gouvernement à des personnalités de gauche (comme Bernard Kouchner, aux Affaires étrangères, Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'État chargé des Affaires européennes, Éric Besson, secrétaire d'État à la Prospective, Martin Hirsch, nommé haut-commissaire aux Solidarités actives), à des représentants du centre (Hervé Morin, à la Défense) et à des membres des « minorités visibles » (Rachida Dati, à la Justice). Le numéro deux et seul ministre d'État, A. Juppé, est titulaire d'un grand ministère de l'Environnement, tandis que Jean-Louis Borloo hérite de Bercy (Économie, Finances, Emploi), Michèle Alliot-Marie, de l'Intérieur, et Brice Hortefeux, d'un ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Codéveloppement. Les législatives de juin qui s'ensuivent multiplient les paradoxes : abstention historique de l'ordre de 40 %, et correction brutale du premier tour – amorce d'un véritable tsunami de droite, avec 109 députés de la majorité élus ou réélus sur 110 – au second, beaucoup plus favorable aux partis d'opposition, avec un groupe P.S. et apparentés qui passe à 203 représentants, 18 P.C., 4 Verts, auxquels il convient d'ajouter les 4 membres du MoDem. Fort néanmoins d'une confortable majorité à l'Assemblée, le gouvernement est remanié et complété : battu à Bordeaux, A. Juppé est contraint de quitter celui-ci et de confier son ministère à J.-L. Borloo, en quelque sorte sanctionné pour avoir évoqué un projet de T.V.A. sociale impopulaire. Christine Lagarde devient la première femme à la tête de Bercy, mais doit composer avec l'argentier Éric Woerth. De nouvelles figures du centre, de la gauche (Jean-Marie Bockel) et des minorités (Rama Yade, Fadela Amara) rejoignent le gouvernement. Conformément aux vœux d'un président qui entend être présent sur tous les fronts (intérieur, avec, entre autres, l'annonce de la mise en chantier d'une réforme des institutions ; européen, notamment le 23 juin, avec l'adoption d'un traité simplifié destiné à remplacer la Constitution précédemment rejetée ; international, dès le 25 juin, avec l'organisation d'une conférence, à Paris, sur la situation au Darfour), et sous sa houlette, celui-ci prépare des projets tous azimuts plus ou moins radicaux (autonomie des universités ; peines plancher et récidive des mineurs ; service minimal dans les transports terrestres ; abaissement du bouclier fiscal et des prélèvements sur les successions, détaxation des heures supplémentaires ; immigration et regroupement familial), qu'il fait essentiellement voter au cours d'une session parlementaire extraordinaire d'été ou à la rentrée, non sans appeler par ailleurs les acteurs de la société civile à la concertation (Grenelle de l'environnement, fin octobre). Encore sonné par l'échec de mai 2007, profondément divisé (sur l'Europe et des questions de leadership interne) et ébranlé par ce qui prend l'apparence de débauchages individuels (candidature de D. Strauss-Kahn à la tête du F.M.I. soutenue par l'Élysée ; appel à Jacques Attali, Hubert Védrine, J. Lang, M. Rocard, etc., pour composer les commissions de réflexion sur les réformes à engager), et tétanisé par la perspective des municipales de mars 2008, le P.S. peine à s'opposer à un président qui reste populaire tout en cherchant à poursuivre la mise en œuvre de son programme (réforme des régimes spéciaux des retraites, refonte de la carte judiciaire), et à un gouvernement qui, lui, pâtit rapidement de son effacement par rapport au chef de l'État, et du ralentissement de la croissance.
Le retournement de l'opinion publique ne tarde cependant pas. En l'espace de quelques mois, N. Sarkozy perd le crédit populaire et les atouts politiques qu'il avait accumulés au lendemain de son élection : le passage au rouge des indicateurs économiques (en particulier inflation et pouvoir d'achat, en dépit d'une relative embellie des chiffres de l'emploi), de même que le manque de lisibilité et l'absence de résultats immédiats des réformes suscitent un mécontentement croissant ; la multiplication des initiatives, qui apparaissent de plus en plus comme des effets d'annonce, désoriente l'opinion publique, tandis que certaines orientations diplomatiques (promotion planétaire de la vente de centrales nucléaires, réception du colonel Kadhafi en décembre, mésentente patente avec l'Allemagne, atlantisme accentué) ou la tenue de propos officiels perçus comme impulsifs ou attentatoires au modèle républicain national (notamment laïc) ajoutent aux déceptions, au point de faire oublier les avancées manifestes (ratification en février du nouveau traité européen) ; enfin, l'incompréhension des Français pour la vie privée du président et son affichage, jugé ostentatoire (divorce en octobre, idylle avec l'ex-mannequin et chanteuse Carla Bruni, puis remariage en février), se double bientôt d'interrogations sur le comportement public du chef de l'État et sa capacité à « habiter la fonction ». À l'inverse, le gouvernement et notamment F. Fillon, qui incarnent une plus grande retenue ainsi que la continuité des institutions, gagnent en popularité, ce qui toutefois n'empêche pas la majorité de connaître une véritable sanction lors des élections municipales et cantonales de mars 2008, avec la perte sèche de 6 départements et de 41 villes de plus de 20 000 habitants, dont des bastions comme Toulouse, Caen, Reims, ou Périgueux, fief du ministre de l'Éducation X. Darcos. L'électorat de droite boude les urnes, cependant que la gauche s'est relativement unie et surtout mobilisée, devenant, autour d'un P.S. consolidé (et d'un P.C. plutôt préservé dans ses forteresses), la première force politique du pays, susceptible d'imposer, à l'échelle des territoires (57 départements sur 101, 3/5 des 952 villes de plus de 9 000 habitants, et toujours 22 Régions sur 24) une sorte de cohabitation de facto au pouvoir national de l'U.M.P. et de ses alliés. Le MoDem, quant à lui, sort amoindri de la consultation, victime essentiellement de l'incohérence de ses stratégies d'alliance. Le remaniement ministériel qui s'ensuit, technique, ne concerne que les secrétariats d'État, dont le nombre passe de 31 à 37, et qui s'ouvrent davantage aux membres du centre droit et aux proches du président. Ainsi confirmé, le gouvernement semble devoir amorcer plus nettement le virage de la rigueur. Prenant le risque de heurter nombre de responsables locaux, il engage pendant l'été une vaste réorganisation de la carte militaire du pays destinée à réaliser des économies d'échelle, mais, inversement, obtient le vote du revenu de solidarité active à l'intention des plus démunis (fin août). Dans le même temps, le président renforce le contingent national en Afghanistan. Un an plus tard (mars 2009), il poursuit cette politique de resserrement du lien transatlantique en annonçant la réintégration officielle de la France dans l'O.T.A.N. Habile tacticien, il prend de cours le renouvellement du Sénat prévu pour septembre 2008 et de fait très favorable à la gauche pour faire entériner au Congrès rassemblé le 21 juillet la réforme des institutions qu'il a appelée de ses vœux. La présidence en exercice de l'Union européenne qu'il endosse pour six mois en juillet 2008 dans un contexte pourtant difficile (à la suite du « non » irlandais au traité de Lisbonne et en pleine crise financière, énergétique et alimentaire mondiale) lui donne l'occasion de redorer son blason auprès d'une opinion qui approuve sa méthode, son action et son bilan : adoption d'un pacte européen sur l'immigration et sur l'asile, succès du Sommet de Paris du 13 juillet qui voit une quarantaine de chefs d'État et de gouvernement lancer une Union pour la Méditerranée qui remplace, en le développant, le processus de Barcelone, projet de réforme de la P.A.C., accord sur un plan de lutte contre le réchauffement climatique et relance de l'intégration avec l'annonce de la tenue prochaine d'un nouveau référendum irlandais sur le traité de Lisbonne. En outre, sa médiation au nom des Vingt-Sept dans l'affrontement qui oppose pendant l'été la Russie et la Géorgie convainc, tout comme les premières initiatives qu'il prend pour faire face à la crise financière venue des États-Unis, et qui déstabilise dès septembre l'ensemble des économies du Vieux Continent : appel à une nouvelle régulation du capitalisme et à la concertation internationale et européenne, mesures d'urgence en faveur des banques et des secteurs fragilisés, plan de relance… L'aggravation dramatique très rapide de la conjoncture a toutefois tôt fait de conjuguer les insatisfactions et les mécontentements. Devant ce qui se mue en une très grave récession, et face à une opposition qui semble relever la tête (élection problématique mais effective de Martine Aubry à la tête du P.S. en novembre, et réorganisation à l'extrême gauche avec la mise sur pied d'un parti de la Gauche allié au P.C. et la création du Nouveau Parti anticapitaliste issu de la L.C.R. au tournant 2009), la série de mini-remaniements gouvernementaux (Patrick Devedjian quitte la présidence de l'U.M.P. en décembre pour entrer au gouvernment avec la mission de coordonner les plans de relance, tandis qu'un mois plus tard Xavier Bertrand quitte les Affaires sociales qu'il laisse à B. Hortefeux pour diriger le parti présidentiel. É. Besson, désormais officiellement à l'U.M.P., est promu au ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale, tandis que le germaniste Bruno Le Maire remplace Jean-Pierre Jouyet aux Affaires européennes et que Yazid Sabeg est nommé commissaire à la diversité et à l'égalité des chances) ne semble pas suffire pour apaiser les inquiétudes et désamorcer les contestations. Après avoir dû reculer (temporairement ?) sur la réforme des lycées et le travail dominical, puis accèder aux revendications des collectifs contre la vie chère à la Guadeloupe et en Martinique, le gouvernement affronte dans les premiers mois de 2009 un mouvement de protestation sociale de grande ampleur qui va du salariat privé à l'hôpital public et aux universités, et qui recueille l'assentiment de la plus grande partie de la population.
Plus que millénaire, l'activité littéraire en langue française est marquée par plusieurs étapes capitales :
– la création d'une littérature profane à la fin du XIe s. ;
– la multiplication des institutions qui protègent les textes au XIIIe s. ;
– l'utilisation de l'imprimerie et le mécénat des princes à la fin du XVe s. ;
– la diversification du public et la reconnaissance du métier d'écrivain au début du XIXe s. ;
– la scolarisation généralisée en 1890 et l'essor de la littérature pour enfants à la fin du XIXe s. ;
– la rencontre avec d'autres médias, comme le cinéma au milieu du XXe s.
L'effondrement des structures de l'Empire romain et les invasions laissent en place les seules institutions stables, celles de l'Église, devenue le conservatoire des savoirs antiques, au moins matériellement, car elle ne les utilise que partiellement, dans la perspective du commentaire de la Bible et de la formation spirituelle.
Malgré de constants efforts, notamment pendant la Renaissance carolingienne – par exemple, les travaux d'Alcuin, chargé par Charlemagne de restaurer la vie intellectuelle –, le latin s'abâtardit, mais en servant au moins de langue courante : c'est le temps des chroniques de monastère, des récapitulatifs historiques. La culture latine des monastères est une culture de piété qui utilise la langue vulgaire pour des moments liturgiques : premiers rituels presque théâtraux, prières, comme la Séquence de sainte Eulalie, au IXe s. Puis se détache, à la fin du Xe s., tant en latin qu'en français, une littérature para-historique, ou légendaire, car la tradition conservatrice des faits y mêle d'autant plus volontiers miracles et anachronismes que cela peut flatter les idéaux des auditeurs. La transmission en est orale et les textes, qui restent anonymes, ne se fixeront que plus tard (XIe s.). Les chansons de geste, qui rappellent l'héroïsme des compagnons de Charlemagne, flattent la chevalerie naissante (en même temps qu'elles légitiment sa mainmise sur les territoires). La plus ancienne connue est la Chanson de Roland (avant 1100) ; les narrateurs utilisent les mêmes personnages pour rattacher les récits les uns aux autres, formant des cycles autour de héros – par exemple, la geste de Guillaume d'Orange.
En dehors des abbayes, des châteaux aux villes – alors souvent en train de se reconstituer –, clercs vagabonds, pèlerins et musiciens promènent ces récits éducatifs et moralisants, qui seront par la suite réécrits sous une forme romanesque.
L'évolution de la structure féodale favorise lentement l'organisation d'une vie aristocratique. Les guerres (conquête de l'Angleterre par les Normands, conflits entre princes allemands et italiens) feront le reste, suivies par les croisades, qui rassemblent la chevalerie européenne et la mettent au contact de l'Orient, plus lettré. S'ensuit un brassage de thèmes et une vie riche d'échanges. Certaines cours jouent un rôle capital : celle de France, et surtout celle d'Aquitaine, où la reine Aliénor encourage l'élaboration des premiers romans en vers, romans dits antiques (emprunts au fonds greco-latin ; le Roman de Troie de Benoît de Sainte-Maure, 1160), ou bretons (emprunts au fonds celtique et à la légende du roi Arthur ou à celle de Tristan et Iseut, avec le Tristan et Iseut de Béroul, entre 1150 et 1195). Différentes versions des récits en sont fixées par des clercs, afin d'être lues à haute voix à des assemblées d'auditeurs.
Plus esthétique encore, l'évolution de la poésie lyrique épanouit en Occitanie, puis dans le Nord, le grand chant courtois de la souffrance d'aimer (qui n'est pas sans rapport avec la lyrique arabe). Les chansons explorent des thématiques plus familières, inséparables de la musique. Nombreux en sont les créateurs, qu'ils soient nobles (le duc Guillaume d'Aquitaine, le Périgourdin Bertran de Born, le Picard Conon de Béthune, l'Occitan Jaufré Rudel) ou attachés à une grande maison (Marcabru, qui œuvrera de la cour de Poitiers à celle de France).
Après Aliénor, ce sont ses filles, surtout la comtesse de Champagne, qui perpétuent son mécénat : Chrétien de Troyes fait du monde arthurien le lieu commun romanesque par excellence, avec, notamment, Érec et Énide, Lancelot et Perceval.
Lyrique et romanesque, la littérature est aristocratique et perpétuera les formes créées jusqu'au XVe s., quitte à les enrichir de thèmes nouveaux (moins d'aventure, plus de tournois), à les réécrire en prose, à les compléter. Parallèlement, avec humour, des parodies surgissent presque aussi vite : le Roman de Renart unit aux contes folkloriques une vision satirique de la société chevaleresque puis mercantile.
Les XIIe et XIIIe s. connaissent en fait des renaissances, où la littérature antique et la connaissance du monde refont surface, à travers un immense effort éducatif que reflète, au milieu de l'expansion des villes, le développement des écoles au pied des cathédrales et la création des universités. L'activité des clercs et des étudiants, les échanges dus à la vitalité des nouveaux ordres mendiants (Franciscains et Dominicains) concourent au débat d'idées européen : retour du platonisme et de la pensée symbolique, naissance d'une réflexion sur la logique et l'argumentation (Abélard), constitution de grandes sommes religieuses (école chartraine et, à Paris, école de l'abbaye de Saint-Victor) et théologiques (saint Thomas d'Aquin).
La littérature en français accompagne ce travail intense, en se marquant par exemple de volontés éducatives et spirituelles, dont témoigne la réorientation des romans du cycle arthurien dans un sens religieux (Robert de Boron, le Roman de l'Estoire dou Graal, vers 1110-1115).
D'autres participants surgissen : dans les cités devenues de vraies puissances, des élites riches se montrent soucieuses de marquer leur existence communautaire à travers la forme d'expression privilégiée qu'est le théâtre, organisé en période de fête religieuse. Les villes drapières du Nord, actives et indépendantes, innovent : à Arras, Jean Bodel combine hagiographie et thème épique avec le Jeu de saint Nicolas. Certaines villes voient apparaître des confréries littéraires, « puys » du nord de la France et « palinods » de Normandie, où s'organisent des concours de poèmes religieux. En marge, et reflétant les mœurs urbaines, les fabliaux, dans un récit court dépourvu de merveilleux, introduisent une note réaliste.
Le conflit entre auteurs et public potentiel devient plus conscient. Les écrivains, excepté pour les poèmes lyriques courtois, sont des clercs : les valeurs chevaleresques ne sont pas les leurs, non plus que celles des bourgeoisies qui mettent en scène les représentations théâtrales. On assiste donc à une multiplication des genres, pour répondre aux nouveaux goûts et aux nouveaux publics. De véritables personnalités d'auteurs se font jour, comme celle de Rutebeuf, moraliste savoureux et agressif dans le Miracle de Théophile (vers 1260) et dans la « branche » qu'il ajoute au Roman de Renart, Renart le Bestourné. Un texte résume l'évolution littéraire : le Roman de la Rose, commencé vers 1230 par Guillaume de Lorris comme une allégorie aristocratique de la recherche de l'amour et continué, quarante ans plus tard, par Jean de Meung comme une revue critique des mœurs et des savoirs.
L'histoire proprement dite, héritière des Grandes Chroniques de France, naît avec les récits de témoins comme Villehardouin, Joinville (Histoire de Saint Louis, 1305-1309), qui font de leur œuvre un exemple et une leçon. Car le moralisme réconcilie tout : on « moralise » les récits anciens d'Ovide, les fables d'Ésope, on garde le souci d'éduquer.
Les XIVe et XVe s. sont marqués par la peste, la guerre et la famine, qui tuent un tiers de la population d'Europe. Il faut faire fonds sur les vertus théologales (foi, espérance et charité) pour continuer le chant courtois (Guillaume de Machaut, Eustache Deschamps), la pastorale (Philippe de Vitry), le roman d'aventure, l'éducation morale des jeunes, et les finesses de la théologie scolastique, quand la fiction est si loin du réel. Les genres unifient une communauté – théâtre, chroniques (Froissart) –, et certaines œuvres intègrent la vision critique du monde – du Roman de Fauvel (1310-1314), attribué à Gervais du Bus, au Quadrilogue invectif (1422) d'Alain Chartier.
Le goût – ou le besoin – de racines culturelles l'emporte, lié sans doute à la constitution précoce de l'idée nationale et à l'apogée de l'imaginaire chevaleresque. C'est le temps des Très Riches Heures du duc de Berry, illustré par les frères de Limbourg en 1413-1416, des juristes et des traducteurs de Charles V, qui reviennent à Aristote, mais aussi de Christine de Pisan.
Ailleurs, en particulier en Avignon, par où pénètre la culture italienne, cette dynamique s'est déjà accélérée : la renaissance urbaine et artistique est accomplie, la renaissance des langues anciennes commence, la promotion des langues vulgaires a acquis ses modèles (Dante, Pétrarque).
La reconstruction du royaume donne naissance à une vie culturelle brillante, notamment dans les cours des ducs de Bourgogne et du roi de France : les princes, appuyés concrètement sur les villes et idéologiquement sur la noblesse, prennent la tête du mouvement, à travers une trilogie de manifestations originales : la fête, qui se déploie sur des canevas de romans, l'histoire, conçue comme une glorification nationale et dynastique, la poésie, suscitée pour l'agrément mais aussi pour le service politique – c'est là l'objectif des Grands Rhétoriqueurs (Guillaume Crétin, Jean Molinet).
Dans un dernier feu, le milieu du XVe s. épanouit tous les genres précédents : théâtre (la Farce de Maître Pathelin, vers 1464 ; les mystères d'Eustache Marcadé et d'Arnoul Gréban), poésie courtoise (Charles d'Orléans), poésie lyrique (François Villon), récits satiriques (les Quinze Joyes de mariage, anonyme, vers 1450), roman (le Petit Jehan de Saintré, d'Antoine de La Sale, 1456).
Une invention vient bientôt changer les lois de la communication culturelle : l'imprimerie, dont la première presse est installée à la Sorbonne dès 1470. Elle va instaurer la primauté de l'écrit sur la transmission orale, la redécouverte des œuvres anciennes, la création de groupes lettrés laïcs, éditeurs-libraires ou professeurs-philologues. Leur inlassable travail d'érudition – des traductions et commentaires aux constitutions de collections – est capital dans la rénovation des savoirs née en Italie et qui gagne toute l'Europe, et dans laquelle importante est la part d'Érasme, de Jacques Lefèvre d'Étaples et de Guillaume Budé. L'imprimerie permet la multiplication du livre, pendant que l'essor des bibliothèques institutionnelles et privées met à la disposition des érudits un domaine toujours plus vaste. Les livres se prêtent, se lisent à plusieurs, se discutent : lire est plus que jamais un élément du lien social.
La culture devient un savoir laïc, lié au pouvoir laïc ; elle s'acquiert (université, collège trilingue de François Ier, qui deviendra Collège royal, puis Collège de France) autrement que par les qualités, « innées », de la noblesse. Idéalement, la double possession des qualités et des savoirs définit l'homme parfait, auquel l'humanisme aspire, et que François Rabelais définit avec une certaine ironie dans ses personnages de géants (Pantagruel, 1532 ; Gargantua, 1534) comme l'accumulation joyeuse des modes d'expression populaires et savants.
Si la littérature se détache de l'institution religieuse, elle se place d'abord sous la protection des rois, princes et nobles, qui comprennent qu'il y va de leur gloire personnelle, et même de la force nationale : Louis XII et, surtout, François Ier choisissent le camp des « lettres renouvelées ». Les formes rhétoriques (Jean Lemaire de Belges, Jean Bouchet, dernier des Grands Rhétoriqueurs) sont progressivement envahies par les thèmes antiques, l'italianisme et les louanges du roi. Clément Marot leur donne vers 1530 une allure nouvelle, mondaine et familière à la fois.
Cependant la carrière de Marot s'arrête vite, emportée par les querelles religieuses : sa traduction des psaumes de David, œuvre militante, le lie au protestantisme naissant. Une nouvelle génération d'auteurs (la Pléiade) déclenche vers 1550 une sorte de révolution : formés à l'humanisme, au latin et au grec, nobles ou érudits, ils entendent proclamer la supériorité des formes littéraires sur le discours ordinaire et leur rupture avec le passé médiéval, afin de retrouver les vraies sources du beau dans la littérature de l'Antiquité. Après un manifeste de Joachim Du Bellay, Défense et Illustration de la langue française (1549), divers ouvrages imposent le nouveau style, surtout ceux de Pierre de Ronsard (Odes, 1550 ; Amours, 1552 ; Hymnes, 1555-1556). L'abondance des références savantes qu'ils contiennent déconcerte d'abord le public de cour. L'Art poétique français de Peletier du Mans (1555) tire le bilan de ces expériences, qui restaurent les formes antiques de la poésie et une philosophie imprégnée de platonisme, exprimant ses aspirations par l'image et les figures mythologiques.
De nouvelles formes naissent aussi en prose : la nouvelle est imitée des Italiens, (Boccace), mais aussi souvent reprise de traditions narratives plus anciennes ou compilées aux sources historiques (les fabliaux, les Cent Nouvelles nouvelles, composé vers 1455 à la cour de Philippe le Bon). En 1542-1549, Marguerite de Navarre compose son Heptaméron.
L'esthétique de la Pléiade règne pour un demi-siècle, mais non sans retouches. Encore qu'aucun art poétique nouveau ne surgisse explicitement avant les années 1620, la poésie évolue, comme celle de Ronsard lui-même, entre 1550 et 1584. C'est d'abord un goût croissant pour l'expressivité, qui multiplie les figures de style (voir rhétorique), les métaphores, les symétries, les antithèses. Moins mythologistes et plus inspirés par la Bible, les poètes protestants transposent les hymnes pour louer la Création (la Semaine, de Guillaume du Bartas, 1578-1603) confronter vices de la Terre et jugement de Dieu (les Tragiques, Agrippa d'Aubigné, achevé en 1589 et publié en 1616), ou marquer la distance insurmontable entre la créature et le Créateur (Douze Sonnets de la mort, de Jean de Sponde, 1588).
Surtout, on voit grandir la part de l'expression personnelle, par la pratique de l'observation psychologique et de l'écriture au jour le jour (Essais de Montaigne, 1580-1588), plus fines et nuancées que les autobiographies encore très factuelles (Commentaires du seigneur de Monluc, Journal de Pierre de l'Estoile) ; par la prise de conscience du rôle de l'écrit dans la polémique (pamphlets multiples des guerres de Religion, comme la Satire Ménippée, ouvrage collectif publié en 1594) aussi bien que dans l'essai d'objectivité (invention d'une histoire moderne, politique et sensible à l'évolution des civilisations) ; enfin par le déferlement des imageries pastorales dans les fêtes et surtout le roman, dont l'Astrée (1610-1625) d'Honoré d'Urfé reste le type inégalé.
Retour en force des goûts aristocratiques, entretenus par les premiers salons mondains, qui suivent de près la production littéraire et la discutent : la distinction, l'admiration, la maîtrise de soi et le courage définissent un type de héros qui va meubler les immenses romans d'aventures combattantes et sentimentales – depuis le Polexandre de Marin Le Roy de Gomberville (1632) jusqu'aux triomphes de Mlle de Scudéry que sont le Grand Cyrus (1649-1653) et Clélie (1654-1660) –, les autobiographies (Mémoires du cardinal de Retz), et surtout les scènes de théâtre. La redécouverte de l'expression théâtrale, avec les pièces romanesques et galantes de Robert Garnier (Bradamante, 1582) et d'Alexandre Hardy, ou historiques et réalistes d'Antoine de Montchrestien, la création de troupes et de salles permanentes en font un art complet, qui cristallise l'intérêt du public par la diversité de ses genres : pastorales, comédies-ballets, comédies sentimentales (Jean Mairet) ou d'aventure (Paul Scarron), tragi-comédie et surtout tragédie (Tristan l'Hermite, Jean de Rotrou). La production est dominée par Pierre Corneille – comédies avant 1636, puis tragédies : le Cid (1636), Horace (1640), Cinna (1641), Polyeucte (1643) –, qui va de triomphe en renouvellement de sujets. En proportion, l'expression lyrique, pourtant de qualité (Tristan l'Hermite, Antoine Girard de Saint-Amant), reste en retrait des écrits parodiques (romans comiques de Charles Sorel et de Paul Scarron), des jeux d'esprit (Vincent Voiture), des créations libertines (Cyrano de Bergerac), que ponctuent violemment, de 1647 à 1652, les pamphlets de la Fronde (mazarinades).
Hors du public mondain, l'innovation capitale est la diffusion, en milieu populaire, de petits livrets bon marché : la « Bibliothèque bleue », imprimée à Troyes. Cette littérature de colportage comprend almanachs, manuels de vie pratique ou de piété, recueils de farces et œuvres de fiction, qu'il s'agisse d'anciens romans de chevalerie ou de contes, comme ceux de Charles Perrault.
Ne serait-ce que pour renouveler les modes, après François de Malherbe et, surtout, depuis 1620 (Théophile de Viau, François Mainard) coexistent le courant baroque et un courant puriste qui fait de la sobriété l'expression la plus efficace. Soutenu par la plupart des critiques (l'abbé d'Aubignac, Nicolas Boileau) et par l'Académie, créée en 1635 par Richelieu dans l'optique d'une véritable politique culturelle, c'est le courant puriste qui l'emporte progressivement : disparition de l'érudition ostensible et des citations (c'est l'échec de la rhétorique parlementaire et du didactisme littéraire), contrôle lexical et thématique, en relation avec l'idée de convenances mondaines. Le courant génère aussi une sorte de poncif de la louange officielle, que le style malherbien a créé et que l'académisme perpétue. On assiste cependant à une dissociation des goûts : le goût de la cour est à l'exubérance des fêtes et des décors (du ballet de cour à l'opéra), et celui de la ville plus à la nuance, analytique et psychologique, ou proprement esthétique. Or le public se forme à des pratiques diverses et encourage de fait une multiplication des styles et des genres : vers 1650 apparaissent le roman long et sentimental, le burlesque parodique et trivial, la poésie dévote et le théâtre héroïque, souvent sous les mêmes plumes ; par contraste, on assiste vers 1670 à des modes nouvelles, marquées en prose par le raccourcissement des romans et la simplification des actions (Mme de La Fayette, la Princesse de Clèves, 1678), par la faveur accordée aux genres narratifs brefs comme fables et contes (Jean La Fontaine, Charles Perrault), ou analytiques et moralistes (Maximes de François La Rochefoucauld, fragments – ce dont bénéficie l'édition posthume des Pensées de Blaise Pascal –, portraits). Arts poétique et rhétorique (Nicolas Boileau, Nicolas Rapin, Bernard Lamy) enregistrent les mots-clés qui perpétueront le goût classique au XVIIIe s. : naturel, raison, bienséance, esprit ; instruire et plaire ; vraisemblance, généralisation. La tragédie de Jean Racine – Andromaque (1667), Britannicus (1669), Phèdre (1677) – semble la concrétisation de ce classicisme, dans le respect des « règles », l'analyse des passions pures, le pessimisme moral.
Mais cette mode n'efface pas les courants adverses : la prose religieuse (Jacques Bénigne Bossuet, Fénelon) n'est pas d'une esthétique dépouillée, et la comédie de Molière – l'École des femmes (1662), Dom Juan (1665), le Misanthrope (1666), Tartuffe (1664 et 1667) – sait mêler les analyses de mœurs destinées aux « honnêtes gens », la farce et le plaisir des spectacles de cour.
La fin du règne de Louis XIV voit décroître l'influence de la cour sur le goût : Paris et les milieux riches, une aristocratie mêlée de parlementaires et de financiers dirigent les modes intellectuelles. L'esprit critique progresse : avec la querelle des Anciens et des Modernes est remise en cause la supériorité jusqu'alors intangible des modèles antiques.
Montée de la thématique financière et sociale, y compris dans les comédies (Jean-François Regnard), naissance du roman d'éducation, amoureuse, certes, mais souvent aussi de la dureté des rapports humains : du picaresque (Alain René Lesage dans son Histoire de Gil Blas de Santillane, comme dans son Turcaret) au sentimental (Marivaux, Vie de Marianne, 1731-1741 ; le Paysan parvenu, 1734) et au libertin (l'abbé Prévost, Manon Lescaut, 1731 ; les Égarements du cœur et de l'esprit de Crébillon fils, 1736), le monde se gère comme une conquête, qu'on paie toujours de son argent ou de sa personne.
Le théâtre relègue la création tragique, tout en lui accordant quelques triomphes (Voltaire), au profit de formes sentimentales (le Jeu de l'amour et du hasard, de Marivaux, 1730), puis moralistes (drames de Denis Diderot ou de Jean-François Marmontel), alliant les aspects de distraction aux volontés éducatives, en suivant au jour le jour l'évolution des mentalités.
Il est traditionnel de dire que la poésie s'affaiblit pour ne revivre qu'à la fin du XVIIIe s. avec l'abbé Delille et André Chénier. En fait, ses formes se renouvellent peu mais, poésie d'agrément élégiaque ou narrative, son abondance est un signe de succès. Le conte en vers surtout (abbé Grécourt) et la fable (Jean-Pierre Claris de Florian) sont en vogue. Cette stabilité est éclipsée par l'expansion des formes narratives et de la prose d'idées, dont le manque de codification permet de tout aborder et de tout inventer (Denis Diderot, Jacques le fataliste, 1778-1780). Particulièrement elles sont les armes de la lutte pour les Lumières, dans la somme didactique (Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, 1751-1772) comme dans la comédie militante (Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, le Mariage de Figaro, 1784). L'œuvre de Voltaire (Candide, 1759 ; Dictionnaire philosophique, 1770) est emblématique du foisonnement du mouvement philosophique.
Ce mouvement s'alimente d'une réflexion plus systématique sur les cultures non européennes, avec une tendance à l'anglomanie qui tient à l'avance politique et religieuse de l'Angleterre par rapport à l'intolérance française. L'éloge du progrès, du luxe et des sociétés marchandes est associé à une relative désaffection religieuse, assortie d'anticléricalisme, et surtout à une vive critique des absolutismes.
Dès 1770 s'amorcent des modifications de la sensibilité et de l'expression : le romantisme fait ses débuts en Angleterre et en Allemagne, pendant que plus lentement en France le rousseauisme ramène à la sentimentalité (Jean-Jacques Rousseau, la Nouvelle Héloïse, 1761), à l'inclination vers la nature (Bernardin de Saint-Pierre) et surtout vers l'individualité (écrits autobiographiques de Rousseau). Anti-libertin dans son principe même, il sonne la fin des libertinages gais, ne laissant plus que les libertinages inquiétants, dans un regret ambigu (Pierre Choderlos de Laclos, les Liaisons dangereuses, 1782), hallucinatoire (le marquis de Sade) ou délicieusement autoaccusateur (Restif de La Bretonne). L'imaginaire se complaît dans la violence, sous l'influence du roman noir anglais, qui cultive fantastique et terreur, rejoignant par là le mélodrame naissant (René Charles Guilbert de Pixerécourt).
Parallèlement s'opère un mouvement de reflux nostalgique vers des passés bénis ou supposés tels, pas toujours cohérents entre eux : retour à l'Antique après la redécouverte de Pompéi et la théorisation d'une esthétique néoclassique par Johann Joachim Winckelmann ; retour au passé national, début du celtisme et invasion des poèmes du barde légendaire Ossian répandus par James Macpherson. L'esthétique découvre, à côté du beau, le sublime et le génie, qui font de l'écrivain un être différent.
La Révolution, par de multiples aspects, est le produit conjoint des Lumières et de ces réactions de nostalgie dans ses discours et son imagerie. Le goût antique, sous la pression des situations, tourne au goût romain : stoïcisme, netteté, liberté, patriotisme et histoire (c'est le théâtre d'André Chénier comme la peinture de David), classicisme en un mot, dont héritera le groupe philosophique des Idéologues, sous l'Empire.
Parachevant l'action de Beaumarchais – fondateur, en 1777, de la Société des auteurs dramatiques (future SACD) –, la Constituante, en 1791, institue le droit d'auteur et émancipe ainsi les lettres de la tutelle exercée par les pouvoirs. Ce qui veut dire aussi que la littérature peut choisir de se mettre ou non au service du pouvoir, qui, quant à lui, s'arroge largement le droit de censure, assimilé aux poursuites de droit commun (c'est ainsi que Charles Baudelaire pourra être poursuivi pour obscénité). L'homme clé devient l'éditeur, et la mesure de la gloire est celle du marché et du nombre des ventes. On peut suivre la notoriété d'un auteur aux sommes qui lui sont offertes, et la contradiction croît entre les modèles esthétiques et les lectures réelles. L'image de l'écrivain se modifie (ou plutôt, l'écrivain aspire à la modifier) : les écrivains se sentent liés à l'art et aux artistes, et de plus en plus coupés du commun des mortels. Les mots-clés du temps sont originalité, cœur, rêve, sensibilité, âme, incompréhension du vulgaire. Tout cela débouchera, une génération plus tard, sur les tentations antagonistes d'un engagement dans le monde (artiste phare, lien au socialisme utopique) et d'un désengagement hors du monde, sécession morale et artistique (l'Art pour l'Art).
La révolution romantique est plutôt une contre-révolution, puisque le groupe est surtout issu des milieux nobles, monarchistes, décidés à être le lien à la fois avec le passé national et européen (Mme de Staël, De l'Allemagne, 1813), anti-voltairiens, catholiques et modernes. La volonté d'un groupe qui arrive, minoritaire et jeune, à imposer l'idée qu'il représente la rupture modèle notre représentation du XIXe s., alors que le mouvement a des antécédents. Profitant de l'ambiguïté de certaines révoltes lancées sous l'Empire (Mme de Staël, René, 1802), mûries dans l'exil, puis accomplies sous la Restauration dans le constat de générations perdues (Chateaubriand encore, mais aussi Alfonse de Lamartine, les Méditations, 1820), le romantisme rejette les règles et le beau académique, croit à l'unicité irremplaçable de l'individu et à la nécessité de l'expression personnelle, à la faillite de la rationalité, à l'inadaptation de l'homme aux monstruosités sociales (l'âme et le regret du ciel), tous sentiments d'ailleurs bien récupérables et dont vont sangloter longtemps des Bovary et des René de province.
Le mouvement est repris par de plus jeunes, qui vont choisir entre la révolte et la rupture sociale (les Jeunes-France, les bousingots), et qui le mènent à des formes extrémistes – athéisme ou socialisme – ainsi qu'à des suicides réels (Gérard de Nerval) ou métaphoriques (Pétrus Borel, Champavert, 1833), ou à la conquête du terrain littéraire par création et expansion de genres nouveaux : le drame inspiré de Shakespeare contre la tragédie, le roman historique (Alexandre Dumas) contre le roman d'analyse. Les manifestes en sont le Racine et Shakespeare de Stendhal (1823-1825) et la Préface du Cromwell de Victor Hugo (1827) ; la bataille d'Hernani (1830) leur gagne la notoriété.
La poésie (Lamartine, Hugo, Vigny, Musset) occupe cependant encore le devant du terrain littéraire pendant la première moitié du siècle, où la librairie se porte mal et cultive les valeurs refuges nobles : les romanciers restent sous-cotés, même quand ils ont du succès, comme Honoré de Balzac, dont le génie écrase le roman contemporain (la Comédie humaine, de 1832 à 1842), ou George Sand. Stendhal, moins facilement classable (le Rouge et le Noir, 1830), touche un public plus restreint. Le chemin normal de parution des romans est le feuilleton dans les revues, avant l'impression séparée. La technique du feuilleton construit d'ailleurs un art autonome plus populaire, plus engagé, qui voit triompher Eugène Sue.
Le romantisme glisse progressivement de droite à gauche, sous l'influence des historiens (Jules Michelet) et de l'intérêt nouveau porté à la classe ouvrière, avec un sommet pendant la révolution de 1848. Victor Hugo, dont l'œuvre cumule romans, drames et poèmes, symbolise cette évolution.
La critique littéraire, pour sa part, prend un statut spécifique, et, avec Charles Augustin Sainte-Beuve, se tourne du côté des sciences naturelles. Comme on classe alors les individus en botanique et en zoologie, les auteurs se rangent en écoles ou en groupes, qu'ils revendiquent comme des modes d'existence et de différenciation, voire d'opposition (entre romantiques et classiques, par exemple). L'enseignement de la littérature française commence : dorénavant, les lectures en français accompagnent la composition en latin et parfois, dans les sections « modernes » promises à des métiers moins nobles, s'y substituent. Les enfants s'éduquent grâce aux premiers manuels de littérature, les adultes grâce à des publications comme le Globe, fondé en 1824, ou la Revue des Deux Mondes, créée en 1829.
Le triomphe du roman dans la seconde moitié du siècle marque le déclin du drame romantique, tandis que la poésie, toujours honorée, est de moins en moins lue, sinon, semble-t-il, pour former les futurs auteurs de poèmes ou lorsqu'il s'agit de gloires par ailleurs déjà consacrées, comme Victor Hugo (les Contemplations, 1856). D'où un milieu de lecteurs plus restreint, mais un renouvellement plus rapide des poétiques, de Théophile Gautier et l'Art pour l'Art à Charles Baudelaire (les Fleurs du mal, 1857), au Parnasse et au symbolisme (Paul Verlaine), floraison fin de siècle dans laquelle Arthur Rimbaud apparaît en réelle rupture avec les modes anciennes et la métrique classique (Une saison en enfer, 1873).
Le roman éclate en divers courants où domine la volonté de représenter le réel, historique ou moderne, social ou psychologique. Si Gustave Flaubert unit une sensibilité romantique au réalisme féroce (Madame Bovary, 1857 ; l'Éducation sentimentale, 1869), il s'évade aussi dans le fantastique (la Tentation de saint Antoine, 1874). Après lui, le naturalisme veut faire du roman un moyen d'enquête scientifique et sociale, qu'illustrent Emile Zola (série des Rougon-Macquart, de 1871 à 1893), les frères Goncourt et, plus angoissé, Guy de Maupassant. Même chez des auteurs plus conventionnels (Paul Bourget), le réalisme correspond à la philosophie positiviste dominante. En réaction contre tant de réalisme, accusé d'encourager les récits choquants, une écriture plus intimiste ou fantastique (Jules Barbey d'Aurevilly, Auguste Villiers de L'Isle-Adam), puis nettement maniériste (Rémy de Gourmont, Joris-Karl Huysmans) caractérise la fin du siècle.
Répondent à la diversité d'un public élargi l'expansion définitive des journaux comme moyen de communication sociale et l'invention de la littérature « séparée » pour des groupes à qui on estime devoir ne pas tout donner à lire : les femmes, à qui sont destinées des bibliothèques de romans et magazines, et les enfants, en direction desquels on assure le succès des fables de La Fontaine, des romans de la comtesse de Ségur et de Jules Verne.
Réinventer la parole ou réinventer le monde ? Le modernisme vit une intense contradiction, qui fonde sur une imagination et une sensibilité de ruptures purificatrices, rejet qui se traduit en invectives (Léon Bloy), en retour de la religiosité (Paul Claudel, Charles Péguy), en recherches poétiques, en voyages (Victor Segalen, Blaise Cendrars), en acclimatations de la culture mondiale. La diversité des recherches empêche les regroupements, sauf dans le cas où les auteurs eux-mêmes se décrivent en groupe passager (le surréalisme).
La période 1890-1918 est féconde en renouvellements poétiques, vers l'hermétisme (Stéphane Mallarmé), le lyrisme flamboyant (débuts de Paul Claudel), l'invention du vers libre, des collages et des jeux (Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913), parallèlement au renouveau artistique pictural. Les avant-gardes manifestent un regain d'intérêt pour la linguistique, soit pour jouer de l'arbitraire des mots, soit pour la symbolique : le langage semble plus important à travailler que les thèmes, même provocateurs (Alfred Jarry).
Les variétés du théâtre répondent à plusieurs modes, sérieux (Henry Becque), comique (Georges Feydeau), mondain (Georges Porto-Riche), héroïque (Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, 1897).
La majorité des auteurs cependant manifeste une sorte de crise morale, dans l'engagement politique et la nostalgie d'être utile à la cité, d'être en prise sur les problèmes contemporains, dans le sillage tracé par Emile Zola lors de l'affaire Dreyfus : être des consciences, en des sens très divergents, de l'urgence révolutionnaire au conservatisme nationaliste (de Jules Vallès à Maurice Barrès). De cet état d'esprit participe la grande phase du roman humaniste (Anatole France, Romain Rolland), que contredit l'individualisme des premières œuvres d'André Gide (les Nourritures terrestres, 1897).
Certes, il y a Marcel Proust, qui marque cette période : mais il est atypique, et son À la recherche du temps perdu (1913-1927) a une dimension personnelle et une ambition sans égales, encore que témoignant de la fin d'un monde. La guerre constitue une cassure dans les mentalités et dans les productions littéraires. Elle accélère l'urgence d'une forme d'engagement humaniste ou révolutionnaire : refus de la guerre (Henri Barbusse), fascination de la révolution russe – qui touche aussi bien Romain Rolland et Anatole France qu'André Gide – ou du modèle fasciste, et tentation d'aventuriers (André Malraux, la Condition humaine, 1933). Après une courte phase euphorique, la montée d'angoisse des années 1930 est très marquée dans les romans, des espoirs humanistes déçus (Roger Martin du Gard) au pessimisme affiché (Jean-Paul Sartre, la Nausée, 1938 ; Georges Bernanos, Pierre Drieu la Rochelle, Henry de Montherlant), mais aussi dans le théâtre (Jean Giraudoux).
D'autres en viennent, sur la lancée des mouvements d'avant-garde, à se demander s'il faut continuer la même littérature : tout en étant attirés par la révolution sociale, le mouvement dada, né en 1917, puis le surréalisme bouleversent la poésie en y introduisant l'irrationalité (Tristan Tzara, André Breton, Paul Eluard, René Char) plus que la prose (Raymond Roussel). La rupture dans l'écriture romanesque est provoquée par Céline (Voyage au bout de la nuit, 1932), tandis qu'Antonin Artaud propose un « théâtre de la cruauté ».
Cependant, la majorité des auteurs alors notoires nuancent leur rupture (Paul Claudel, Paul Valéry, Saint-John Perse), et la prose est plus à l'intimisme (Colette, Paul Morand), à la destinée familiale ou provinciale (François Mauriac, Jean Giono). Des maisons d'édition (Gallimard, Grasset) et des revues comme la Nouvelle Revue française créent une forme de recherche modérée ouvrant à la connaissance des lettres étrangères et du modernisme. La rencontre avec les médias nouveaux est féconde : Jean Cocteau, Marcel Pagnol, Jacques Prévert s'ouvrent au cinéma.
L'après-guerre voit arriver les modèles culturels américains, d'Ernest Hemingway à William Faulkner, le roman noir et la « littérature objective ». La mode n'est plus à l'introspection. L'existentialisme se confond avec la figure de Jean-Paul Sartre, tandis que l'intensité générale du militantisme prolonge les activités de la Résistance et souligne guerres coloniales et guerre froide. Ce climat n'est guère propice à des renouvellements formels : l'important semble de convaincre et d'éduquer, de rendre compte des déchirements divers. L'éclosion de la littérature francophone accompagne les mouvements indépendantistes des colonies (la négritude d'Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor), alors que s'élève la voix d'une autre « minorité », celle des femmes (Simone de Beauvoir), qui revendiquent leur reconnaissance sociale aussi en littérature. Une des réflexions majeures porte sur l'appartenance de la culture à une classe sociale dominante, et un objectif quasi missionnaire s'affirme : communiquer la culture réservée aux élites à des foules plus larges – ce que tentent de réaliser à leur manière la littérature prolétarienne, la création du Théâtre national populaire, les réflexions sur le métier des « intellectuels », mot à la mode (Jean-Paul Sartre, les Mains sales, 1948; Albert Camus, les Justes, 1949). Là encore ce sont les romans et le théâtre, sous l'influence de Bertolt Brecht, qui reflètent le mieux ce désir et tiennent le mieux cette fonction, encore que la poésie de Louis Aragon ou de Paul Eluard y joue aussi un rôle.
Par ailleurs, la reconstruction du pays et l'extension de la scolarité ont pour signe l'essor de la presse du cœur, des bandes dessinées, des romans policiers comme véritable culture de masse. Les auteurs reconnus n'ont pas toujours une large audience, malgré le développement du vedettariat, la multiplication et le rôle grandissant des prix littéraires : seuls des cas isolés, comme Jacques Prévert ou Boris Vian (au confluent du policier, de l'existentialisme et du surréalisme), deviennent populaires.
Comme en rejet du sérieux d'une période difficile, les années 1960, prospérité revenue, voient le retour de l'inspiration mondaine et intimiste (Françoise Sagan) et des essais de renouveau formel, qui coexistent avec des écritures traditionnelles, majoritaires. C'est tout à la fois le Nouveau Roman – qui s'essaie à de nouveaux modes de narration, sans sujet ni personnages (Nathalie Sarraute, Michel Butor, Alain Robbe-Grillet, Claude Simon) – et des modèles théâtraux choquants par leurs thèmes (Jean Genet) ou leur philosophie de l'absurde (Samuel Beckett, Eugène Ionesco), que renforce une modification radicale de la mise en scène. Au-delà de ces recherches formelles, le retour à l'attention linguistique (Raymond Queneau) et à l'écriture tout court, quoi qu'on dise, semble l'emporter en intérêt sur les propositions idéologiques, et engendre de beaux classicismes (Albert Cohen, Marguerite Yourcenar). La littérature, toutefois, ne tient plus lieu de conscience : l'irruption des adolescents dans l'univers de la consommation les porte plutôt vers la musique, le cinéma ou les expressions minoritaires, la littérature apparaissant décidément comme le domaine de l'école et des parents. Chez les lettrés même, l'influence des sciences humaines atteint un apogée dans les années 1970 pour décroître vers 1980, sans qu'on voie de relève, ni dans les « nouveaux romantiques » ni dans les « nouveaux philosophes ».
Une sorte d'émiettement des modes, qui coexistent ou se succèdent rapidement, interdit pratiquement la synthèse des années qui annoncent la fin du siècle. Même la révolte contre les prédécesseurs ne fait plus recette. L'individualité règne ; on s'intéresse plus au metteur en scène qu'à l'auteur de théâtre ; la biographie et l'autobiographie, sous couleur d'histoire, ont envahi le roman, avec bonheur parfois, chez Jean Marie Gustave Le Clézio, Michel Tournier ou Patrick Modiano. Le phénomène littéraire se recentre sur les formes narratives (plutôt que réflexives) et individualisées (plutôt que collectives), ce qu'on doit au refus des idéologies et à la forme médiatique de mise en valeur de l'auteur (un visage, des interviews) dans les émissions télévisées (d'Apostrophes de Bernard Pivot à Caractères de Bernard Rapp). Tandis que Marguerite Duras pénètre le nouveau roman par ses souvenirs et que triomphe la « littérature fabriquée » (des équipes produisent des récits à partir de canevas pour des collections normalisées), les chiffres de tirages (en baisse constante) conduisent à s'interroger sur le nivellement des valeurs littéraires.
A partir des années 1980, de nombreux romanciers reviennent à un roman plus traditionnel tout en se réappropriant l'héritage riche et contradictoire du siècle. Les genres peu à peu se mêlent : fiction, récit de soi et métaphysique se confondent, le roman policier se fait, par exemple, plus littéraire, la fiction plus intime (autofiction). Si le roman contemporain semble parfois s'épuiser dans des textes courts et minimalistes, il est surtout caractérisé par un retour du récit, la volonté de réintroduire l'histoire et l'Histoire, de retrouver le plaisir de la fiction. Le groupe de la « nouvelle fiction » prône un fantastique moderne fondé sur la réécriture des mythes, de nombreux autres romanciers mêlent les recettes du roman des siècles passés à celles du cinéma tandis que d'autres mêlent avec délectation fiction et philosophie.
Aix-en-Provence, Albi, Amiens, Angers, Arles, Avignon, Blois, Bordeaux, Bourges, Caen, Carcassonne, Chartres, Clermont-Ferrand, Colmar, Dijon, Fontainebleau, Lyon, Le Mans, Marseille, Metz, Montpellier, le Mont-Saint-Michel, Nancy, Nantes, Nice, Nîmes, Paris, Perpignan, Poitiers, Reims, Rennes, Rouen, Strasbourg, Toulouse, Tours, Troyes, Versailles, Vienne.
M. Chambiges, J. Deschamps, Pierre de Montreuil, Villard de Honnecourt.
Beauneveu, M. Colombe, Gislebertus.
Bellegambe, Fouquet, Froment, Jacquemart de Hesdin, le Maître de Moulins, Malouel, Pucelle, Quarton.
J. Ier Androuet Du Cerceau, Bullant, P. Chambiges, Delorme, Lescot.
Bontemps, Goujon, Pilon, L. Richier.
Caron, les Clouet, Corneille de Lyon, les Cousin.
F. Blondel, S. de Brosse, Bruant, J. Hardouin-Mansart, Lemercier, A. Lepautre, Le Vau, F. Mansart, Martellange, C. II Métezeau, F. d'Orbay, C. Perrault.
Les Anguier, Coyzevox, M. Desjardins, Girardon, G. Guérin, Puget, Sarazin, Tuby.
Bellange, Blanchard, Bourdon, P. de Champaigne, Desportes, Jouvenet, La Fosse, La Hire, N. de Largillière, G. de La Tour, Le Brun, les Le Nain, Le Sueur, C. Lorrain, les Mignard, Poussin, Rigaud, Valentin, C. Vignon, Vouet.
Antoine, J. F. Blondel, Boffrand, Brongniart, Chalgrin, R. de Cotte, les Gabriel, Ledoux, Louis, Soufflot.
Les Adam, Bouchardon, Clodion, les Coustou, Falconet, Houdon, J.-B. II Lemoyne, Pajou, Pigalle, les Slodtz.
Boucher, Chardin, les Coypel, David, les De Troy, Fragonard, Greuze, Lancret, M. Q. de La Tour, Lemoyne, Natoire, Nattier, Oudry, Pater, Perronneau, Prud'hon, J. II Restout, A. Rivalz, H. Robert, Subleyras, les Van Loo, J. Vernet, Watteau.
Baltard, A. de Baudot, C. Garnier, Fontaine et Percier, Hittorff, Labrouste, Viollet-le-Duc, Visconti.
Barye, Carpeaux, Cartellier, Chaudet, Chinard, Dalou, David d'Angers, Frémiet, Pradier, Préault, Rodin, Rude.
Boudin, Cézanne, Chassériau, Corot, Courbet, Couture, Daumier, Degas, Delacroix, Delaroche, Gauguin, Géricault, Gérôme, Girodet-Trioson, Gros, Ingres, Manet, Millet, Monet, G. Moreau, Pissarro, Puvis de Chavannes, Redon, Renoir, le Douanier Rousseau, T. Rousseau, Seurat, Signac, Toulouse-Lautrec.
Andrault et Parat, P. Chemetov, T. Garnier, H. Gaudin, Guimard, Le Corbusier, Lods et Beaudouin, Mallet-Stevens, J. Nouvel, les Perret, Portzamparc, J. Prouvé, Zehrfuss.
Arp, Bourdelle, César, Despiau, Duchamp-Villon, Étienne-Martin, Laurens, Maillol, Pevsner, Zadkine.
Gilles Aillaud, Balthus, Bazaine, Bonnard, Braque, L. Cane, Chagall, Debré, R. Delaunay, S. Delaunay, M. Denis, Derain, Dubuffet, M. Duchamp, Dunoyer de Segonzac, Ernst, Estève, Fautrier, G. Fromanger, Gruber, Hartung, Hélion, Léger, Masson, Matisse, Messagier, Monory, Picabia, Poliakoff, Raysse, Rouault, Soulages, Soutine, N. de Staël, Utrillo, S. Valadon, Van Dongen, Vasarely, Vieira da Silva, J. Villon, Vlaminck, Vuillard.
Arman, Boltanski, Buren, Y. Klein, Le Gac, Morellet, G. Pane, J.-P. Raynaud, N. de Saint Phalle, Schöffer, Takis.
Le groupe Supports/Surfaces.
Les origines : Séquence de sainte Eulalie, Serment de Strasbourg.
Adam le Bossu : Jeu de la Feuillée, Chanson de Roland, Bernard de Ventadour, Bertran de Born, Chrétien de Troyes, Gautier de Coincy, Guillaume de Lorris : Roman de la Rose, Jean de Meung, Jeu d'Adam, Jeu de saint Nicolas, Joinville, Marie de France, Roman de Renart, Rutebeuf.
Philippe de Commynes, Eustache Deschamps, la Farce de maître Pathelin, Jean Froissart, Arnoul Gréban, Pierre Gringore, Antoine de La Sale, Guillaume de Machaut, Charles d'Orléans, François Villon.
Guillaume Budé, les Estienne, Louise Labé, Marguerite d'Angoulême, Clément Marot, Rabelais, Ramus, Maurice Scève.
Agrippa d'Aubigné, du Bartas, Joachim Du Bellay : Défense et illustration de la langue française, Robert Garnier, Étienne Jodelle, Montaigne, Ronsard, la Satire Ménippée.
Cyrano de Bergerac, Corneille, Alexandre Hardy, Malherbe, Pascal, Mathurin Régnier, Saint-Amant, Scarron, Théophile de Viau.
Guez de Balzac, Madeleine de Scudéry, Honoré d'Urfé, Voiture.
Boileau, Bossuet, Mme de La Fayette, La Fontaine, La Rochefoucauld, Molière, Racine, le cardinal de Retz, Saint-Évremond, Mme de Sévigné.
Fénelon, Fontenelle, La Bruyère, Lesage, Charles Perrault, Regnard, Saint-Simon.
D'Alembert, Beaumarchais, Bernardin de Saint-Pierre, Buffon, André Chénier, Choderlos de Laclos, Diderot, Marivaux, Montesquieu, l'abbé Prévost, Restif de La Bretonne, Rivarol, Rousseau, Vauvenargues, Voltaire.
Chateaubriand, Benjamin Constant, Joseph de Maistre, Senancour, Mme de Staël.
Balzac, Alexandre Dumas père, V. Hugo, La Mennais, Lamartine, Mérimée, A. de Musset, Gérard de Nerval, Sainte-Beuve, George Sand, Stendhal, A. de Vigny.
Barbey d'Aurevilly, Baudelaire, Flaubert, Labiche, Renan, Rimbaud, Taine, Verlaine, J. Verne.
T. de Banville, F. Coppée, T. Gautier, J. M. de Heredia, Leconte de Lisle, Sully Prudhomme.
Alexandre Dumas fils, E. Fromentin, Edmond et Jules de Goncourt.
Barrès, Henry Becque, Bourget, E. Rostand, Anatole France, Alfred Jarry, Lautréamont, Loti.
Alphonse Daudet, Huysmans, Maupassant, Jules Renard, Zola.
Paul Fort, Francis Jammes, Mallarmé, Jean Moréas, Henri de Régnier.
Alain-Fournier, Apollinaire, Claudel, Péguy, Proust, Romain Rolland, Paul Valéry.
Reverdy, Max Jacob, Breton, P. Éluard, Aragon.
J. Anouilh, A. Artaud, S. de Beauvoir, G. Bernanos, A. Camus, Céline, Cendrars, René Char, J. Cocteau, Colette, G. Duhamel, Gide, Giono, Giraudoux, J. Green, P. J. Jouve, A. Malraux, R. Martin du Gard, F. Mauriac, H. de Montherlant, M. Pagnol, J. Prévert, J. Romains, Saint-Exupéry, Saint-John Perse, A. Salacrou, J.-P. Sartre, J. Supervielle, B. Vian.
Y. Bonnefoy, R. G. Cadou, E. Guillevic, H. Michaux, F. Ponge, R. Queneau.
A. Adamov, J. Audiberti, S. Beckett, J. Genet, E. Ionesco.
H. Bazin, M. Butor, M. Duras, J. Gracq, J.-M. G. Le Clézio, G. Perec, A. Robbe-Grillet, N. Sarraute, C. Simon, P. Sollers, M. Tournier, R. Vailland, M. Yourcenar.
Abélard, Nicole Oresme, Roscelin.
Budé, Jean Bodin, Calvin, Pierre Charron, Érasme.
Descartes, Gassendi, Malebranche, Pascal.
D'Alembert, Bonald, Condillac, Destutt de Tracy, Diderot, Helvétius, d'Holbach, Joseph de Maistre.
Bergson, Claude Bernard, Blanqui, Blondel, Buchez, Buonarroti, Auguste Comte, Cournot, Durkheim, Fourier, La Mennais, Pierre Leroux, Maine de Biran, Piéron, Ravaisson-Mollien, Ribot, Saint-Simon, Tocqueville.
Brunschvicg, Dumézil, Le Senne, Lévy-Bruhl, Meyerson, Paul Rivet, Van Gennep, Wallon.
Bachelard, Dagognet, Foucault, Serres.
Chant « romain » puis grégorien.
Léonin, Pérotin (ars antiqua), Philippe de Vitry (ars nova), chansons courtoises.
A. Busnois, G. Dufay, Josquin Des Prés, J. Ockeghem.
Polyphonistes : A. Boesset, G. Costeley, C. Goudimel, C. Janequin, C. Le Jeune, J. Mauduit.
M. A. Charpentier, M. R. Delalande, J.-B. Lully.
L. et F. Couperin, N. de Grigny.
A. Campra, A. Dauvergne, P. A. Monsigny.
M. Corrette, L. C. Daquin, J.-P. Rameau, J.-M. Leclair.
E. Auber, F. A. Boieldieu, F. Gossec, J. F. Halévy, É. Méhul, G. Meyerbeer.
H. Berlioz, E. Chabrier, E. Chausson, C. Franck, L. Delibes, É. Lalo, C. Saint-Saëns.
A. Adam, G. Bizet, C. Gounod, J. Massenet, J. Offenbach.
C. Lecocq, A. Messager, R. Planquette.
C. Debussy, P. Dukas, H. Duparc, G. Fauré, P. Le Flem, R. Hahn, V. d'Indy, C. Kœchlin, A. Magnard, G. Pierné, M. Ravel, A. Roussel, É. Satie, F. Schmitt, Déodat de Séverac.
A. Honegger, D. Milhaud, F. Poulenc.
Y. Baudrier, A. Jolivet, D. Lesur, J. Rivier.
H. Dutilleux, P. Henry, O. Messiaen, P. Schaeffer.
L. Feuillade, M. Linder, L. Lumière, G. Méliès.